Dune de Denis Villeneuve

“DUNE” de Denis Villeneuve : que vaut l’adaptation tant attendue ?

Après près d’un an d’attente suite à l’annonce de la sortie officielle (le film était initialement prévu pour le 23 décembre 2020), l’adaptation du chef-d’œuvre de Frank Herbert est enfin visible dans les salles obscures. Que vous soyez familier avec le cinéma de Villeneuve, ou aficionados de l’œuvre originale, le réalisateur canadien nous livre là un morceau d’anthologie qui va faire des heureux. On vous livre notre avis ci-dessous.

Un roman aux adaptations compromises

Tout commence à la fin des années 50, lorsque le jeune Frank Herbert se rend dans l’Oregon pour répondre à une commande d’article sur la plus grande étendue de dunes de sable des États-Unis. Une zone dans laquelle le département d’Agriculture du pays tente d’utiliser des herbes économes en eau pour stabiliser l’avancement du sable, qui progresse inexorablement dans les terres, poussé par les vents de l’Océan Pacifique. S’il n’achèvera finalement jamais son document, le journaliste poursuivra ses recherches pour développer ce qu’il appellera Le cycle de Dune, une œuvre littéraire de science-fiction en six parties (les suivantes étant écrites par son fils à partir des notes laissées par son père) qui prend place sur la planète Arrakis, dont la surface est couverte de désert sableux.

Après la tentative d’adaptation avortée du réalisateur Alejandro Jodorowsky dans les années 70, (qui réunissait Moebius et H.R.Giger aux dessins conceptuels, les groupe Pink Floyd et Magma à la musique, Salvador Dali, Orson Welles et Mick Jagger dans la peau des personnages principaux – entre autre) c’est le jeune et talentueux David Lynch qui se voit confier la réalisation de cette œuvre d’anthologie. Renié à sa sortie (en 1984) par le cinéaste qui affirme ne pas avoir eu d’assise sur le Final Cut, le film est un échec critique et commercial. En 2000, le roman est adapté sur le petit écran par John Harrison, mais il faudra attendre 2019 pour que le canadien Denis Villeneuve, auréolé du succès de ses précédents films, tente à son tour de retranscrire à sa juste dimension le roman à succès de Herbert.

La scène d'introduction du film Dune au cinéma
La scène d’introduction du film est particulièrement réussie.

Le Pitch

Dans un futur lointain, le duc Atréides accepte le commandement de l’empereur de se rendre sur Arrakis où se trouve l’une des ressources les plus précieuses de l’univers : l’Épice. Refuge des Fremen et disputé par les Harkonnen, cette planète désertique et hostile sera le théâtre d’affrontement d’une guerre économique et interplanétaire. Plongé malgré lui au cœur du conflit, le jeune Paul, héritier de la maison Atréides, tentera de dominer ses peurs pour trouver un sens au mystérieux pouvoir qui s’accroit en lui.

pendant le tournage de Dune
Le réalisateur Denis Villeneuve sur le tournage de Dune.

Un pur produit de la maison Villeneuve

Si Dune n’est pas vraiment le film familial annoncé par les multiples teasers, il s’inscrit dans la stricte continuité de la filmographie de Denis Villeneuve. Une oeuvre sobre et méditative, qui tout en ayant l’ampleur et le panache visuel d’un blockbuster, parvient à s’affranchir des poncifs du genre en proposant une véritable vision d’auteur. Le cinéaste canadien offre une proposition de SF originale, en prenant le parti de narrer son récit en s’intéressant davantage aux interactions politiques et environnementales qu’aux affrontements physiques. Si les scènes d’action ne sont pas en reste, l’intérêt du long-métrage n’est pas là et se situe plus dans les thématiques qui baignent les entrevues entre les personnages, ainsi que dans les expérimentations sensorielles du jeune Paul (interprété par Timothée Chalamet), qui entretient un rapport particulier avec la planète Arrakis. Capable d’anticiper des évènements à venir et doté de capacités proches du mentalisme, l’esprit de ce personnage aux aspirations messianiques semble se perdre au fur et à mesure du film dans les volutes de sable et dans l’immensité des dunes d’Arrakis.

La maison Atréides comprend les principaux protagoni
La maison Atréides comprend les principaux protagonistes de ce premier volet.

Fort d’une expérience de documentariste dans les régions désertiques du monde entier, le réalisateur Denis Villeneuve retranscrit avec justesse l’état d’introspection dans lequel vous plonge ce type d’environnement. En mettant en contraste l’infiniment petit et le gigantisme (l’écosystème de Dune comprend aussi bien des vers géants des sables que des rongeurs ou des insectes), tout en favorisant une approche organique de ladite planète par le biais des visions de Paul, le cinéaste offre une vision palpable de cet univers d’anticipation en apparence si éloigné de nos préoccupations actuelles.

L'Épice de Dune
L’Épice, présente en abondance sur Arrakis, est la source du conflit qui oppose Atréides, Fremen et Harkonnen.

Bien sûr, les autres personnages ne sont pas en reste, et on salue la prestation d’Oscar Isaac en patriarche charismatique, celles de Javier Bardem et Zendaya en Fremen, et particulièrement Stellan Skarsgard, qui campe un baron Harkonnen à la silhouette sculpturale qui en impose ! Le travail de l’image de Greig Fraser est, lui aussi, impeccable (il avait officié notamment sur Vice et Zero Dark Thirty) tandis que la musique de Hans Zimmer, entre instruments traditionnels, synthétiseurs et traitement électronique du son, se présente comme l’un de ses travaux les plus expressifs et expérimentales.

Thimothée Chalamet et Rebecca Ferguson en exil sur Arrakis.
Thimothée Chalamet et Rebecca Ferguson en exil sur Arrakis.

Faut-il voir Dune de Denis Villeneuve ?

Qu’ils s’agissent d’intrigues de cours ou de scènes de batailles d’ampleur, le cinéaste ne perd jamais de vue ses personnages et porte merveilleusement à l’écran le rapport sensible du héros avec l’environnement de Dune, dont on découvre la richesse au fur et à mesure du film. Porté par une bande originale de Hans Zimmer et un casting des plus clinquants, le long-métrage de Denis Villeneuve retranscrit avec respect les thématiques du livre d’origine, tout en demeurant dans ce qui fait l’obsession du cinéaste : le rapport au temps, la filiation et l’hérédité ainsi qu’un traitement hypnotique de l’image. Un récit d’anticipation passionnant et d’une crédibilité viscérale qui plus de cinquante ans après la parution de l’œuvre originale, trouve une résonance particulière dans notre actualité obscurcie par l’écocide et ses conséquences sur l’Être Humain.

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