Tout savoir sur la ligne claire, ou le « style Tintin »

Tout savoir sur la ligne claire, ou le « style Tintin »

Image d'avatar de Lucie SolLucie Sol - Le 4 août 2023

La ligne claire renvoie à une technique de dessin conjuguant traits simples et aplats de couleur dans un souci de clarté, dont les célèbres bandes dessinées d’Hergé sont l’exemple typique. Mais d’où vient vraiment ce style particulier, par qui a-t-il été employé et sous quelles formes perdure-t-il aujourd’hui ?

Tintin enfilant son manteau et Milou. Exemple du mouvement de la ligne claire
© Hergé, Tintin et Milou

Un graphisme épuré, une cohérence esthétique des images, une lisibilité visuelle comme scénaristique : voici les exigences que se fixent les dessinateurs et dessinatrices adeptes la ligne claire. Cependant, ce procédé connaît quelques variantes selon les personnes qui le pratiquent. Parmi les plus grands noms, on peut citer Hergé mais aussi Edgar P. Jacob, Willy Vandersteen, Bob de Moor…

Professeur Tournesol et le Capitaine Haddock
© Hergé, Professeur Tournesol et le Capitaine Haddock

Apparition du style de la ligne claire

La notion apparaît sous la plume du néerlandais Joost Swarte à l’occasion de l’exposition Tintin à Rotterdam en 1977. Lui-même dessinateur, il renouvelle ce style en y apportant des éléments qui lui tiennent à cœur comme des formes géométriques, et fait tendre la ligne claire vers l’abstraction graphique, où l’illustration et la bande dessinée se mêlent.

couverture avec un van
© Joost Swarte, Dr. Ben Ciné & D
couverture de BD
© Joost Swarte, Une chance sur cent mille

La technique de la ligne claire n’a pas attendu Hergé pour exister, et celui-ci s’inspire d’œuvres antérieures comme les BD Bécassine de Pinchon, Little Nemo in Slumberland de Winsor McCay ou encore Zig et Puce d’Alain Saint-Ogan. Ce style était induit par les contraintes d’imprimerie pour les périodiques de l’époque, où les couleurs ne pouvaient être imprimées que par aplats.

planche ancienne de BD
© Winsor McCay, Little Nemo in Slumberland
planche de Zig et Puce
© Alain Saint-Ogan, Zig et Puce

Les caractéristiques de la ligne claire chez Hergé

Le créateur de Tintin se saisit de cette technique et la pousse encore plus loin en théorisant plusieurs de ses caractéristiques principales. Parmi elles, il invoque une clarté non seulement graphique mais aussi scénaristique, permettant de rendre le plus compréhensible possible les récits pour les enfants.

Cases de la Castafiore chantant, exemple de la ligne claire chez Herg
© Hergé, Tintin, La Castafiore

Au niveau visuel, il systématise plusieurs éléments : des traits noirs d’épaisseur régulière pour les contours de chaque objet ou personnage ; des couleurs posées en aplats, et donc sans effets d’ombres ou de lumière ; pas de hachures ; pas d’ombres pour les personnages (mais celles des véhicules oui) ; des cases (« strips ») de format similaire d’une page sur l’autre ; une continuité des plans visuels dans les cases qui se suivent ; des bulles de dialogues rectangulaires…

Strips sur le professeur Tournesol
© Hergé, Tintin

Si l’artiste peut parfois déroger à ses propres règles, ses quatre œuvres majeures au sein de la série Tintin témoignent néanmoins de leur application soignée : L’Affaire Tournesol, Coke en stock, Tintin au Tibet et Les Bijoux de la Castafiore.

Planche de Tintin
© Hergé, Tintin, Coke en stock

Les autres figures majeures de ce style

Edgar P. Jacobs

Les premières BD Tintin se voient révisées par un autre dessinateur majeur de la ligne claire, Edgar P. Jacobs, lors de sa collaboration avec Hergé à partir de 1944. L’une des modifications principales apportée est la reprise des décors, qu’il rend plus réalistes.

deux hommes devant un mur de briques
© Edgar P. Jacobs, Blake et Mortimer

Son œuvre personnelle la plus célèbre est Blake et Mortimer. Celle-ci s’inscrit également dans le mouvement de la ligne claire, quoi qu’avec parfois plus de laxisme concernant les éléments systématisés par Hergé ; Edgar P. Jacobs a parfois recours aux hachures (mais elles restent rares) et les traits de contour ne sont pas toujours réguliers. Néanmoins, il conserve le souci des aplats de couleur, de la régularité des strips et de la continuité des plans. Sa spécificité réside dans son style de BD réaliste, qui se perçoit notamment au niveau des décors. Outre Blake et Mortimer, ses autres travaux comme Le rêveur d’apocalypses témoignent aussi de ces éléments.

couverture le rêveur d'apocalypses
© Edgar P. Jacobs, Le rêveur d’apocalypses

Willy Vandersteen et Bob de Moor

Le flamand Willy Vandersteen et le jeune Bob de Moor voient tout deux leur style évoluer à partir de leur collaboration au Journal de Tintin, et donc de leur contact avec Hergé. Bob de Moor assiste lui-même Willy Vandersteen pendant un temps puis Hergé, et ses propres créations tendent au fil des ans à se rapprocher de l’œuvre de Tintin, comme avec les aventures de Barelli, un reporter qui ressemble de plus en plus à Tintin lui-même.

reporter ressemblant à Tintin
© Bob de Moor, Barelli
couple dans un train devant un pont effondré
© Willy Vandersteen, Bob et Bobette

Et plein d’autres

La liste des dessinateurs ayant investi le style de la ligne claire serait encore longue. Parmi eux, on peut citer Ever Meulen, Jacques Martin, Floc’h, Yves Chaland, Ted Benoît…

Aujourd’hui encore cette technique reste employée et renouvelée par des artistes talentueux tels que Delphine Cauly ou Olivier Bonhomme. Ceux-ci utilisent le style de la ligne claire comme une inspiration, qu’ils conjuguent avec d’autres styles, Olivier Bonhomme sollicitant par exemple celui du surréalisme, tandis que Delphine Cauly aboutit à celui d’illustrations oniriques et sensuelles, souvent en noir et blanc.

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Lucie Sol
Article écrit par :
Etudiante en Lettres Modernes à l'ENS de Lyon, je suis passionnée par l'art, la culture, la littérature et leur partage. J'aime particulièrement les œuvres qui interrogent des problématiques actuelles majeures comme le féminisme et l'écologie, ou qui questionnent les liens entre images et mots. Je vous souhaite une bonne lecture !

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