Mank le nouveau film de Fincher

Mank : une prouesse visuelle au service d’un récit labyrinthique

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Mank, le dernier film de David Fincher, est sorti le 4 décembre dernier sur Netflix. L’occasion de retrouver l’acteur Gary Oldman dans le costume du scénariste Herman J. Mankiewicz, auteur méconnu du script de Citizen Kane. Le réalisateur américain, connu pour son perfectionnisme et ses idées politiques en marge, livre une fresque magistralement orchestrée du Hollywood des années 30. Pour autant, cela suffit-il à capter l’attention du spectateur ?

Un projet à longue maturation

Annoncé par Netflix en 2019, le film marque la troisième collaboration du cinéaste avec le géant américain du streaming, après les séries House of Cards et Mindhunter. D’après une histoire originale de Jack Fincher, qui n’est autre que le père du réalisateur, le script a été remanié de nombreuses fois depuis sa toute première rédaction en 1990. Suite au succès de The Game en 1998, David Fincher commence à démarcher les studios pour concrétiser le projet. Kevin Spacey et Jodie Foster sont pressentis pour interpréter les rôles principaux, mais le souhait du metteur en scène de tourner le film en noir et blanc refroidit les producteurs et les exploitants. En 2020, les nouveaux modes de diffusion permettent au metteur en scène de transformer l’essai.

Mank et sa rédactrice sont chargés de rédiger le script de Citizen Kane.
Gary Oldman (Mank) et Lily Collins (sa rédactrice) sont chargés de rédiger le script de Citizen Kane.

De quoi parle le film ?

Suite au krach boursier de 1929, le secteur audiovisuel américain est en crise, ce qui pousse les studios à licencier à tour de bras. À Los Angeles, un journaliste et écrivain surnommé Mank, auteur de nombreux scripts pour le cinéma, cherche à accomplir son chef-d’oeuvre. Contacté par le jeune prodige Orson Welles, il décide d’entamer une collaboration avec ce-dernier. Leur objectif : raconter l’ascension politique d’un magnat de la presse en quête d’idéalisme, qui va progressivement dériver vers l’accumulation du pouvoir et de la richesse.
Pour mener à bien l’écriture de ce script, Mank s’inspire de sa vie et de son entourage proche, et notamment du personnage de William Randolph Hearst qui a donné naissance au protagoniste joué par Welles, ainsi que de sa compagne Marion Davies.

Le film de David Fincher soulève donc, à travers des flashbacks et les échanges de l’auteur avec ses proches collaborateurs, la genèse d’une des œuvres les plus acclamées de l’Histoire du Cinéma.

La photographie du film Mank est tout bonnement splendide.
La photographie du film est tout bonnement splendide.

Un film proche de la perfection formelle ?

Si le sujet du film pourra ne pas susciter l’intérêt de tous, la mise en scène est quant à elle une véritable leçon de cinéma. Rien n’a été laissé au hasard pour nous précipiter dans une époque où l’industrie cinématographique était encore un vecteur d’idéaux, souvent servit par des pionniers dans leur domaine. Que ce soit dans les brainstormings d’écriture, les tournages rocambolesques ou les meetings de politiciens véreux, Fincher ne lâche jamais la main sur la précision de son cadrage et la direction de ses acteurs (une scène a nécessité plus de 200 prises). Et que dire de la facture de l’image, signée Erik Messerschmidt (qui avait déjà collaboré avec lui sur Mindhunter et Gone Girl) qui baigne les personnages dans des clairs-obscurs somptueux, s’inscrivant ainsi dans la droite lignée des films de cette époque. En effet, le film possède une texture granuleuse où viennent se glisser de temps à autre des artefacts de pellicules. Dans un souci de dégradation consciente du support filmique, le son a également été retravaillé, afin de simuler des prises de voix datant des premières heures du parlant. Les musiques de Trent Reznor et Atticus Ross terminent de nous plonger dans l’ambiance avec une orchestration ample mais discrète, aux tonalités lancinantes et hypnotiques s’inspirant en partie du travail du compositeur Bernard Herrmann.

Tom Burke interprète Orson Welles dans Mank.
Le personnage d’Orson Welles est incarné par Tom Burke.

Un film qui peine à captiver son spectateur

Au-delà d’un travail sur les textures et le grain de l’image et du son, et d’une volonté de ressusciter un âge déchu, l’intrigue avance sans grands temps forts et condense son récit à travers des dialogues souvent trop chargés pour qu’on puisse suivre le fil facilement.
En ce qui nous concerne, il nous aura fallu deux visionnages pour comprendre les tenants et aboutissants de chaque scène, sans se perdre dans la continuité. De plus, il s’agit d’un sujet de niche (la genèse d’un film porté au firmament par les critiques de cinéma mais peu connu du grand public) et c’est là où selon nous, le bât blesse. Contrairement à Seven ou Fight Club, cette histoire de gestation d’un script politisé peine à prendre une portée universelle. Une accessibilité restreinte pour un public cinéphile avant tout, désireux de connaître les secrets d’une production chaotique ayant donné naissance au monument que l’on connaît.

La retranscription visuel du film Mank est très réussi.
L’un des principaux mérites du film est la retranscription quasi palpable d’un Âge d’or du cinéma Hollywoodien.

Mank est-il un film à voir ?

Si vous aimez le cinéma et si vous avez vu Citizen Kane, vous risquez de vous retrouver dans cette structure quelque peu labyrinthique qui rappelle la narration non-linéaire du film d’Orson Welles. Si vous n’êtes pas un amoureux de Fincher ou des classiques de la MGM, vous risquez de rester sur la touche. Mais vous pouvez toujours tenter le coup et consacrer deux heures de votre temps à un film à la mise en scène ciselée, servi par une photographie impeccable et des acteurs talentueux, dont un Gary Oldman particulièrement touchant. Un long-métrage parfaitement exécuté, mais peut-être un peu trop froid dans son récit et dans la caractérisation de ses personnages pour espérer rassembler les foules.

Mank le nouveau film de Fincher

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