Photo de Miss.Tic - street artist avec une bombe à la main et un graffiti derrière elle
Miss.Tic

Miss.Tic, pionnière du street art français est décédée

Pionnière du street art et véritable pointure dans son domaine, Miss.Tic est décédée dimanche 22 mai 2022 à l’âge de 66 ans. Elle aura recouvert les murs de Paris pendant plus de 35 ans de messages et épigrammes provocants mais profondément inspirants. Retour sur la vie d’une artiste qui a égayé nos ballades parisiennes !

Peinture sur un mur représentant deux femmes. Miss.Tic et Maxime posent à côté
Miss Tic & Maxime, “Vivre c’est de la bombe” – 32, rue des Champs – Roubaix © Miss.Tic ADAGP 2021

Une street artist qui n’était pas pré-disposée à l’art de rue

De son véritable nom Radhia Novat, elle est née le 20 février 1956 à Paris d’un père tunisien et d’une mère française. Elle grandit entre Montmartre et la Cité des aviateurs d’Orly. Elle est victime en 1966 d’un grave accident de la route à la suite duquel elle perd l’usage de sa main gauche qui est atrophiée. Cet accident, véritable traumatisme physique, sera aussi un traumatisme psychologique car elle y perd sa mère, son frère et sa grand-mère.

Amoureuse de la langue française et plus particulièrement de poésie, Miss.Tic s’essaie au cours de sa jeunesse à l’écriture en tant que passe-temps. Elle se dirige vers des études d’arts appliqués puis s’exile en Californie dans les années 1980. Partagée entre sa passion pour l’écriture/littérature et son goût pour l’art, elle décide petit à petit de combiner les deux et de s’aventurer dans le monde de l’art urbain, plus communément appelé street art.

Street art de Miss.Tic d'une femme vêtue d'un haut violet
“Les actes gratuits ont-ils un prix” – 2015 © Miss Tic ADAGP 2022

Dès 1985, elle se lance en tant que street artist – fortement inspirée par les artistes qu’elle côtoie à Paris et impulsée par une rupture amoureuse particulièrement douloureuse. Pendant plus de 35 ans, Miss.Tic aura donné vie aux murs des Paris et se sera fait un nom dans ce milieu très fermé. Chaque mur, chaque espace, chaque devanture est un support potentiel qui lui permet de graver son nom dans la capitale. Elle avait la volonté de s’affirmer contre les personnes qui disaient qu’une femme jeune et jolie ne pouvait rien avoir à dire. Elle réfutait l’image et le concept de la femme asservie qui n’était présente que pour faire figuration.

Street Art de Miss Tic représentant une femme
“L’homme est un loup pour l’homme”, 69 rue Buffon – 75005 © Miss.Tic ADAGP 2021

J’enfile l’art mur pour bombarder des mots cœurs.

Miss.Tic

Elle sera cependant arrêtée et poursuivie en 1997 pour “détérioration de bien public”. Après deux longues années de procès, Miss.Tic décide de ne plus réaliser d’œuvres sur des murs publics sans en demander l’autorisation aux services municipaux ou directement auprès des habitants et des commerçants. Une fois sa notoriété acquise, Miss.Tic subit même des vols de ses œuvres qui deviennent recherchées des amateurs d’art.

Pochoir de Miss.Tic dans un café
“Le corps au régime ment”, 75011 Paris – 2014 © Miss Tic ADAGP 2020
Pochoir de Miss.Tic sur des volets
“Assignée à résistance” – rue Voltaire, Lille © Miss Tic ADAGP 2018

La rue comme miroir de la société

Son pseudonyme “Miss.Tic” provient directement de la bande-dessinée du Journal de Mickey et du personnage de la sorcière railleuse Miss Tick. Une fois ce pseudonyme emprunté, elle fait ses débuts à l’aide de pochoirs et de bombes aérosols et commence à travailler sur ses autoportraits. Elle s’est tournée vers la technique du pochoir car cela lui permettait de réaliser ses œuvres rapidement et de manière répétée.

Graffiti de Miss.Tic d'une femme en noir et en robe
“La poésie est un luxe…”© Miss Tic ADAGP 2021

Ses graffitis sont faits de noirs et blancs avec de légères touches de peinture rouge qui attirent l’œil. Elle couronne le tout avec des slogans et des messages aussi poétiques qu’engagés qui amènent à l’admiration de ses fans. Miss.Tic sait aussi bien manier l’art de rue que les subtilités de la langue française.

Peinture de Miss.Tic représentant une femme en noir et blanc sur une carte
“De toutes les manières c’est l’humour qu’elle préfère” – 2016 © Miss Tic ADAGP 2022

Je trouve que déjà le simple fait d’être artiste est une façon d’être au monde.

Miss.Tic

Néanmoins, elle se lasse petit à petit de sa propre image et cherche de l’inspiration chez les femmes de manière générale. Des femmes aux courbes sensuelles – même sexy et au regard aguicheur et profond commencent à fleurirent sur les murs de Paris. De Ménilmontant au Marais en passant par les Buttes-aux-cailles, Miss.Tic fait de Paris son air de jeux.

Ses réalisations murales transpirent l’amour et la séduction. Elle s’inspire de son vécu, de ses déceptions mais aussi de ses réussites amoureuses pour peindre et dépeindre l’Amour avec un grand A.

“Je suis anarchiste, hédoniste, activiste, mais surtout artiste !”

Miss.Tic à propos de son art
Street art de Miss.Tic femme en noir
“Tes faims de moi…”, 1991 © Miss Tic ADAGP 2021

Miss.Tic, une artiste reconnue et admirée

Ses débuts se sont avérés légèrement compliqués car elle a dû faire face aux autorités publiques qui étaient très réticentes vis-à-vis de cette forme d’art de rue. De plus, elle n’a pu véritablement vivre de son art qu’à partir des années 2000, lorsqu’elle signe des contrats privés ou des commandes publiques.

Miss.Tic portant son chien au sein de son exposition au Grand Palais
Grand Palais Galerie Lelia Mordoch – Septembre 2020

Sa première exposition remonte à 1989 avec le Fonds d’art contemporain de la ville de Paris. En 2005, elle expose à Londres au Victoria and Albert Musem puis en 2009 c’est dans le Musée Ingres Bourdelle (Montauban) qu’elle s’établit. En 2013, elle a l’opportunité d’exposer au Mucem de Marseille. Mais c’est en 2007 que se présente une grande occasion pour elle avec la réalisation de l’affiche d’un des films de Claude Chabrol, La fille coupée en deux.

Affiche du film La fille coupée en deux
La fille coupée en deux, Claude Chabrol (affiche réalisée par Miss.Tic)

Enfin, son dernier corpus d’œuvres venait tout juste de prendre place à la foire Urban Art Fair au Carreau du Temple (Paris). Ce dernier travail était en duo avec un autre pionnier de l’art urbain, Ernest Pignon-Ernest.

Si vous souhaitez admirer le travail de Miss.Tic à qui le street art doit beaucoup, n’hésitez pas à parcourir son compte Instagram.

Peinture de Miss.Tic sur des skates
© Miss.Tic ADAGP 2021 – Art to be Gallery

Depuis l’annonce de son décès par sa famille, une pluie d’hommages déferle sur les réseaux sociaux et dans les journaux. La ministre de la culture, fraîchement nommée, Rima Abdul-Malak a déclaré sur Twitter : “Miss.Tic nous a quittés. Nous perdons une grande artiste. Ses pochoirs devenus iconiques, résolument féministes, continueront longtemps à poétiser nos rues”.

Dans le monde de l’art, Christian Guemy, alias C215, a écrit : “Elle était l’une des fondatrices de l’art du pochoir, qui a peint dans les rues de Paris sans discontinuer. Les murs du 13ème ne seront plus jamais les mêmes”.

Le maire du 13ème arrondissement a déclaré qu’une rue sera renommée à son nom – arrondissement qui lui était cher et dans lequel se trouvait son atelier.

Street art de Miss.Tic d'une femme en noir et violet
“Égérie et j’ai pleuré” – 2015 © Miss Tic ADAGP 2022

Artiste à la plume et à la main talentueuses, Miss.Tic n’en était pas moins une femme au grand cœur qui a su réchauffer les murs de Paris.

A la vie, à l’amor !

Miss.Tic
  1. Nous venons de Perdre une Grande Artiste ! Sa Poésie et ses Pochoirs engagés nous ont tous Inspirés. It’s a very bad R.I.P….

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