Audrey Kawasaki peint la même femme depuis plus de vingt ans. Elle change de visage, de posture et de décor, mais l’artiste considère les personnages qui traversent ses tableaux comme différentes versions d’une seule figure.
Une figure qui l’accompagne depuis ses débuts
En 2011, elle décrivait son sujet dans LA Weekly comme son idéal féminin. Elle peint une femme à la fois confiante, puissante, sexuelle et vulnérable. Depuis, celle-ci est devenue le fil conducteur d’un travail qui a beaucoup évolué sans jamais vraiment l’abandonner.

Née en 1982 à Los Angeles dans une famille japonaise, Audrey Kawasaki grandit entre deux cultures qui nourrissent très tôt son dessin. Enfant, elle copie les mangas qu’elle lit avant de suivre des cours de peinture à l’adolescence. Elle intègre ensuite le Pratt Institute à New York, mais quitte l’école après deux ans pour retourner à Los Angeles. Elle commence à exposer professionnellement au milieu des années 2000 et développe rapidement ce qui deviendra l’une des particularités de son travail : peindre directement sur des panneaux de bois.
Le bois fait partie de l’image

Ce choix n’est pas uniquement esthétique. Kawasaki explique être attirée par les motifs naturels du bois et construit ses compositions de manière à continuer à les laisser apparaître. Ses personnages ne recouvrent donc jamais complètement leur support. Le grain traverse leur peau, leurs cheveux ou les espaces laissés vides et devient partie intégrante de l’image.

Son processus repose d’abord sur le dessin. Après quelques esquisses sur papier, Kawasaki dessine directement sur le panneau, efface une partie de ses traits puis recommence jusqu’à obtenir la composition recherchée. Elle utilise plusieurs duretés de graphite avant d’ajouter de fines couches de peinture. Certaines lignes restent volontairement visibles dans l’œuvre terminée.
We Float, réalisée en 2014, pousse particulièrement loin cette manière de travailler. Le visage d’une femme émerge au milieu de formes marines tandis qu’une grande partie du panneau reste presque intacte. Les veines du bois traversent son cou et son visage comme si elles appartenaient directement à son corps.

Ce rapport à la matière accompagne Kawasaki depuis ses débuts, mais ce qu’elle peint autour de ses personnages s’est progressivement transformé.
Autour d’elle, le décor prend de l’ampleur
Ses premières œuvres ont largement contribué à faire connaître ces jeunes femmes aux yeux mi-clos, souvent seules et parfois dénudées. Avec le temps, leur environnement prend davantage de place. Animaux, végétation, architecture et créatures fantastiques viennent progressivement construire un monde autour d’elles.

Dans Stranger’s Hall, présenté lors de l’exposition Ghost Stories en 2023, une femme tenant un chat se retrouve au milieu d’un étrange dédale d’escaliers et de bâtiments. Son corps reste presque entièrement constitué par le bois apparent tandis que le décor qui l’entoure est minutieusement dessiné. Pour cette exposition, Kawasaki décrivait justement ses personnages comme des « fantômes », des figures fictives qui apparaissent progressivement pendant qu’elle travaille.

Cette évolution se retrouve encore dans Rousing, en 2024. Le visage féminin caractéristique de Kawasaki est toujours présent, mais d’immenses formes végétales l’envahissent désormais presque entièrement. La même année, Akaku place une femme au centre du corps sinueux d’un dragon rouge. La palette devient beaucoup plus intense, alors que le graphite, l’huile et le bois continuent d’assurer une continuité avec ses premières peintures.

Les influences de Kawasaki permettent en partie de comprendre cette évolution. L’artiste cite les mangas japonais de son enfance mais aussi l’Art nouveau, dont elle retient notamment les lignes courbes et la place accordée aux motifs naturels. Son identité visuelle s’est construite quelque part entre ces références, son enfance à Los Angeles et son héritage japonais.
Vingt ans après ses premières expositions, Audrey Kawasaki pourrait avoir abandonné depuis longtemps la femme qui l’a fait connaître. Elle préfère continuer à la transformer. Le personnage reste le même, c’est le monde qu’elle construit autour de lui qui ne cesse de grandir.
Audrey Kawasaki continue de peupler son Instagram de ces étranges figures féminines!
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