Sélection des meilleurs films de 2020

Sélection des meilleurs films de 2020 par Beware!

Putain, 2020… La vulgarité est de mise tant cette année fut particulière, éprouvante, mouvementée. Les plus optimistes diraient “le pire est derrière nous” mais 2021 commence avec une mutation covidesque résistante au froid alors bon, pensez ce que vous voulez, en tout cas on vous aura prévenu : 2021 sera à chier !

Oh ça va on rigole ! Cette année et les prochaines à venir seront magnifiques et vous savez pourquoi ? Car comme le dit si justement Arlette Azémar dans Dix pour cent, “Quand ça va pas, y’aura toujours le cinéma”. Ah tiens on me dit dans l’oreillette que Disney a décidé d’éradiquer le cinéma justement… Bon. Les séries, c’est bien aussi les séries. Vous avez vu Euphoria ? Incroyable non ? Mais ce n’est pas le sujet, aujourd’hui on vous parle des meilleurs films de la pire année de l’histoire selon le Time (attention, on a bien précisé “selon le Time”).

Drunk de Thomas Vinterberg

Quatre amis, professeurs dans un lycée, décident de mettre à l’épreuve la théorie d’un psychologue expliquant que l’homme est né avec un déficit d’alcool de 0.5g par litre de sang. L’objectif est donc d’entretenir une consommation régulière puis d’en observer les effets. N’ayons pas peur des mots, Drunk est un grand film. Un film sur la détresse d’une société en quête permanente d’échappatoires, un film sur l’amitié, thème ô combien traité au cinéma qui ici profite d’une fraîcheur euphorisante. Mais avant toute chose, Drunk est une déclaration, fragile et sincère, au lâcher prise. Ceci n’est pas sans rappeler Les Idiots (1998) de l’enfant terrible du Danemark, Lars von Trier. À l’instar de ces jeunes qui en opposition à la société cherchent leur “idiot intérieur”, nos quatre amis, sous l’emprise de l’alcool, s’abandonnent totalement, se libèrent de toutes pensées pour atteindre à l’essentiel, au désir de vivre. Plastiquement, Drunk est un film élégant et son traitement, caméra à l’épaule, au plus près des personnages, accentue cette sensation d’euphorie… L’alcool coule à flot et l’image n’est jamais parfaitement stable, ni totalement tremblante. C’est toujours au bord du vide que nous regardons ces professeurs se noyer dans leur étude de l’alcoolisation. L’autre grande force de ce film tient en un homme : Mads Mikkelsen. L’acteur que l’on ne présente plus campe un professeur d’histoire épuisé d’ennui, absent de sa vie de famille. La détresse transpire du regard du danois, ce que le réalisateur exploite à merveille en filmant l’humidité de ses yeux.

The King of Staten Island de Judd Apatow

7ème long-métrage de Judd Apatow, The King of Staten Island suit le parcours de Scott, jeune New-Yorkais de 24 ans peinant à trouver sa voie, alors qu’il vit seul avec sa mère depuis l’âge de 7 ans. Réalisateur du culte 40 ans toujours puceau qui avait lancé la carrière cinématographique de Steve Carell en 2005, Judd Apatow signe ici une comédie sociale à l’humour et aux dialogues ciselés. Porté par une palette de comédiens investis et touchants (Pete Davidson, Steve Buscemi, Marisa Tomei…), le film bénéficie d’un trio de scénaristes  (Judd Apatow, Pete Davidson qui s’inspire de sa propre vie et Dave Sirus) en grande forme. Au rythme d’une bande originale pleine de pêche et d’impertinence, les vannes fusent et les personnages s’accrochent pour mieux se réconcilier, dans cette Amérique encore prostrée par le traumatisme du 11 septembre 2001.

Adieu les cons de Albert Dupontel

A 43 ans, Suze Trappet apprend qu’elle est malade. Elle décide de retrouver la trace de l’enfant qu’elle a dû abandonner plus jeune. Cette quête au cœur de l’administration française et de ses interminables tentacules va la conduire à faire équipe avec JB, quinqua en plein burn out et monsieur Blin, archiviste aveugle à l’énergie communicative. Dupontel retrouve ici son mordant habituel, l’humour noir qui transpire au milieu de la poésie du quotidien, des effets de réalisation tape à l’œil, une BO aux petits oignons… Bref Dupontel fait du Dupontel et le charme opère encore ! Virginie Effira est, comme à son habitude, toujours aussi bouleversante et s’impose définitivement comme l’une des plus grandes actrices de sa génération. De son côté, Nicolas Marié cabotine à l’excès avec tout le talent qu’on lui sait, proposant ainsi un personnage profondément attachant. Adieu les cons est la rencontre improbable de Ken Loach et de Terry Gilliam (qui fait d’ailleurs un caméo dans le film), d’autant plus improbable que le résultat est franchement réussi.

Uncut Gems des frères Safdie

Depuis sa sortie mondiale sur Netflix en janvier 2020 (en décembre 2019 en France), le thriller américain des frères Safdie aura connu un succès critique retentissant, réunissant la presse et les spectateurs partout dans le monde. Produit par A 24, le film se place dans la droite lignée des autres productions de la célèbre firme du cinéma indépendant (la maison privilégiant la vision de ses réalisateurs, au détriment d’un Final Cut trop sévère). Mettant en scène Adam Sandler en gérant d’une bijouterie dans le quartier des diamants de New-York, l’histoire retrace la quête désespérée du vendeur pour retrouver une pierre opale de grande valeur, qui pourrait bien lui permettre de rembourser l’ensemble de ses dettes. Habitué des comédies potaches à l’Américaine, l’acteur trouve ici l’un de ses rôles les plus marquants. Fort d’une mise en scène haletante et de décors urbains diurnes magnifiés par le travail du chef opérateur Darius Khondji, le film rappelle les escapades New-Yorkaises du cinéma de John Cassavetes, mais aussi celui de Martin Scorsese qui compte parmi les producteurs de ce long-métrage enthousiasmant.

Adoration de Fabrice du Welz

Le jeune Paul fait un jour la rencontre de Gloria, une nouvelle patiente de la clinique psychiatrique où travaille sa mère. Rapidement subjugué par son tempérament trouble et solaire, terrifiant d’envie de vivre, Paul prend la fuite avec elle. Les deux enfants s’enfoncent au cœur de la nature, loin du monde des adultes. Beaucoup moins provocateur qu’à ses débuts (tout le monde garde en tête les images de Calvaire ou la furie sanguinaire de Alleluia), Fabrice du Welz n’a cependant rien perdu de sa maîtrise formelle. En effet, le grain de la pellicule vient sublimer des séquences hypnotiques, presque bestiales. Thomas Gioria, la révélation du film Jusqu’à la garde de Xavier Legrand, impressionne par sa capacité à être toujours juste dans ce rôle d’idiot (au sens dostoïevskien du terme). Fantine Harduin est tout aussi convaincante malgré un personnage difficile à apprécier car très hystérique. Enfin, l’apparition de Benoît Poelvoorde offre au film sa plus belle séquence. On a hâte de voir la prochaine collaboration entre les deux hommes, Inexorable, toujours en salle de montage…

1917 de Sam Mendes

Inspiré de l’expérience personnel de son grand-père paternel, Sam Mendes réalise en 2020 ce film de guerre ambitieux qui nous plonge au coeur de l’opération Alberich, une des dates clés de la première guerre mondiale. Il y dépeint l’histoire de deux soldats britanniques ayant reçu l’ordre de délivrer un message important de l’autre côté de la ligne de front. Dans la veine de Dunkerque, le réalisateur joue ici la carte du réalisme et s’efforce de retransmettre en temps réel les pérégrinations des deux jeunes anglais. Tourné comme un simili de plan-séquence (les quelques coupes dû au tournage ont été camouflé en post-production), le film met en valeur la figure du héros ordinaire, loin des clichés des films d’actions modernes. Au delà du propos, le cinéaste offre une expérience audiovisuelle qui sollicite avant tout les sens, pour mieux nous immerger dans le chaos des combats au corps à corps ou de charges dantesques. Un récit captivant de deux individualités empêtrées dans la tourmente d’une guerre absurde qui changea la face du monde à jamais.

Mosquito de João Nuno Pinto

Un jeune garçon de 17 ans, imberbe et de maigre consistance, qui en mal de reconnaissance aux yeux de ses parents décide de partir faire ses preuves au combat. Croyant rejoindre la France, c’est l’Afrique, ses immenses plaines, sa chaleur étouffante et sa splendide sauvagerie qu’il trouvera. Rapidement isolé de son unité, condamné à rester au camp, le soldat part seul à la suite de ses camarades, dans l’espoir qu’un délusoire courage fasse de lui l’homme qu’il a toujours rêvé d’être. Commence alors une quête initiatique aux confins de la folie, où l’être humain tutoie la bête et mène sa propre guerre. La véritable force du film est d’aborder la guerre sans jamais la montrer. Car oui, à travers cette angoissante solitude, le jeune homme va affronter toutes les horreurs du conflit et son absurdité. La caméra de Pinto se veut au plus près de son personnage, comme pour en capturer l’essence, sa moite frayeur. Avec de longs plans séquences, le réalisateur nous dévoile une nature aussi belle que dangereuse, qui à chaque pas du personnage semble l’envelopper un peu plus. A travers les bruits de la savane, c’est la bataille qui le ronge de l’intérieur qui s’exprime. Le parcours du garçon est ponctué de scènes hallucinés, qui atteignent leur paroxysme lors d’une danse tribale dans un village de femmes. Si certains effets peuvent s’avérer artificiels dans la première partie du film, ils n’en deviennent que plus justes par la suite, superbement accompagnés par les nappes sonores de Justin Melland.

Jojo Rabbit de Taika Waititi

Adapté du roman Caging Skies de Christine Leunens, Taika Waititi reviens en 2020 avec Jojo Rabbit, une satyre grinçante sur l’Allemagne Nazie, au ton faussement léger. L’histoire de Johannes Betzler, âgé de 10 ans, enrôlé dans un camp de jeunesse hitlérienne et dont l’ami imaginaire n’est autre qu’Adolf Hitler. Servi par une réalisation impeccable, le script étale son lot de personnages archétypaux tous plus extravagants les uns que les autres. D’un Sam Rockwell désabusé en capitaine Nazi à froufrou, en passant par les mystérieux hommes en noir de la Gestapo ou un Führer en constant cabotinage, le réalisateur s’amuse à transposer ces figures rigides en icône Pop pour notre plus grand plaisir. Après Thor Ragnarok et son univers de fantaisie débridée, il réussit l’exercice difficile de la comédie noire, sur un sujet sensible qui plus est (le génocide juif est évidemment au coeur du film). En dépeignant une réalité macabre maquillée par la folie collective du troisième Reich, le réalisateur dresse un portrait émouvant sur l’innocence de l’enfance et le passage à l’âge adulte. Un feu d’artifice de salut nazis et de discours idolâtres, rythmés par des standards des Beattles ou de Bowie repris ici en allemand. Revigorant !

Histoire d’un regard de Mariana Otero

Gilles Caron a connu une carrière fulgurante dans le photojournalisme français et une fin tout aussi rapide. En 1970 au Cambodge, le photographe disparaît purement et simplement. Il avait tout juste 30 ans. Durant 6 années, il fut le témoin des plus grandes mutations de son époque : la guerre des Six Jours, mai 68, la guerre du Vietnam… En découvrant son travail, la cinéaste Mariana Otero y trouva un écho de son histoire personnelle ce qui la poussa à se plonger dans les milliers de négatifs pour redonner une présence à cet homme disparu. Ce documentaire est passionnant grâce au voyage à travers l’histoire qu’il nous propose mais surtout car il réussit à capturer l’essence hors du temps d’une photographie. Chaque image étudiée est l’occasion d’une découverte et l’ensemble finit par constituer un folioscope de la vie de Gilles Caron. Bouleversant.

Light of My Life de Casey Affleck

Premier long-métrage de fiction de Casey Affleck, Light of My Life raconte les errances d’un père et de sa fille dans une Amérique Post-Apocalyptique, alors qu’une pandémie mondiale à provoqué la disparition de la plupart des femmes. Si le propos du film n’est pas sans rappeler celui de La Route de John Hillcoat, il en est une sorte de relecture aux aspirations féministes. Un thème qui paraît paradoxale quant on sait que Casey Affleck fut accusé de harcèlement sexuel sur le tournage de son précédent film, avant que les poursuites ne soient abandonnées. A cet égard, le film semble être une tentative de Méa Culpa tant chaque individu masculin est présenté comme un agresseur potentiel. La relation père-fille ne déroge pas non plus à la règle, en opposant le regard surprotecteur du paternel envers son enfant, elle qui ne rêve que d’émancipation. Dans un monde livré à la brutalité et au primitivisme du sexe masculin, la relation entre ces deux êtres se veut parfois conflictuelle, mais toujours soudée dans l’action. Dans l’ensemble, le film se voit en parabole éprouvante sur la masculinité toxique, ainsi qu’en réflexion sur la question du genre (qui semble se poser plusieurs fois pour la jeune fille). Si le sujet semble opportuniste, il ne fait pas moins du long-métrage une fresque bouleversante sur la parentalité dans un monde régit par l’individualisme et la survie.

Nous arrivons à la fin de cet article, il est temps de se dire à l’année prochaine, même jour, même heure pour une sélection, fabuleuse à n’en pas douter, des plus grands crus de 2021 !

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Article Co-écrit avec Arthur Tonglet :)

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