Le premier week-end d’août a apporté trois albums qui prennent chacun une direction très différente. Ravyn Lenae profite de Blue Island pour repousser encore un peu les frontières du R&B, FLO transforme les hauts et les bas d’une soirée entre filles en Therapy at the Club, tandis que ROLE MODEL poursuit son virage vers une pop teintée d’Americana avec Chuck Timely & The Hourglass. Trois projets sortis le 7 août, et trois bonnes raisons de prolonger un peu le week-end.
Ravyn Lenae – Blue Island
Après le succès de “Love Me Not”, Ravyn Lenae aurait facilement pu chercher à reproduire ce qui avait fonctionné. Blue Island fait exactement l’inverse. Deux ans après Bird’s Eye, la chanteuse américaine utilise son troisième album pour s’éloigner encore davantage de l’étiquette R&B qui lui colle à la peau.
Avant sa sortie, elle prévenait déjà dans une interview accordée à The Fader : “À chaque album, je me pousse un peu plus loin de ma zone de confort ou de ce qu’on attend de moi. Vous n’aurez jamais deux fois la même chanson de ma part.” Une promesse que les 14 titres de Blue Island prennent presque au pied de la lettre. Guitares saturées, pop, soul, rock alternatif et passages électroniques se succèdent sans vraiment chercher à appartenir au même genre. Une liberté que Ravyn Lenae revendique aussi dans le titre de l’album, référence à Blue Island, la ville de l’Illinois où elle a grandi.
“Potential” en est probablement l’exemple le plus radical. Le morceau commence presque comme une comptine, porté par sa voix très aiguë et des sonorités qui lui donnent quelque chose de féérique. Puis tout bascule. La production électronique prend progressivement plus de place jusqu’à arriver à une forme plus intense du morceau, comme si deux versions avaient été assemblées. Là où “Love Me Not” avait permis à Ravyn Lenae de toucher un public beaucoup plus large, Blue Island montre surtout qu’elle ne compte pas laisser ce succès décider de la suite.
FLO – Therapy at the Club
Chez FLO, la soirée commence avant même d’entrer en boîte. Therapy at the Club, deuxième album de Jorja Douglas, Stella Quaresma et Renée Downer, reprend tout ce qui peut se passer au cours d’une nuit entre copines : les histoires de cœur qu’on essaie d’oublier, les conversations dans les toilettes, l’euphorie de la piste et les débriefs qui suivent.
Le concept pourrait facilement servir de prétexte à un album entièrement tourné vers le club. FLO choisit pourtant de rester fidèle au R&B qui a construit son identité. Les harmonies vocales du trio occupent toujours le premier plan, notamment sur “I Can’t Be High Around You”, “Miss You Missing Me” ou “Small Doses”. Ailleurs, le groupe élargit légèrement la formule. “Remedied” fait entrer des cuivres dans la production, tandis que “Don’t Break Her Heart” et le morceau-titre replacent l’amitié au centre d’un album où les relations amoureuses sont loin d’être les seules à compter.
“Pose”, en featuring avec Juicy J, constitue presque l’intrus de la tracklist. FLO y sample directement “Pump Up the Jam”, le tube de Technotronic sorti en 1989, pour construire un morceau beaucoup plus tourné vers le club que le reste de l’album. Mais ce décalage dit aussi quelque chose de l’évolution du trio. Pour ce deuxième album, FLO explique avoir voulu prendre davantage de place dans l’écriture et ne plus être uniquement regardé comme un girl group capable de reproduire parfaitement les codes R&B des années 2000. Therapy at the Club conserve cet héritage, tout en commençant à chercher ce qui pourrait venir après.
ROLE MODEL – Chuck Timely & The Hourglass
ROLE MODEL avait déjà amorcé un changement avec Kansas Anymore. Sur Chuck Timely & The Hourglass, Tucker Pillsbury pousse encore plus loin cette direction. Les guitares acoustiques, les mélodies pop et les influences Americana prennent désormais suffisamment de place pour éloigner définitivement le chanteur de la bedroom pop de ses débuts.
Pour accompagner l’album, ROLE MODEL a eu une idée aussi simple qu’efficace : filmer les 12 morceaux exactement au même endroit. Caméscope à la main, Tucker Pillsbury se plante face au miroir de toilettes publiques, lance le son et s’ambiance tout seul devant son reflet. Il danse, chante, joue avec la caméra et recommence au titre suivant. Douze morceaux, douze vidéos et toujours les mêmes toilettes, comme si l’album entier avait été enregistré au cours d’une seule soirée un peu trop longue.
“Harmony” résume particulièrement bien l’ambiance du disque. Il y a dans le morceau quelque chose d’une bande originale de film : le genre de chanson qui pourrait accompagner une bande de potes entassée dans une voiture, quelque part entre la fin de l’été et le début d’autre chose. Les guitares et le refrain donnent au morceau ce côté fédérateur, presque fait pour être chanté à plusieurs, sans chercher à en faire trop.
Cette simplicité traverse une bonne partie des 12 titres de Chuck Timely & The Hourglass. Après avoir trouvé avec Kansas Anymore une esthétique qui lui correspondait davantage, ROLE MODEL ne cherche donc pas à tout reconstruire. Il développe plutôt ce territoire entre pop et Americana, quitte à privilégier l’efficacité à la surprise. “Harmony” en est peut-être la meilleure illustration : une chanson qui ne cherche pas à réinventer le genre, mais qui donne surtout envie de trouver quelques potes, une voiture et une route suffisamment longue pour l’écouter jusqu’au bout.
Trois albums qui n’ont finalement pas grand-chose en commun, si ce n’est d’avoir trouvé chacun sa manière d’accompagner ce mois d’août. De quoi tenir jusqu’aux prochaines sorties de vendredi.



