
Né à Salamanque en Espagne, David de la Mano développe depuis les années 2000 un art graphique où figures humaines, animaux et végétaux se rencontrent. Mais ses fresques ne se construisent pas uniquement à partir de ce qu’il choisit de représenter. Le mur, son architecture et parfois même son histoire participent à leur composition.
De la sculpture aux murs, une voie très liée aux espaces

Avant de devenir muraliste, David de la Mano s’intéresse déjà à l’espace public. Il étudie les Beaux-Arts à Salamanque et commence son parcours artistique par la sculpture, les installations et le land art. Il travaille également comme illustrateur et enseigne quelques années plus tard la sculpture à l’université. Sa transition vers la peinture murale commence notamment après sa découverte du street art et du travail de l’artiste italien Blu et c’est environ à partir de 2008 que les murs prennent une place centrale dans son art.

Cette évolution ne change en revanche pas son intérêt initial pour l’espace. David de la Mano travaille beaucoup dans des lieux en périphérie, sur des bâtiments délaissés et des espaces qui attirent moins le regard. Avec Pablo S. Herrero, son ami d’enfance et collaborateur sur de nombreux travaux, il s’exerce notamment dans des endroits abandonnés, mais le lieu n’est pas seulement choisi pour accueillir une œuvre, il devient un élément à part entière de celle-ci.
Humains, animaux et végétaux, David de la Mano les mélange en les mettant en mouvement

Sur ses murs, David de la Mano emploie un vocabulaire où le vivant circule d’une forme à l’autre, les ailes d’un oiseau ou les membres d’un être humain se changent en branches. Le noir et blanc domine son travail mais les figures qu’il dessine sont loin de se limiter à un seul modèle. Il représente des silhouettes isolées ou regroupées, des corps fragmentés, des visages et des têtes humaines. Un ensemble de personnages ou d’éléments peuvent participer à la formation d’une autre image. Son travail joue sur la continuité entre différentes formes du vivant, sans que cette transformation soit forcément systématique.

Dans « Invisible Spring », le corps humain semble progressivement se fondre dans un réseau de branches et de racines. La silhouette, représentée de profil et légèrement recroquevillée, se prolonge dans ces lignes végétales qui traversent la composition tandis qu’une multitude d’oiseaux aux ailes elles même lignifiées viennent s’y poser. Cette manière de faire circuler les formes constitue l’un des aspects récurrents de son univers, où l’humain peut côtoyer ou rejoindre d’autres éléments.

Peindre avec le mur, pas seulement dessus
Mais chez De la Mano, ces figures ne sont pas indépendantes de l’espace qui les accueille. Ses fresques prennent régulièrement en compte la structure du bâtiment, ses dimensions, ses ouvertures, ses reliefs ou les irrégularités de sa surface. Le mur peut ainsi devenir une contrainte, mais aussi une ressource graphique avec laquelle composer.

Cette attention s’étend également à l’histoire et la signification des lieux. À Salamanca, le bâtiment de ses fresques « Open Wound 1 » et « Open Wound 2 » réalisées dans le cadre d’un projet organisé par la ville sur les violences de genre n’est pas le fruit du hasard. Il s’agit de « la casa de la mujer » (la maison de la femme), les fenêtres de la maison représentent ces plaies ouvertes dont parle l’artiste.


Cette approche rejoint son intérêt pour le choix des espaces. Intervenir sur un mur revient aussi à modifier la manière dont on regarde ce qui l’entoure. Pour David de la Mano, l’architecture, les figures humaines et les formes animales ou végétales peuvent donc se répondre au sein d’une même image. La fresque ne vient pas simplement occuper un espace existant, elle se construit avec lui. Pour suivre l’actualité de ses travaux, rendez-vous sur son compte Instagram.



