Alejandro Jodorowsky Portrait

Portrait : Les 1001 facettes d’Alejandro Jodorowsky

Depuis la sortie du documentaire Jodorowsky’s Dune en 2016, grâce auquel le grand public pouvait découvrir pour la première fois la génèse du projet d’adaptation de Dune par le réalisateur Franco-Chilien, la popularité de l’artiste s’est fait grandissante. En plus de 70 ans d’activité, l’homme a acquis une reconnaissance dans de multiples domaines, multipliant les médiums (Films, Bandes-Dessinées, Théâtre, Poésie…) avec des oeuvres à fortes valeurs symboliques ou spirituelles. 

Petite rétrospective de ce personnage aux multiples facettes : auteur-acteur-humoriste-philosophe-metteurs en scène-dramaturge et mime !

Alejandro Jodorowsky

En Route pour l’aventure

Alejandro naît à Tocopilla au Chili le 17 février 1929 d’une famille juive originaire d’Ukraine. A l’âge de 9 ans, il a déjà dévoré la plupart des romans de la bibliothèque municipale. A 19 ans, il rêve d’aventure et quitte le foyer familial pour parcourir le Chili accompagné d’un théâtre de marionnettes. Il est également clown dans un cirque. En 1953, il quitte l’Amérique du Sud pour Paris, où il rencontre le mime Marceau. Malgré son jeune âge, le jeune Chilien fait déjà preuve d’une force de caractère et de persuasion à tout rompre, et se fait vite connaître du milieu artistique Parisien. Il quitte son ancienne troupe, devient peintre en bâtiment et fréquente les surréalistes. N’hésitant pas à passer d’un versant à l’autre, Alejandro quitte le mouvement en 1962 et crée le groupe Panique en réaction au surréalisme. Des shows humoristiques où se côtoient performances sportives et pornographiques.

Premiers pas dans le cinéma

En 1965, Jodorowsky retrouve Marceau pour une tournée au Mexique, où il pose les fondations du théâtre d’avant-garde de Mexico (rien que ça). Il y tourne ses deux films les plus célèbres El Topo et La Montagne Sacrée. Cette période est marquée par son apprentissage de la culture bouddhiste, et plus particulièrement du Zen, une technique de méditation qui l’influencera fortement dans ses méthodes d’écriture. Pour trouver l’inspiration, le réalisateur n’hésite d’ailleurs pas à se revendiquer de la prise de stupéfiants. Son cinéma est emprunt d’influences culturelles variées, qui font de ses films des oeuvres mondes, psychédéliques avec une profusion de symboles aussi religieux que profanes.

Dune : l’excursion Hollywoodienne

En 1975, Alejandro s’entoure des plus grands artistes de son époque afin de convaincre les producteurs de mettre sur pieds l’adaptation du roman Dune de Frank Herbert. Orson Welles, Salvador Dali, Mick Jagger sont engagés pour les rôles principaux, Moebius et H.R. Giger à la direction artistique, Magma, Tangerine Dream et Pink Floyd pour la création de la Bande-Originale. Mais c’est finalement le réalisateur en lui-même qui fera fuir les producteurs, trop original et instable à leur goût. Le caractère extrêmement ambitieux du projet, participera également à décourager jusqu’aux plus grosse sociétés de productions américaines. Le storyboard servira plus tard d’inspirations pour de nombreux films de sciences-fictions comme Alien ou encore Star-Wars. Ce projet avorté est considéré encore aujourd’hui comme un des piliers de l’imaginaire collectif contemporain.

Bandes-Dessinées et Etude du Tarot

A partir de 1978, il entame une collaboration fructueuse avec Moebius, avec lequel il signera de nombreux albums de Bandes-Dessinées de Science Fiction tels que l’Incal et La Caste des Métas-Barons. On y retrouve l’univers visuel du projet Dune avec toujours une dimension mystique et transgressive. Avec ces histoires, l’auteur Franco-Chilien peut laisser libre à son imagination hallucinée sans craindre la censure des producteurs, les enjeux financiers étant d’ailleurs moindres.

L'univers des BD de Jodorowsky est fortement inspiré de celui du film Dune.
L’univers des BD de Jodorowsky est fortement inspiré de celui du film Dune.

Parallèlement, il anime à Paris une réunion hebdomadaire intitulée Le Cabaret Mystique. Il y expose des thèmes variés tels que la psychanalyse, la pratique du zen et des arts martiaux ou encore l’héritage spirituel de l’Humanité. C’est également à cette époque qu’il commence à étudier le Tarot, qu’il cherche à moderniser. Il s’éloigne des concepts occultistes et invente la Psychomagie, qui lie art et psychanalyse.

Retour aux sources et reconnaissance

En 1989 et 1992, il réalise Santa Sangre et Le voleur d’Arc-en-ciel avec Peter O’Toole et Omar Sharif, films grâce auxquels il trouve une nouvelle reconnaissance. Au début des années 2000, il tente de donner une suite à son long-métrage El Topo, mais faute de financement, le projet ne verra pas le jour. En 2012 et 2016, il réalise deux films autobiographiques : La dansa de la realidad et Poesia Sin Fin. Le second est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs.

En 2016, il participe au documentaire Jodorowsky’s Dune qui rend hommage à son oeuvre avortée plus de 40 années plus tôt. Le film est largement diffusé et récompensé à travers le monde. Il obtient une reconnaissance de la presse et des spectateurs.

Aujourd’hui, Jodorowsky vit à paris et est le père de cinq enfants. Il demeure un personnage mystérieux à bien des égards mais accessible néanmoins (il paraît qu’il tire les cartes dans certains cafés Parisiens). Si son génie artistiques s’est toujours diffusé à travers des prismes multiples, on retrouve néanmoins un thème récurrent à toutes ses oeuvres, une obsession fondamentale : l’inconscient.

« L’homme est comme la Lune, il a une face visible et une face cachée : le conscient et l’inconscient ». Alejandro Jodorowsky