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“Les gars j’ai une annonce à faire… [s’adressant à une jeune fille un peu exaltée à côté] attends ferme là connasse de groupie.. Merci. Merci d’être là avec moi, à Dour. Les gars, je n’avais jamais fait Dour de ma vie, et clairement je me suis dis, les mecs vont à Dour, je vais les rejoindre. Et je passe un putain de moment. Alors merci… [agrippant une amie] Wow, attends viens là toi, viens, on va faire la teuf.”

 

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Merveille technologique, s’arrêter ivre en pleine balance d’un live de The Hives, et capturer l’essence d’une déclaration d’amour d’une pression de touche. Technologie instantanée qui sauve nos souvenirs des nuits infernales et moites, traits de lumières incandescentes des spots balayant la foule, découpant les sourires dans un flash de lumière, révélant des yeux souvent fermés. Parce que de cette façon on est raccord avec ce qui se passe: un rêve. Le festival Dour, c’était ça: un rêve.

Tu me diras, peut-être en fait-il un peu trop. Je ne crois pas.

“The Dour Festival was by far our best audience all summer”, Darkside.

“Merci beaucoup Dour Festival last night was insane !!!!! “, Boys Noize.  

“Summer tour is ending, thank you all ! Dour was the best one !”, Claptone.

Dour Day 1

Dour Day 1

Il y a quelque chose de spécial ici, plus qu’un line-up diversifié et pointu, c’est une ambiance particulière. C’est surtout une histoire de personnes au final. Celles qui s’entrechoquent dans la sueur et l’ébranlements des basses, qui dansent et s’élancent dans les airs avec une énergie incroyable, ils sont là, dans le présent, dans l’instant. Ils profitent. Ils s’embrassent, ils vomissent aussi. Ils oublient leurs vies d’avant et d’après, crient, se serrent, rient, communient, et parfois baisent ensemble.

Et ils ont un amour démesuré pour les artistes qu’ils viennent voir, pour les autres avec qui ils partagent cette ferveur. Dour c’est une fête païenne et bon enfant, où deux cent milles belges, flamands, français, néerlandais, anglais et espagnoles viennent souligner que la construction Européenne se fait bien mieux quand on y ajoute une bande son de qualité.

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On a donc parcouru cette immense étendu d’herbe calcinée par un feu solaire impitoyable. Comme au premier jour de la création, les yeux plissés, l’eau ruisselant sur le visage, on est arrivé à Dour. Tel un animal cherchant refuge des épreuves du climat, on a commencé par s’abriter à l’espace presse où on avait rendez-vous avec Son Lux, dont vous pouvez lire l’interview ici.

Quelques verres plus tard, on avait toujours aussi chaud mais plus rien à foutre.

Chet Faker, Bondax, Bonobo, Mount Kimbie, perdant la notion du temps, on finit par se retrouver devant Blawan. La perception altérée par la chaleur et le reste, nous restons avec un ami en retrait de la scène. Les photographes qui nous accompagnent partent capturer les morceaux de violences du set et nous restons là, à discuter. Mais nous sommes presque aussitôt interrompu. Une forme humaine qui  fend brusquement la foule sur notre droite se jette violemment contre la rambarde qui clôt les backstages, avant de s’affaisser sur elle-même et de vomir un jet abscons. Épuisé par la brutalité de son acte, le jeune homme s’endort presque aussitôt, dans la même position. Une comète vient de s’écraser, illustration du set agressif de l’anglais, et la soirée vient de prendre une autre tournure. On part en se marrant.

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Pause. Au bar du Petit Bois, où l’on se réunit entre blogueurs qualifiés et journalistes sans carte de presse, on dîne sur l’herbe à l’abri des arbres transformés en immenses chandeliers pour l’occasion. L’écho de Mac Miller nous parvient, la fête, elle, ne s’arrête jamais vraiment.

On n’en reste d’ailleurs pas là, Wave Racer et Sinjin Hawke font office de dessert. Ça se consomme avec empressement, debout, sans fioritures. Un voile bleuté se pose sur l’assemblée, habillant la chair et la matière d’un filtre irréel. On saute dans du coton, rebondissant au ralenti sur le parquet, restant quelques secondes en semi apesanteur dans un mouvement unique, collectif. Dans un rare moment de calme, le marché noir s’organise. Des transactions ont lieu entre des personnages fantasques, on échanges les matières premières d’une soirée qui dure, cigarettes contre bouteille d’eau, pilules roses contre billets bleus.

L’énergie nous fait défaut. On échoue au milieu de ceux qui, comme nous, ont décidé de reprendre leurs souffles.

– “Parle moi de Dour”

– “Un festival à la cool”

– “Dour, c’est le woodstock des années 2000”

“Un line-up de fou”

– “Je sais pas si j’ai le droit de le dire, mais ça va être 4 jours de défonce”

On ne le sait pas encore, mais on en parlera sans sourire le lendemain.

Après quelques échanges fabuleux dans plusieurs langues différentes, dont celle des signes, on part. La nuit est encore jeune et Jeff Mills nous attend. Hasard de la nuit et de la foule déchaînée, véritable océan humain qui forme des vagues au gré des beats assourdissants, le dj de Détroit reçoit une bière sur scène après une demie-heure de set.

– “Eh, tell me, what can I do for you? You have to stay man”

– “You’ll see the details with my manager, I’m leaving”

Un ami de l’accueil artiste nous racontera la scène le lendemain. Mais nous, comme beaucoup d’autres, perdu sous le ciel de toile, et succombant à l’ivresse, ne réaliserons même pas que la transe à laquelle nous participons à finalement Chris Liebing comme maître de cérémonie, heureux de reprendre les platines pour deux heures supplémentaires.

On ne se plaindra pas.

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Après les excès de la veille, le soleil écrase les volontés. On retrouve Fakear pour une interview informelle, juste après son live qui nous a secoué au réveil. Vous pouvez d’ailleurs retrouver l’entretien ici.

On apprend au détour des conversations que quelqu’un est décédé très tôt ce matin là. Quelqu’un de jeune. Quelqu’un qui en avait trop pris. C’est triste, on ne peut rien y faire, mais on le dit, parce que comme ça il vit encore un peu.

Ce n’est qu’en fin de journée que Hercules & Love Affair puis Nas et Hudson Mohawke nous font basculer de l’autre côté. Celui qui abrite l’énergie primaire, sans additifs celle là, où le corps est seulement mu par le besoin de répondre à une sollicitation sonore. On danse et puis…

La suite ? Honnêtement, on ne s’en souvient pas trop. La fatigue, le son au loin.

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La pluie arrive samedi, abattant la chaleur étouffante qui nous évitait jusque là d’aller pisser. Alors que les nuages obscurcissent le ciel, nous avançons tels des ombres inquiétantes, enveloppés dans des Kway noir, pour profiter du set du Big Girls Don’t Cry Crew. Un violent orage joue en fond, métronome distendu qui donne des allures apocalyptiques à ce début de soirée. La bande de nanas qui officie sur scène sont aussi mignonnes que leur set est ghetto: Future / Trap / Hip-Hop / Garage. On s’emporte, il est trop tard, pourtant si tôt.

On mange un peu, on boit beaucoup. The Hives ouvre les portes en grand, laissant rentrer la tempête qui frappe au loin. Un vrai live, brut, proche d’une performance sportive. Per Almqvist arrangue la foule, on peut presque voir la vapeur des corps s’échapper en frontstage. On s’insulte et on danse, énervé, humide, un pied sur la terre ferme, l’autre dans la boue. 

On enchaîne. Enfin je crois, sur Rone, dont le live un peu trop réglé emporte malgré tout la foule avec lui. Une puissance. Un tout sonore. Il y a quelque chose qui s’apparente à de la plénitude à ce moment là.

On ne pensait pas vraiment pouvoir aller plus loin, et puis ce fut le tour de John Talabot, qui referme les portes derrière nous sur l’obscurité, en apothéose. Un rare moment de maîtrise qui tient sur une partition écrite avec talent: des morceaux choisis avec soin, participant à une cohérence exceptionnelle et à une subtile montée en puissance . Une maîtrise donc, de la foule, de nous.

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Dimanche ? Ecoute, dimanche je suis partie. Honnêtement, j’avais du boulot. Mais si j’avais été là j’aurais surement tenu compagnie à ceux d’entre nous qui sont restés. Les fidèles, les insolents, perchés en backstage avec Stwo, Brodinski, Mr Oizo. On m’a dit que dimanche était fou. Mais je n’y étais pas. Et je parle seulement de ce que je connais.

Bisous.

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Pour retrouver Dour en noir et blanc, le Dour dont je ne parle pas, regarde l’album de nos amis de Urban Mythology ici. Et si tu vas assez vite en feuilletant les pages, tu entendras peut être les cris et la fureur, l’amour et la musique.

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Merci à Sophie et Isabel du Dour Festival, à Jeremy (à qui je dois encore 10€), Eric, Thibault, Antoine, Victor et Matthieu.