Telle une mutation vers une sublimation, 2019 marque un tournant pour le Pitchfork qui nous dévoile une extension de son antre. Direction la Grande Halle de la Villette pour refermer les portes d’une maussaderie automnale, laisser nos pas se perdre avant de nous guider naturellement vers une ruée de mélodies connues et inconnues. La beauté du Pitchfork réside dans sa programmation inattendue entre passé et devenir, dans ses performances scéniques ponctuées d’onirisme. Hors du temps, nous assistons à une renaissance de nos anciennes playlists qui prennent subitement vie devant nous. 

photo du pitchfork 2019
@KR
photo prise durant le pitchfork festival
@AlbanGendrot

Comme des enfants, nous prenons nos marques dans un environnement nouveau avant de débuter un ballet entre quatre scènes distinctes. Un ballet teinté de chassé-croisé pour se fondre dans la foule, se positionner et contempler une cinquantaine d’artistes. Programmation en main, une organisation vertueuse survient pour tenter de saisir des bribes de vie, pour tenter de lutter contre la fuite du temps. Sanctuaire de la musique indépendante, le Pitchfork renforce cette année, son image de pépinière artistique avec l’introduction de la culture urbaine. Une nouvelle histoire débute, une nouvelle combinaison d’images, un nouveau kaléidoscope. 

photo apr vincent arbelet
@VincentArbelet

Italians Do It Better. Comment ne pas remarquer la présence de Desire et de Chromatics, à quelques heures d’intervalle. Comme des chaises musicales, les musiciens de ces formations tournent inlassablement pour renforcer un sentiment d’appartenance, bien connu et attendu de cette foule érudite. Vêtue d’une robe en similicuir noir, Megan Louise évolue avec sensualité sur scène, un verre de cocktail à la main. L’ouverture du bal est annoncée par un martèlement de projections visuelles, de néons et d’une pluie de synthétiseurs mélancoliques. La superposition de silhouettes féminines, de cœurs, de larmes permet de révéler toute la sensibilité, le romantisme des sonorités de Desire. Megan Louise passe désormais le flambeau à Chromatics, pour une prestation davantage minimaliste, atmosphérique à la croisée des mondes. 50 secondes, 50 visuels emblématiques surviennent chronologiquement pour démontrer l’intemporalité indéniable de Ruth Radelet. Les obsédants « Running Up That Hill » et « Shadow » résonnent dans la Grande Halle de la Villette, comme si la notion de temps disparaissait. 

@AlbanGendrot

Weyes Blood bouleverse par sa prestance à la fois sobre et magistrale, par des arrangements orchestraux qui accompagnent avec délicatesse ses envolées poétiques. Au milieu de lumières tamisées, on se croirait au coin d’un feu quand Natalie Mering nous murmure « Wild Time ». Quand les notes de « Seven Words » retentissent, elle reporte spontanément ce morceau ne souhaitant pas interpréter ces mots pour le moment. Tant de profondeur, de sincérité qui se renforcent, morceau après morceau. « Movies » est une broderie musicale, minimale, contemplative qui immerge Natalie Mering dans une atmosphère aquatique. 

photo du festival
@VincentArbelet

Au cours des années, Caroline Polachek perpétue sa réincarnation musicale mais en ne dévoilant jamais toutes ses cartes. Tant de chemin parcouru depuis sa collaboration avec Sébastien Tellier dans « In The Crew of Tea Time ». La foule se rassemble progressivement devant cette porte de cimetière, comme unique scénographie. “Pang” incarne une renaissance pour Caroline Polachek qui tournoie sur scène avec aisance et sérénité. « Hit Me Where It Hurts » est un titré habité par une intensité fugace, tout comme « So Hot You’re Hurting my Feelings » qui malgré l’absence d’un amour, témoigne d’une force poignante. « Breathless » de The Corrs entrainera une vague de nostalgie, un moment de communion. 

kr photo
@KR

« He told me I belong in a churchyard ». Pas de doute, nous reconnaissons la douceur et l’éclat d’Aurora qui se tient devant nous avec son carré inégal, sa robe ample à la matière peu ordinaire. Une lune majestueuse flotte dans les airs, nous permettant une immersion au sein de son universal astral. Telle une déesse pastorale, elle nous conte « Runaway » et « Warrior » avec une impeccable technique, justesse. La musique la traverse, notamment à la fin de « Daydreamer » où ses bras, son corps s’animent avec une énergie irrépressible et salutaire. 

aurora
@VincentArbelet

Munie de sa guitare acoustique, Jessica Pratt nous propose un moment intimiste dans les pénombres du Studio. La fragilité et la vulnérabilité de sa dernière œuvre « Quiet Signs » nous retiennent, comme un moment de répit, de douceur attendu. Décidément nous assistons à des performances lunaires cette année. Jackie Mendoza entre sur scène avec un imprimé de soucoupe volante sur le dos. Seule avec son clavier, elle mélange les influences culturelles de sa ville natale, Tijuana, avec ses arrangements électroniques. « Mucho Más » résonne comme un écho, perdu au milieu des montagnes. Jackie Mendoza nous livre une exploration de l’amour à travers ses expériences personnelles. Une performance qui dépeint des paysages sonores vibrants, excentriques mais touchants. 

Jessica Pratt
@KR

Comme chaque édition, nous avons un début et une fin. La fin est empreinte d’un sentiment de frustration, impossible d’assister à toutes ces performances majestueuses. Le Pitchfork 2019, c’est terminé mais nous repartons avec une source inépuisable d’images, de mélodies, avec une admiration vouée à tous ces artistes: Slowthai, Aeris Roves, Charlotte Dos Santos, Ela Minus, Duendita, Flohio, Orville Peck ou encore Jamila Woods. Le Pitchfork est incontestablement un temple de talents, un temple où il faut bon vivre. Partir oui mais pour mieux revenir en 2020.

photo du festival 2019
photo du festival 2019 pitchfork paris
@MattAnderson
la grande salle
@KimberleyRoss
festival
@KR

À relire aussi notre article consacré au pitchfork 2018.