Obey Giant Shepard Fairey

Giant Obey portrait d’un artiste politique mondialement connu

« Je tiens à vous remercier d’avoir mis votre talent au service de ma campagne. Les messages politiques que votre travail a fait passer ont encouragé les Américains à croire qu’ils peuvent changer le statu quo. Vos images ont un effet profond sur les gens, qu’elles soient vues dans une galerie ou sur un panneau stop. Je suis privilégié de faire partie de votre œuvre et fier de bénéficier de votre soutien. » remercie Barack Obama dans un message adressé au street-artiste Shepard Fairey alias Obey. En 2008, Barack Obama est élu président des États-Unis d’Amérique. Le moment est historique. Le nouveau président le sait, son portrait en sérigraphie peint par Shepard Fairey lui a permis d’exporter son aura bien plus loin qu’il ne l’avait espéré.

Obama portrait peinture bleu rouge Obey Hope

« J’ai conçu le poster de Barack Obama, Hope, comme un outil de militantisme de base. ça n’a pas été fait officiellement dans le cadre de la campagne, je l’ai fait comme n’importe quelle autre de mes œuvres. Ça parle de ce qui se passe à ce moment là dans le monde. » explique l’auteur du portrait dans un reportage pour Entrée Libre.

À l’origine de ce portrait, une photographie de Mannie Garcia, photographe indépendant pour le Time, Washington Post et USA Today, entre autres. La photographie du candidat démocrate à la présidentielle américaine est prise en avril 2006, lors d’une discussion sur la crise au Darfour. Barack Obama semble écouter sérieusement un interlocuteur. Son visage est fermé, presque inexpressif et pourtant, Obama semble confiant et tourné vers l’avenir. La photographie est cadrée en contre plongée ce qui accentue l’importance du sujet de la photographie.

obama photo

Pas étonnant que Shepard Fairey ait choisi cette image pour en faire son œuvre d’art. Obey choisit d’abord de peindre en lettre capitale “Progress” en bas de son affiche. Mais l’équipe de campagne de Barack Obama lui demande de le remplacer par “Hope”. À l’occasion du discours inaugural de Barack Obama, l’œuvre de Shepard Fairey est alors affichée dans les rues du quartier des affaires du centre-ville de Chicago. L’œuvre devient alors virale et mondialement connue. Si pour vous, le nom de Shepard Fairey ne vous dit rien, vous avez déjà vu “Hope”. L’œuvre permet à Obey d’acquérir une notoriété sans égal.

Des débuts de l’artiste à Obey

C’est en 1970 que Shepard Fairey né, en Caroline du sud, à Charleston. Il grandit alors que le skateboard est en plein essor. Il s’intéresse à l’art et commence à floquer ses dessins sur des tee-shirts ou des skateboards alors qu’il a 14 ans. Selon Artnet, son père est médecin et sa mère, agent immobilier. Il rentre à l’école d’art d’Idyllwild en Californie. Il obtient son diplôme en 1988 puis il suit une licence de Beaux-Arts à l’école de design de Rhode Island en 1992.

« Adolescent, je dessinais et je peignais de manière classique. À côté je faisais des tee-shirts, des pochoirs et des collages pour m’amuser. Quand j’ai intégré la Rhode Island School of Design, je suis allé à New York et j’ai découvert les graffitis sur les autoroutes, dans la ville, partout. Cela m’a vraiment inspiré. J’ai dessiné le sticker André the Giant l’été suivant. »

Shepard Fairey dans un article pour Le Figaro
Shepard Fairey en train de peindre bombe aérosol

En parallèle de ses études, l’artiste travaille dans un magasin de skateboards. C’est aussi à cette période qu’il créé le mouvement “André The Giant”. Il crée des affiches, des autocollants ou des stickers qui représentent le catcher français André Roussimoff. Il débute sa carrière de street-artiste d’une manière originale : un ami lui aurait demandé de lui expliquer comment faire des pochoirs. Shepard Fairey prend un journal et tombe sur une photo du catcheur français. Il décide de l’utiliser pour lui montrer la technique.

The Giant Has a Posse pochoir noir et blanc catcheur

Avec son groupe d’amis, ils collent partout ce portrait du catcher André The Giant. L’image peinte au pochoir est en noir et blanc. Il est écrit « André le géant a une bande de potes ». Suite au succès de sa première œuvre, Shepard Fairey décide d’en refaire une, plus épurée. Elle donne le jour au logo bien connu de l’artiste : Obey Giant. Cela lui permet d’échapper aux problèmes de droits d’auteur d’André The Giant.

« L’autocollant n’a pas de signification mais existe seulement pour faire réagir les gens, pour les amener à contempler et à chercher un sens à l’autocollant. Parce que l’OBEY n’a pas de sens réel, les diverses réactions et interprétations de ceux qui le regardent reflètent leur personnalité et la nature de leur sensibilité. »

Shepard Fairey sur son site officiel

Sur son site officiel, l’artiste explique jouer avec la phénoménologie et ainsi « éveiller un sentiment d’émerveillement à l’égard de son environnement. L’autocollant d’obéissance tente de stimuler la curiosité et d’amener les gens à s’interroger à la fois sur l’autocollant et sur leur relation avec leur environnement. »

pochoir obey noir et blanc andré the giant

Shepard Fairey devient ensuite Obey. Il créé la marque de vêtements devenue célèbre chez la communauté skateboard, qui s’est depuis répandue chez d’autres communautés. La marque de vêtements, selon le site officiel date de 1995.

Obey, C’est son pseudonyme mais il ne cache pas son identité comme le fait Banksy par exemple. Son pseudonyme est tiré du film de John Carpenter “Invasion Los Angeles”, réalisé en 1988. Le film raconte l’invasion par des aliens de la terre. Des messages dignes de ceux de Big Brother sont alors posés un peu partout à Los Angeles. Soumission, obéissance ne sont pas des termes étrangers au street-artiste. Ils sont même au cœur de son travail.

L’artiste crée son propre studio, “Number One”, avec sa femme en 2003. Ils réalisent notamment l’affiche de l’album des Black Eyed Peas, “Monkey Business” :

pochette album monjey business black eyed peas rouge or

Il réalise en 2005 l’affiche du film “Walk The Line” de James mangold avec Joaquin Phoenix . Il publie aussi l’ouvrage di’llustrations : “Supply and Demand : The Art of Shepard Fairey”.

Propagande

« Je pense que tout art qui défend un objectif contient des éléments de propagande. Je pense qu’il y a une différence entre la propagande au sens sinistre du thème, qui va avoir le dernier mot dans une conversation et l’art qui a pour but d’ouvrir une conversation. » explique Shepard Fairey sur France 5. Les œuvres de Shepard Fairey sont engagées. L’artiste affirme que le choix de son pseudonyme est aussi une référence à la culture de romans dystopiques et de films qu’il aimait lire ou visionner. On pense notamment à “1984” de George Orwell.

Pour lui, “Obey” qui, en français signifie obéir, est un moyen pour les gens de réfléchir à ce qu’ils acceptent ou pas comme forme de domination : « Les gens se soumettent, se conforment et ne se posent pas de questions par rapport aux règles tacites de la société. Quand on leur dit d’obéir, ils sont obligés de réfléchir à quoi ils veulent bien se soumettre. C’est donc un moyen d’encourager les gens à plus réfléchir et à analyser les choses » explique-t-il au micro d’Entrée Libre.

On comprend alors que l’artiste est engagé politiquement. Il le prouve par ses différentes œuvres.

femme pacifiste rose fleurs obey rouge noir symétrie jaune

« Certains artistes n’osent pas s’engager. je trouve cela étrange, car il faut du courage pour se lancer dans le monde de l’art »

Obey dans une interview pour L’Express publié le 15 juin 2016.

Les œuvres d’Obey sont singulières. L’artiste réalise des illustrations avec les mêmes couleurs, la plupart du temps : sur fond beige vieilli, il peint des visages souvent en bleu avec des nuances de rouge. Cela donne à son travail un côté rétro futuriste. On retrouve un peu de Warhol chez Obey. L’artiste s’inspire aussi Rauschenberg, Jasper Johns, Lichtenstein, Barbara Kruger selon un article du Figaro :

femme aigle tee shirt rouge cheveux bleus

L’artiste est défenseur de l’environnement et pro pacifiste. Il s’engage contre Bush en 2004. Il créé le mouvement “be the revolution” en s’associant avec d’autres artistes.

george bush vampire rouge noir étoile enfer
bombe dans bras george bush président amérique

Plus récemment encore, il rejoint le mouvement anti Trump :”Enough of Trump”. L’objectif du mouvement est d’inonder les Etats pro trump d’œuvres d’art public avant l’élection présidentielle de 2020 : « C’est un honneur d’être l’un des nombreux artistes à travailler avec People for the American Way sur cette campagne. Frustrés par les échecs successifs de la présidence de Donald Trump, une douzaine d’artistes, dont moi-même, ont créé des œuvres d’art public pour rappeler aux électeurs : nous avons eu ASSEZ de Trump. » déclare-t-il sous un post Instagram.

L’artiste est donc aussi activiste et définit son art comme de la propagande. Pas dans le sens strict du terme. Il souhaite ouvrir le débat public :

graphisme son mensonge anti trump
nous avons besoin de démocratie nous en avons assez de la monarchie Amérique

L’artiste confie au Figaro s’inspirer du courant constructiviste russe : « le graphisme est vraiment fort, il atteint l’essence iconique des choses en concentrant les ingrédients. Avec une palette de couleurs limitée, qui parle au sérigraphe que je suis. Le concept est aussi fondamental : il me rappelle la publicité américaine, qui est la forme la plus envahissante de propagande. La plupart des gens considère la publicité comme faisant partie de leur quotidien. » explique l’artiste, avant d’ajouter qu’il s’inspire aussi de la propagande cubaine, chinoise et des images mises en place en Amérique pour sortir le pays de la crise pendant le New Deal.

Les œuvres célèbres de l’artiste

Tout au long de sa carrière, l’artiste ne passe pas inaperçu. Il choque et permet de poser des questions aux personnes qui contemplent ses œuvres. C’est pourquoi il a été exposé dans de très nombreuses galeries et musées : au MoMa à New York, au Victoria and Albert Museum de Londres. Sa première rétrospective lui est consacrée en 2009 à l’Institut d’art contemporain de Boston.

« J’ai commencé à être vraiment fasciné par le street art parce qu’il était jugé par les profanes et non par les critiques d’art. C’est un art esthétiquement fort, qui fonctionne de la même façon que la communication publique : il accapare l’attention comme une publicité et permet de toucher le plus grand nombre. »

Shepard Fairey dans un article écrit par Anne-Claire Meffe pour Madame Figaro

On vous laisse avec quelques œuvres phares de l’artiste :

Le street-artiste réalise le tableau de La Marianne . celui-ci est accroché dans le bureau d’Emmanuel Macron à L’Élysée. Obey Giant avait offert cette fresque à la France après les attaques de 2015. Il ne l’a pas spécifiquement offert à Emmanuel Macron comme beaucoup d’articles l’affirment.

Emmanuel Macron tableau fraternité bureau elysée par obey alias Shepard Fairey

À l’occasion de la COP 21, Obey suspend une boule géante pour alerter sur la crise climatique : « Ma position politique concernant la protection de la planète repose sur mon inquiétude pour la qualité de vie des générations futures. Ceux qui nient le changement climatique ne sont pas motivés par la quête de vérité, mais par l’avidité » explique-t-il au Huffington Post.

ballon terre cop 21 tour Eiffel accroché
tableau couleurs femme capot policier
inspiration 1984 propagande oeil big brother rouge

Obgey Giant fait désormais partie des artistes d’art urbain les plus connus et incontournables, à l’instar de Banksy, ou Ernest Pignon-Ernest

tableau obey rouge marque vêtement

Si vous appréciez le travail de l’artiste, vous pouvez consulter sa page Instagram et son site officiel.