Pour cette fin d’été, on a gardé trois morceaux qui n’ont presque rien en commun. Jorja Smith transforme une histoire de mensonges en titre à écouter en marchant comme si la rue nous appartenait, Ayra Starr et ZAYN ralentissent complètement le tempo avec “Heaven Baby”, tandis que Jungle accompagne son nouvel album d’un morceau qui porte parfaitement son nom.
Jorja Smith nous donne envie de marcher comme une baddie avec “I Lied, You Lied”
“I Lied, You Lied” porte plutôt bien son sujet : Jorja Smith raconte une relation dans laquelle les mensonges vont dans les deux sens. Pourtant, difficile de se morfondre très longtemps sur une production aussi sensuelle. Le morceau annonce What Are The Odds, son troisième album attendu le 21 août et entièrement produit par P2J, où la chanteuse britannique explore notamment le UK garage, le 2-step, la house et le UK funky. Elle décrit elle-même “I Lied, You Lied” comme un morceau particulièrement funky et légèrement house.
Mais c’est son clip qui finit de lui donner toute sa personnalité. Jorja Smith commence dans sa chambre, au téléphone avec une amie, avant de descendre retrouver son copain dans le salon. La discussion vire à la dispute et les paroles de la chanson deviennent presque les répliques de la scène. Elle claque finalement la porte et part dans la rue, où sa démarche suffit à faire passer le message : la rupture peut attendre, pour l’instant elle est beaucoup trop sûre d’elle pour s’effondrer.
La suite l’emmène notamment dans une bijouterie, où l’employée fait elle aussi partie de la scène, comme si le clip continuait simplement à suivre sa journée. Il retrouve quelque chose des clips R&B des années 2000 : des décors habités, des personnages secondaires et surtout une petite histoire qui pourrait presque exister sans la chanson. Résultat, “I Lied, You Lied” donne exactement l’effet recherché : trois minutes pendant lesquelles marcher jusqu’à la boulangerie peut soudain ressembler à l’entrée d’un personnage principal dans un film.
Ayra Starr et Zayn ralentissent tout avec “Heaven Baby”
Sur les seize morceaux de StarrGirl, sorti vendredi 14 août, “Heaven Baby” est peut-être l’un des plus inattendus. Ayra Starr retrouve Zayn pour une ballade qui laisse presque entièrement de côté les rythmes afropop auxquels la chanteuse nigériane nous a habitués. Quelques notes de piano, très peu de percussions et deux voix qui se répondent parfaitement : le morceau préfère la mélancolie au mouvement.
La rencontre fonctionne d’autant mieux que Zayn ne vient pas transformer le titre en démonstration vocale. Son falsetto accompagne la douceur installée par Ayra Starr, tandis que leurs voix se rejoignent en harmonie pendant une bonne partie du morceau. Cette impression presque suspendue tranche avec une bonne partie de l’album. “Heaven Baby” n’est peut-être pas le morceau le plus estival de StarrGirl, mais c’est justement celui qu’on a eu envie de relancer une fois terminé.
Jungle fait entrer le soleil dans son nouvel album avec “Sunshine”
Difficile de trouver un titre plus adapté à la mi-août. Vendredi, Jungle a sorti son cinquième album, Sunshine, trois ans après Volcano et l’immense succès de “Back On 74”. Parmi ses onze morceaux, on s’est arrêté sur celui qui donne son nom au disque. “Sunshine” retrouve immédiatement ce qui rend Jungle aussi identifiable : une basse ronde, des voix hautes et aériennes et un rythme qui gagne progressivement en intensité.
Après la mélancolie de “Heaven Baby”, le changement de température est immédiat. Là où Ayra Starr et Zayn donnent envie de rester allongé, Jungle fait exactement l’inverse. Le morceau est lumineux sans chercher à devenir le tube d’été évident, et suffisamment léger pour fonctionner dès la première écoute. Sunshine confirme surtout que le groupe sait encore fabriquer cette soul dansante devenue sa signature, sans avoir besoin de reproduire “Back On 74” à l’identique.
Le clip prolonge cette montée en énergie. Dans ce qui ressemble à l’immense hall d’une banque new-yorkaise, entre murs de pierre, lampes de bureau vertes et lumière chaude du soleil qui traverse les fenêtres, un vieil homme ouvre la vidéo assis au sol, casque sur les oreilles, en bougeant doucement la tête au rythme de la musique. Puis les danseurs apparaissent un à un, billets à la main, avant que le décor ne se transforme progressivement en piste de danse improvisée. Ils finissent tous réunis, grands sourires aux lèvres, dans une chorégraphie collective qui accompagne parfaitement l’intensité grandissante de “Sunshine”. Une façon très Jungle de terminer : faire d’un lieu austère un endroit où tout le monde finit par danser.
Trois morceaux qui accompagnent doucement le glissement vers l’automne, entre l’assurance de Jorja Smith, la mélancolie d’Ayra Starr et Zayn et l’énergie de Jungle. De quoi changer de saison sans brusquer la bande-son.



