Urbex session

Rencontre avec les fondateurs du site Urbex Session

Référence dans le milieu français de l’urbex, le site Urbex Session regroupe les explorations de Raphaël et Marie, un couple passionné par les lieux abandonnés par l’Homme :

photo réalisée pour le site Urbex Session

Avant de commencer, pouvez-vous nous en dire plus sur vous, sur Urbex Session ?

Derrière notre site Urbex Session nous sommes un couple de trentenaire en quête d’évasion, d’exploration et d’envie de quitter notre époque le temps de nos infiltrations dans les friches. Un brin asocial, l’urbex nous permet de conjuguer tourisme et solitude. C’est en 2013 que nous avons commencé les explorations et dans le même temps l’inauguration de notre site internet. Considérant dans les premiers mois pratiquer une passion éphémère, elle s’avère finalement être en partie un mode de vie.

photo d'urbex pour le site Urbex Session temple ?

Vous êtes parti au Japon et dans toute l’Europe pour vos expéditions comment financez-vous vos voyages ?

Par nos économies simplement. Pas de sponsors ni de demande de financement participatif. On est assez mal à l’aise par l’idée de demander à des inconnus de financer nos voyages.

Quel est le degré de préparation que vous faites avant de faire une exploration et notamment à l’étranger ?

Nos préparations d’explorations sont certainement moins complètes que la plupart des autres explorateurs. Nous ne travaillons pas en réseau, et donc, on se prive volontairement d’informations importantes comme la faisabilité actuelle d’un lieu, de la façon de procéder pour pénétrer à l’intérieur d’un spot, ce qui pourrait nous faire gagner beaucoup de temps et peut être éviter de rater une exploration alors qu’on pouvait avoir la solution. On préfère, malgré des échecs, ce mode de fonctionnement plus spontané et qui nous permet de faire un travail de jeu de piste une fois sur place. C’est beaucoup plus excitant et la fierté au final n’est pas la même. Donc notre préparation se cantonne à relever des informations dans la presse locale et surtout de visualiser des plans satellites via Google Earth et Street View si les vues ne sont pas trop anciennes.

photo réalisée pour le site Urbex Session

Quel est le lieu, le pays ou même juste le type d’endroit que vous rêvez de pouvoir explorer ?

Mon fantasme désaffecté je l’ai réalisé : c’était Tchernobyl. Toute une zone urbaine et rurale abandonnée baignant dans son jus historique, l’ex URSS, c’était énorme même si ma première courte excursion a été faite via un tour opérateur donc pas du tout dans une condition que j’affectionne. Il faudra que j’y retourne, avec Marie d’ailleurs car en 2017, enceinte, elle n’a pas pu m’accompagner pour éviter d’accoucher quelques mois plus tard de quelque chose d’abstrait. Sans guide officiel, une telle exploration se prépare longuement, un tel site doit se visiter en une semaine minimum.

tchernobyl photo par urbex session

Que pensez-vous de ces nombreuses destinations dites urbex, hantées, etc… qui deviennent ou sont dès le départ des lieux touristiques comme Tchernobyl justement ?

Cette question fait une transition parfaite avec ma réponse juste avant. Tchernobyl est devenu une véritable attraction touristique où des dizaines de bus débarquent par semaine dans la zone interdite. C’est un tourisme qui se développe par son côté insolite et mystérieux, après ça restera toujours des vacances adressés à un faible public, le commun des mortels préféra toujours siroter un cocktail low cost dans un hôtel all inclusive à Djerba et tant mieux. En France ce type de tourisme n’est pas du tout développé au contraire de l’Allemagne où pas mal de lieux abandonnés sont visitables uniquement en payant, ce ne sont pas des musées, c’est vraiment les lieux abandonnés dans leurs jus mais avec des gardiens. On peut citer comme exemple l’ancienne station de la NSA Teufelsberg à Berlin. Je ne vais pas me féliciter de ce type d’initiative, le seul avantage et encore c’est que ça peut éviter que ces spots ne soient vandalisés.

photo d'urbex a prypiat

Est-ce le signe que l’urbex gagne en légitimité selon vous ?

L’urbex gagne en visibilité, peut-être, pas en légitimité. Après il est vrai que ça peut permettre en cas de flagrant délit d’expliquer notre pratique plus facilement et de dissiper un quelconque malentendu.

Est-ce qu’il y a parmi toutes vos explorations, une que vous regrettez d’avoir fait ?

Des regrets je n’en ai pas en tête. On a cette chance que depuis 2013 nous n’avons fait aucune mauvaise rencontre, aucune arrestation, nous jouissons jusqu’à maintenant d’un totem d’impunité que nous essayons par tous les moyens de garder. Avec beaucoup de discrétion et de précaution il n’y a pas de raison que cela se passe mal. Sur le moment, après une exploration décevante car le lieu n’avait aucun intérêt, on peut regretter d’avoir traversé difficilement des passages remplis de ronces et d’orties mais c’est ce qui fait le charme de notre pratique. Elle est souvent ingrate mais c’est ce qui constitue en partie les bons souvenirs. Le jour où je me fracasse une jambe en traversant un plancher pourri je n’hésiterai pas à actualiser cette réponse.

Urbex dans la grande roue de pripyat

Et au contraire, y a-t-il une exploration que vous avez due annuler ou qui n’a juste pas pu se faire et que vous regrettez d’avoir ratée ?

Derrière cette question ressort toute la frustration qu’on peut ressentir avec l’Urbex. Les spots sont “périssables” plus ou moins rapidement. Dès l’exposition d’un spot sur internet et que les échanges entre les explorateurs se mettent en place, la course contre la montre est engagé. La probabilité que le lieu soit pillé, vandalisé, tagué, squatté est assez grande, sans oublier qu’il peut être réhabilité voire démoli. Ça nous arrive un nombre incalculable de fois de rater des spots car nous n’avons pas pu nous y rendre immédiatement. Lors de notre trip au Japon, nous avons eu justement beaucoup de lieux disparus comme des parcs d’attractions, ça fait parti du jeu.

photo d'une carcasse d'avion réalisée pour le site Urbex Session
Rencontre avec les fondateurs du site Urbex Session 1

Comment choisissez-vous les pays que vous allez visiter alors que les spots urbex sont censés rester secret ?

On a beaucoup de chance que nos pays frontaliers comme la Belgique, l’Italie et l’Allemagne regorgent de lieux abandonnés. Pour le cas de la Belgique c’est juste fou en comparaison à la taille de leur pays. Il n’est donc pas difficile de trouver des spots. La plupart du temps, lors de nos expéditions, en nous rendant sur le point GPS de notre exploration on va croiser par hasard tout un tas de spot, c’est même encore une fois frustrant car par manque de temps on ne peut pas s’arrêter. On capture l’adresse GPS en se disant qu’on repassera plus tard pour que finalement cela devienne un pointeur sur notre carte de lieux abandonnés qu’on ne fera jamais. Pour notre voyage au Japon, les lieux sont encore moins difficiles à trouver car la plupart des adresses sont diffusées sur des blogs japonais, il n’y a pas le même soucis de confidentialité car c’est un peuple largement plus respectueux de leurs patrimoines.

D’où est venu l’idée de vous mettre en scène avec des masques ? Pour prouver que vous avez bien visité l’endroit où juste par choix esthétique ?

Le choix des masques de lapins c’est fait complètement par hasard. Pour nos premières explorations j’ai cherché dans ma boite à déguisement ce qu’on pourrait se mettre sur le visage et j’avais ces deux masques, ce qui faisait un grand décalage par rapport au masque classique de l’Urbex, le fameux masque à gaz. Même si à vrai dire il s’est pas mal démodé depuis quelque temps. Je vois que maintenant l’idée est de se démarquer des autres au maximum, c’est bien mieux comme ça. Le cliché du masque à gaz dans les lieux abandonnés c’est complètement has been. Un masque de lapin c’est intemporel et ça plait à la ménagère de moins de 50 ans.

photo réalisée pour Urbex Session bourdeaux urbex

Quelle est votre plus belle découverte durant une exploration comme un objet historique, un témoignage, une pièce en particulier, un graffiti, etc… ?

Celle qui me vient à l’esprit est assez dérisoire mais elle démontre tout le voyeurisme qui peut découler de notre passion. Dans une maison abandonnée située en Bretagne, dans une boite métallique se trouvait des centaines de lettres d’une correspondance amoureuse. On a du se poser une bonne heure avec Marie à lire cette fresque sentimentale tout à fait quelconque mais qui nous tenait en haleine. De l’amour, des disputes, des ruptures, des réconciliations, à travers des cartes postales et des lettres on a fait irruption dans leurs vies d’une façon passionnante. C’est toujours ce qui nous marque lors de nos explorations, c’est toutes ces photos, ces documents délaissés qu’on peut trouver, des morceaux de vie dispersés se détériorant au fil du temps, il y a quelque chose de touchant dans tout ça. Ça me rappelle le château abandonné d’un artiste français où nous avons trouvé, dans un grand bordel, des archives vraiment passionnantes, surtout quand c’est un artiste qu’on apprécie ça prend une autre dimension. Tomber sur des scénarios de films qu’on a vu ça fait bizarre. Les gens ne peuvent pas imaginer tout ce qu’on peut trouver dans les lieux abandonnés, c’est hors du commun. 

photo d'un château abandonné réalisée

Que peut apporter de plus l’exploration urbaine à un plus large public pour vous ? Un nouveau moyen de s’exprimer artistiquement parlant ? Un moyen de faire prendre conscience de l’importance de l’histoire d’un lieu, d’une région ?

L’urbex à toujours été un moyen de s’exprimer artistiquement. Les graffeurs ont bien avant les photographes investis les friches pour les taguer même s’il est vrai que les explorateurs dont moi sont peu sensibles aux tags. On y voit avant tout du vandalisme avant l’élan artistique. Pour nuancer je dois reconnaître qu’il y a des graffs magnifiques qui peuvent sauver une exploration car le lieu de base n’avait aucun intérêt. Tout dépend du lieu, un entrepôt désaffecté fera lever moins de bouclier qu’un château abandonné. L’urbex peut également faire prendre conscience de notre patrimoine en péril, de nos nombreux châteaux tombant en ruine. L’exposition des lieux abandonnés peuvent être à double tranchant. Ça peut sensibiliser des gens qui vont œuvrer par la suite à une tentative de sauvetage, comme par exemple le château de de la Mothe-Chandeniers, ou bien des lieux oubliés, jusqu’à là, vont jouir d’une visibilité qui peuvent mettre en péril leurs avenirs comme le château de Noisy, démoli car le propriétaire n’arrivait pas à faire face à un flux de visiteurs illégitimes.

photo réalisée pour le site Urbex Session

Quelle est votre expédition :

La plus marquante ?

La maison de Marc Dutroux.

photo par urbex session

La plus effrayante ?

Une ancienne clinique vétérinaire à Bruxelles avec des animaux morts dans le formol.

photo d'une ancienne clinique

La plus émerveillante ?

Le château de Noisy.

photo d'un château prise par urbexsession

La plus difficile ?

Un asile italien, réussi après trois tentatives par un accès difficile via une galerie souterraine.

photo d'asile abandonné

Enfin, quels seraient pour vous les 4 conseils pour quelqu’un qui souhaiterait se mettre à l’exploration urbaine ?

  1. Prendre le plus de précautions possibles, avertir des proches, ne pas prendre des risques inutiles.
  2. Ne pas oublier que derrière chaque lieu abandonné se trouve un propriétaire, pas de vol, pas de casse, les souvenirs c’est dans la tête et dans l’appareil photo.
  3. Gérer la frustration, ne pas casser une fenêtre ou une porte pour rentrer coûte que coûte dans un spot.
  4. Chercher par soi-même les lieux abandonnés, ne pas négliger cette étape qui rend l’exploration encore plus jouissive.

Envie de plus d’urbex ? Découvrez notre article sur les 6 choses à savoir avant de débuter.

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