explication du mouvement Land Art

Land Art : comment plonger l’art dans la nature

Le land art est une tendance appartenant à l’art contemporain qui utilise la nature et ce qu’elle offre – le bois, le sable, l’eau, les rochers… – pour créer une œuvre artistique dans ce même lieu naturel. La plupart de l’art se passe en extérieur et les créations se voient souvent être détruites par l’environnement lui-même. Les images prises par des appareils photographiques sont alors là pour nous rappeler à quoi ressemble le land art.

Depuis la naissance officielle du land art, la nature a été utilisée de toutes les manières possibles pour exprimer les volontés de chaque artiste. Aujourd’hui, les grands pionniers continuent de marquer l’histoire de cette tendance contemporaine.

L’histoire du land art : des États-Unis au monde entier

Naissance à New York

Le land art prend forme aux États-Unis d’Amérique avec l’exposition Earth Works en octobre 1968 à New York, une des principales capitales culturelles du monde. Cette tendance doit sa création à Robert Smithson, un des premiers fondateurs du land art. Lorsqu’il publie son essai The Sedimentation of the Mind: Earth Projects la même année, il s’impose concrètement comme étant le théoricien du mouvement et il devient alors une figure emblématique du domaine artistique.

Photographie de Robert Smithson
Robert Smithson
Spelly Jetty, land art dans la mer
Spiral Jerry, l’œuvre la plus emblématique de Robert Smithson

À côté, une nouvelle exposition Earth Art a lieu en février 1969. Organisé par Christo et Jeanne-Claude et Michael Heizer, cet événement confirme alors que le land art est bien intégré dans la culture artistique. Plus les artistes s’y intéressent, plus la tendance prend le pas sur les autres courants artistiques.

Land Art : comment plonger l'art dans la nature 1
Exposition Earth Art en février 1969
Land Art : comment plonger l'art dans la nature 2
Surrounded Islands, Christo et Jeanne-Claude (1984)

Le land art naît aux États-Unis alors que le pays connaît une croissance incroyable du mouvement écologiste. Voulant se débarrasser des contraintes techniques et des règles artistiques dictées par les critiques d’art, les artistes décident de profiter du mouvement écologiste pour utiliser l’environnement à bon escient. Cette fois, l’art n’est plus qu’une simple toile ou papier, il devient le cœur de la nature.

Spirale avec au centre météorite en feu
Meteorite, Milton Becerra (1985)
Spirale infinie entre les murs d'un ancien château
La Vague, Jean-Bernard Métais (2007)
Une sphère en bière sur une montagne
La Sphère déversée, Joe Smith

Expansion dans le monde entier

Quelques mois après l’exposition Earth Art, le vidéaste Gerry Schum organise une exposition télévisuelle intitulée Land Art sur une chaîne allemande. Lors que cette diffusion, des artistes du monde entier seront représentés dont Barry Flanagan, un sculpteur britannique, et Marinus Boezem, un artiste néerlandais.

Sculpture d'un lièvre sur une enclume
Sculpture par Barry Flanagan
Vue de haut de la Cathédrale Verte faite avec des arbres
La Cathédrale Verte, Marinus Boezem (1987)

Cette fois-ci, c’est bon. La fin des années 1960 met au devant de la scène de land art et plus personne ne veut s’en séparer. Aujourd’hui encore, certains artistes travaillent avec la nature. Le land art est devenu une véritable source d’inspiration pour les créateurs qui souhaitent mêler la vie et l’art. Fatigués de voir leurs productions affichées dans les musées, la plupart d’entre eux se démarquent des codes artistiques, provoquant une surprise et admiration générale.

Des ronds qui renvoient au soleil lorsqu'il se couche
Sun Tunnels, Nancy Holt (1973)
Une ligne faite de pierres
Stoneline, Richard Long (1980)

Les particularités du land art : entre matériaux et représentation

Earthwork

Le terme anglais Earthwork a été l’un des premiers à désigner une sorte d’œuvre découlant du land art. Selon son théoricien Robert Smithson, ce mot est directement inspiré du roman éponyme (1967) de Brian Aldiss. Ce sont finalement de nombreux expositions organisées à New York qui ont concrétiser le Earthwork, littéralement “terrassement”. C’est d’ailleurs la technique qui reste la plus durablement inscrite dans la nature.

Crater fait dans la pierre
Roden Crater, James Turrell
Vagues dans l'herbe
Wave field, Maya Lin (1995)

Pour le Earthwork, le matériau premier utilisé est la terre. Les artistes américains ont profité de leurs déserts du Sud-ouest pour matérialiser ce terme à la vue de tous. Ce type d’œuvre d’art s’applique alors généralement à ces artistes basés aux États-Unis car ils ont été les premiers à laisser leur emprunte permanente dans le paysage.

Jean Verame peignant les massifs du désert
Tibesti, Jean Verame (1989)

Le processus de la création

Pour faire du land art, de gros moyens sont nécessaire, autant d’un côté matériel que d’un côté financier. Même si les artistes utilisent les matériaux émanant de la nature – le bois, la plage, l’eau, les rochers -, ils ont besoin d’une grande patience pour créer leurs œuvres. Comme sur un véritable chantier, ces créateurs doivent creuser, déplacer, transporter, tracer, planter… Un véritable travail manuel est nécessaire.

Parasols bleus plantés dans des rizières
Parasol Bridge, Christo et Jeanne-Claude

Ils doivent alors aussi y introduire des produits manufacturés. Ainsi, dans le désert du Nouveau-Mexique, nous pouvons retrouver 400 poteaux en acier inoxydable. Sur la côte californienne et au Japon, ce sont 2 700 parasols jaunes et bleus ajoutés au paysage. Sans oublier les nénuphars immenses en tissu rose placés autour des îles de Floride.

Poteaux plantés dans le désert
The Lightning Field, Walter De Maria (1977)
Parasols jaunes plantés dans le désert
Parasol Bridge, Christo et Jeanne-Claude

L’art éphémère

Le seul problème avec le land art est son caractère éphémère. La plupart du temps, l’artiste doit travailler en dehors des centres urbains. En pleine campagne ou au milieu du désert, son travail exceptionnel ne pourra être apprécié à sa juste valeur. Pour satisfaire les curieux, les créateurs prennent eux-mêmes en photographie leurs productions. Cela permet de faire connaître leurs œuvres et le land art en général.

Image satellite du Roden Crater par James Turrell
Image satellite du Roden Crater par James Turrell

À côté, pour rendre la chose plus concrète, des croquis, des reportages et des vidéos sont réalisés pour être présentés au public et permettre aux artistes de vivre de ce travail éphémère. Dans les années 1970, certaines de ces œuvres seront intégrées dans des musées et lors d’expositions d’abord par l’image, puis par des installations faites dans les espaces intérieurs.

Land art par John Grades dans un musée
Land art par John Grades dans un musée
Images de land art lors d'une exposition
Exposition d’œuvre du land art

L’art éphémère fait peur à ces artistes qui voient leurs créations être détériorées et qui disparaissent après des semaines et parfois des mois de travail. Grâce à l’évolution des images et de l’art en lui-même, ils peuvent donner de la valeur à leurs œuvres et en garder un souvenir particulier.

La valeur du land art

Vers un effondrement du land art ?

Le land art étant éphémère, les artistes comptent sur les images pour donner de la valeur à leurs œuvres. Les expositions et les musées leur permettent de se faire reconnaître par le public. Mais dans les faits, ils comptent énormément sur une riche clientèle et des fondations privées afin de créer leurs projets souvent très coûteux.

Malheureusement, la crise économie des années 1970 stoppent soudainement les fonds. Avec la mort de Robert Smithson dans un crash d’avion en 1973, le land art perd son créateur et de sa superbe en même temps.

La volonté de faire revivre le land art

Malgré une perte d’intérêt pour le land art, des artistes comme Charles Ross, Michael Heizer et James Turrell ont continué leurs projets qu’ils avait commencé avant la crise et la mort de Robert Smithson. Dans le plus grand des respects, le land art a continué de vivre à travers d’artistes qui n’ont pas abandonné leur passion.

Du Land Art au Street Art il n’y a qu’un pas, on vous invite à lire notre article dédié à l’art urbain et ses différentes formes !

Tourbillon d'étoiles jusqu'à un axe
Star Axis, Charles Ross (1976)
Bâtons formant un rond sur l'eau
Out early morning calm, Andy Goldsworthy

Peu à peu, le land art est devenu un des courants dominants de l’art public. Trop souvent, le terme de land art est mal utilisé pour étiqueter n’importe quel art présent dans la nature même s’il n’est pas relié aux œuvres avant-gardistes des pionniers du land art. Ces quiproquos n’enlèveront en rien l’importance que le land art possède dans le domaine artistique.

Les artistes du land art ont et continue de créer un art hors-norme dans tous les sens du terme. À travers leurs projets, ils ont fait renaître la spiritualité des sites archéologiques en rappelant des œuvres faites dans un passé très ancien comme les Pyramides d’Égypte.

Pour aller plus loin

Afin de développer votre culture générale sur le land art, Beware! vous propose une sélections de quelques œuvres à lire/à voir absolument :

Les livres sur le land art

  • The Sedimentation of the Mind: Earth Projects (1968) de Robert Smithson : dans ce récit, le fondateur du land art théorise le mouvement artistique et présente les prémices de la tendance.
  • Un art amoureux de la nature : le land art et ses mutations (2020) de Muriel Berthou-Crestey : ce livre contient une dizaine d’entretiens avec des artistes contemporains pour comprendre comment ils ont assimilé les pratiques originelles du land art tout en explorant de nouvelles pistes.
  • Land Art (1993) de Gilles A. Tiberghien : l’auteur est un autre théoricien plus contemporain du land art et l’ouvrage propose un nombre incalculable d’artistes du mouvement qui reconnus parmi les plus grands créateurs du XXe siècle.

Les documentaires sur le land art

  • Troublemakers: The Story of Land Art (2015) par James Crump : ce documentaire revient sur l’histoire chronologique du land art dans les années 1960 et 1970.
  • Rivers and Tides (2001) par Thomas Riedelsheimer : le film relate de la vie artistique du britannique Andy Goldsworthy qui a créé des sculptures à partir de matériaux naturels.

Les actualités du land art

Récemment, nous retrouvons des artistes du land art qui se voient être les causes du renouveau de la tendance. C’st le cas de Christo et Jeanne-Claude. À l’âge de 81 ans, il a créé The Floating Piers en Italie, une création qui permet de marcher sur l’eau et à l’échelle de son pseudonyme.

The Floating Piers, Christo et Jeanne-Claude
The Floating Piers, Christo et Jeanne-Claude (2016)
Plan de création de The Floating Piers de Christo et Jeanne-Claude
Plan de création de The Floating Piers de Christo et Jeanne-Claude

Encore aujourd’hui, les anciens pionniers et fondateurs du land art continuent de marquer leur emprunte sur notre paysage actuel. Une chose est sûre, leurs créations ne pourront jamais être oubliées bien qu’elles soient détruites par l’évolution de la nature.

L’année 2020 à aussi été marquée par l’apparition mondiale de monolithes de métal. Initié par un premier artiste. D’autres ont ensuite été érigés de manière spontanée dans plusieurs pays du monde et, semble-t-il, sans concertation.

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