Dans une exposition à la Cité de l’Économie à Paris, Kourtney Roy revient sur les paradoxes du tourisme mondial, ses impacts écologiques, humains et économiques. Pour étudier le sujet, l’artiste mélange approche artistique et scientifique.

Le secteur du tourisme pèse lourd, aussi bien sur l’économie canadienne du pays de naissance de Kourtney Roy (702 000 emplois étaient liés au tourisme dans le pays en 2024, et près de 2 millions l’étaient indirectement), que pour l’économie française (1,3 million d’emplois directement liés au secteur et 3,8 % du PIB) ou dans le monde. Selon la Cité de l’Économie à Paris, près de 10 % du PIB mondial et un emploi sur dix viendraient du secteur touristique.
Mais la Cité de l’Économie ne s’arrête pas là et, non contente de documenter l’impact financier du secteur sur le monde, explore les inégalités sociales liées à l’accès au voyage et aux loisirs ; l’impact environnemental du tourisme de masse – un aspect que Martin Parr dénonce dans son œuvre Petite Planète, au sein de l’exposition du Jeu de Paume prévue en 2026 – et l’influence des mécanismes marketing sur nos désirs d’évasion.

Une esthétique du voyage
La comparaison avec le travail de Martin Parr ne s’arrête pas au simple sujet – pas si simple d’ailleurs – du tourisme de masse. On y retrouve une esthétique, un choix des couleurs souvent associés au voyage et à l’imaginaire du voyage : couleurs éclatantes, lumière idéale, plages désertes, piscines scintillantes, motels pastel. Autant pour les voyages itinérants, en sac à dos avec bivouac et camping sauvage en pleine nature à la clef ou pour les voyages sur le long court à l’image d’un Christopher Wilton-Steer remontant l’ancienne route de la Soie.
Kourtney Roy en tire une série colorée, dont l’esthétique n’est pas sans rappeler les Kodachrome ou l’œuvre de Slim Aarons. Pourtant, précise la Cité de l’Économie, derrière « cette surface séduisante, l’artiste introduit des failles, de légers décalages, des indices de fiction qui déroutent le regard ».
L’exposition regroupe trois séries : In Between Worlds, The Tourist et Sorry, No Vacancy. Dans la première, Kourtney Roy fait des traversées en ferry « des parenthèses de liberté où le quotidien se suspend » ; dans la deuxième, elle joue sur « les poses de la vacancière idéale, figure à la fois glamour et artificielle », avec humour et dérision ; dans la dernière, elle s’intéresse et plonge le spectateur dans les plages du Texas, « désertées », « véritables décors de cinéma où l’artiste évolue comme dans un rêve interrompu ».
Y sont aussi exposés des autoportraits mis en scène, où elle questionne la fabrication du rêve touristique, ouvrant un « espace poétique où la fantaisie, le désir d’évasion et la fiction visuelle se rencontrent ».



L’exposition est à retrouver à la Cité de l’Économie à Paris (Hôtel Gaillard, 1 place du Général-Catroux, Paris 17ᵉ), du 20 février au 20 septembre 2026.



