Jef Aérosol

Jef Aérosol : le street-artiste rock !

Des pochoirs noirs et blancs signés d’une flèche rouge : c’est la marque de fabrique du street-artiste Français Jef Aérosol. C’est l’un des pionniers du street-art en France. Il a peint des œuvres mondialement connues, partout dans le monde. Ses œuvres sont indissociables de son adolescence et de sa passion pour la musique.

Qui est Jef Aérosol ?

L’ado punk : les influences de l’artiste

En 1957, né à Nantes, Jean-François Perroy alias Jef Aérosol. L’adolescent se passionne très vite pour le rock, la culture anglo-saxonne ou américaine. Fan de comics, de pop-art, de Rock&Folk (Magazine musique NDLR.) ou encore de la Beat Generation, Jef Aérosol s’imprègne d’une culture qui influencera ses œuvres : « Oui, je suis un enfant du rock, même si, en parallèle, j’ai toujours aimé, joué et écouté du folk et de la musique traditionnelle. » confie-t-il dans “Parcours fléché” (2012).

À partir de ses 10 ans, l’adolescent se passionne pour le photo-graphisme, un art à la frontière de plusieurs disciplines. Il commence à créer des images inspirées par ses passions : « Tout au long de ces années effervescentes, je dessine, je découpe, je colle, je peins, je bricole. Je crée des images directement inspirées de cette iconographie pop-rock-folk! Je fais aussi de nombreux dessins à la plume ou au crayon, plutôt minutieux et d’inspiration assez surréaliste. » L’artiste commence petit à petit à s’intéresser au lettrage. Notamment ceux du groupe punk The Clash. Il admire les chemises customisées par les membres du groupe.

jef aérosol street art portrait noir et blanc lunettes de soleil
Crédit : galerie pluskwa

Après un séjour d’un an en Irlande où Jef intègre plusieurs groupes de musique entre Funk traditionnel et Rock and Blues, l’artiste retourne en France. Il remarque le premier pochoir peint sur un mur. Il n’en avait jamais vu avant, l’image le marque. Il s’agit d’un pochoir anti-nucléaire contre l’implantation d’une centrale à Plogoff.

Si l’adolescence de Jef Aérosol est capitale pour comprendre l’artiste, c’est à l’époque de ses études supérieures qu’il commence à réaliser ses premières œuvres.

Ses débuts dans le street-art

Il étudie l’anglais à la Sorbonne. Sa maîtrise lui permet d’aller sur Paris plusieurs fois par mois pour suivre ses cours. Il vague dans les Halles, lit, s’informe sur le photo-graphisme et commence à réaliser ses premières œuvres.

« Je commence à travailler sur le principe du pochoir, à partir de photos d’identité et de dessins personnels ainsi que d’images et photos de magazines et pochettes de disques. Depuis longtemps déjà, la séparation des blancs et des noirs, de l’ombre et de la lumière, du positif et du négatif m’intéressent. »

Jef Aérosol dans ” Parcours fléché” , Editions Alternatives, (2012).

Il continue d’expérimenter le pochoir et le photo-graphisme alors qu’il est embauché comme gardien de nuit à Nantes. Il s’introduit dans les salles de photo-copiages des bâtiments qu’il doit surveiller. Il ressent alors les premiers frissons du street-art : « En utilisant ces photocopieurs de façon illicite, dans l’obscurité de la nuit (…) je goûte déjà aux mêmes sensations que celles ressenties plus tard en commettant mes premiers pochoirs sur les murs des villes, vite fait bien fait ! » décrit-t-il dans “Parcours fléché”.

jef aérosol street art portrait artiste chemise à pois rouges beret rouge et noir

Mais c’est surtout dans les années 80 que Jef Aérosol fait ses premiers pochoirs. En 1980, il s’inscrit au CAPES de Nantes. Lorsqu’il n’étudie pas, il créé des images, des collages, des dessins. C’est avec une affiche pour le groupe Privates Jokes qu’il réalise son premier pochoir. En 1982, il obtient le CAPES. Affecté à Vendôme, le jeune homme emménage à Tours. C’est à cette époque que Jef Aérosol devient street-artiste.

Dans une interview pour le site Artistikrezo, Jef Aérosol témoigne de son année charnière : « L’élément déclencheur a certainement été mon départ pour Tours, une ville que je ne connaissais pas, où j’ai habité pendant un an. Je fabriquais des pochettes de disques pour les copains, j’ai commencé à collectionner les photo-matons ; j’ai eu l’idée d’en reproduire un en l’agrandissant sur une boite à chaussures. C’était mon premier pochoir. J’ai acheté un cutter, deux bombes de graff en supermarché, et je ne me suis pas arrêté depuis. » Alors que l’artiste n’osait pas taguer les murs à Nantes, Tour lui offre l’opportunité qu’il attendait : l’anonymat. Jef Aérosol peut enfin se lancer. Il ne s’arrêtera pas.

« Le pochoir a été un réflexe de survie pour ne pas entrer complètement dans le monde des adultes. »

Jef Aérosol dans une interview pour Le Monde

Le street-artiste commence à signer ses œuvres. Il réalise le portrait d’une femme puis ajoute son slogan “Vite fait bien fait”. Il commence alors à être exposé dans plusieurs galeries : les Tanneurs de Tours en 1982, pour l’exposition DIN 21 X 29,7 ou encore des expositions à Bordeaux.

Pour la première fois, il rencontre d’autres street-artistes en 1984 à Bourges. Les médias commencent à s’intéresser à son travail lorsque celui-ci rejoint deux étudiantes des Beaux-Arts. Ils investissent un terrain en démolition. La presse s’empare du sujet. Il réalise une première exposition personnelle d’électrographies chez Rank Xerox, à Bourges. Jef Aérosol enchaîne les apparitions dans les médias et les fanzines (magazines indépendants ndlr).

Les années folles : Jef Aérosol a du succès !

En 1984, l’éducation nationale mute Jef Aérosol à Lille. Il y rencontre Yvelines, sa femme. Il remonte à Paris sous les conseils d’un ami et tague pour la première fois dans la capitale. De spectateur, il devient acteur des rues de Paris. Il y rencontre pour la première fois les street-artistes en 1985 dont plusieurs qui sont désormais reconnus dans le domaine : Blek le rat, Speedy etc.

La même année, le ministère de la Culture organise la Ruée vers l’Art. Plusieurs artistes peignent les rues du quartier du Marais à Paris. L’évènement permet à Jef Aérosol d’acquérir une notoriété plus importante.

Cette nouvelle notoriété lui permet de publier son premier ouvrage : “Vite fait bien fait”. Jef Aérosol participe à une grande exposition imaginée par Agnès B. La période est importante pour lui et les street-artistes.

« C’est une période très excitante. De la rue, nous sommes soudain propulsés aux cimaises des galeries et dans les catalogues de ventes prestigieuses. Régulièrement, nous nous retrouvons pour peindre ensemble dans des festivals ou événements similaires, à la manière d’un groupe de rock en tournée… »

Jef Aérosol ” Parcours fléché” , Editions Alternatives, (2012).

Jef Aérosol est exposé partout dans le monde, entre 1987 et 1988 : Allemagne, USA, Belgique, l’artiste devient mondialement connu. Il expose avec le photographe Christoph Maisenbacher à la Zoo galerie à Nantes. Il continue de travailler avec le photographe à l’occasion d’un rassemblement de street-artistes organisé en 1991 à l’initiative de Christoph Maisenbacher.

L’artiste est ensuite exposé dans plusieurs galeries avant de réaliser les cartes de vœux de la mairie. Deux de ses pochoirs sont exposés à la mairie de Lille depuis les années 2000. Lille devient la capitale européenne de la culture en 2004. Il participe à l’occasion à l’exposition “Humour et art” et “Les fenêtres qui parlent”. Le principe : des habitants acceptent que les artistes graffent leurs propriétés.

Alors qu’il joue sur scène avec son groupe Distant Shore à Chicago, Jef Aérosol colle des pochoirs dans les rues américaines la journée en 2005. Il retourne à Paris où l’artiste participe à Section Urbaine. Il collabore notamment avec Ernest Pignon-Ernest, une des influences du street-artiste. Mais il s’associe en binôme avec Antoine Duthoit, jeune artiste Lillois. Les performances quotidiennes propulsent l’artiste au désormais rang des street-artistes reconnus.

Artiste à plein temps

Il publie “Very Important Pochoirs” en 2007. C’est l’ouvrage phare de Jef Aérosol. Il présente dans son ouvrage les “VIP” qui ont compté pour lui sous forme de portrait. A chaque image, l’artiste associe une anecdote, un petit mot, qui anime les portraits d’icônes du rock ou encore d’acteurs et d’actrices.

La passion de l’artiste pour les pochoirs prend de plus en plus de place dans sa vie. Il décide de quitter l’éducation nationale et devient artiste à plein temps.

Dans les années 2010, Jef Aérosol devient une icône du street-art. Il est exposé à la galerie Magda Danysz pour fêter ses 30 années de pochoirs dans les rues. Cette exposition rétrospective lui est consacrée à Orléans. Il est ensuite exposé dans des lieux prestigieux : à l’Assemblée Nationale, dans l’hôtel de la Questure en 2015.

jef aérosol street art christiane taubira assemblée nationale

Ses œuvres célèbres

Chuuuttt !!! Beaubourg (2011)

C’est sans aucun doute l’une des œuvres les plus célèbres de l’artiste. Il réalise en 2011 son autoportrait sur un pochoir géant à Pompidou. Le pochoir fait 350 m2. 200 bombes d’aérosol ont été nécessaires pour réaliser “Chuuuttt !!!”.

« Le « chut ! » n’est pas là pour demander aux gens de se taire ! Il n’est pas là pour demander le silence. Il est là pour dire qu’il y a peut-être des choses à écouter, que vous n’avez pas l’habitude d’écouter. Une fois dans le stress de la ville, les gens ont l’impression que la bande sonore du monde urbain, ce ne sont que des moteurs de voitures ou des sirènes de police. Or, il y a aussi des gamins qui jouent au foot, il y a des touristes qui discutent, il y a des oiseaux qui chantent. Il y a le bruit des talons des demoiselles au printemps, il y a les saltimbanques du parvis de Beaubourg qui jouent de la musique et font du théâtre. »

Jef Aérosol pour RFI
jef aérosol street art chut oeuvre d'art pompidou
Jef Aérosol : le street-artiste rock ! 1

Sitting kids

C’est le pochoir le plus connu de Jef Aérosol. Il a fait le tour du monde et plusieurs “Sitting Kid” sont visibles aux quatre coins du monde. On remarque l’empreinte de l’artiste : la flèche rouge. Mais aussi la figure de l’enfant, souvent reprise par Jef Aérosol lui même : « Je peins beaucoup de gamins. j’ignore vraiment pourquoi mais je pense que c’est un besoin impérieux d’innocence, d’utopie, d’espoir. Les enfants représentent ça, l’avenir. Je suis très sensible aux rires, à l’innocence des enfants. C’est pourquoi on les retrouve souvent sur mes toiles et mes tableaux » explique-t-il pour une interview à l’occasion de la Foire Internationale d’Art Urbain en avril 2019.

jef aérosol street art sitting kid muraille chine
Sitting kid (muraille de Chine) crédit : qgdesartistes
jef aérosol peint street art sitting kid muraille chine
“Sitting kid” (muraille de Chine) crédit : citizine
jef aérosol street art sitting kid

Plusieurs autres œuvres de l’artistes représentent des enfants :

jef aérosol street art books cat bird babyy palissade bois papillons rouges
books, cat, bird and baby

Jef Aérosol a vendu cette œuvre “Enfant” sur carton 7 000 euros en 2016 :

jef aérosol street art kid

Basquiat et les chanteurs

Sur les murs de New York, Jef Aérosol a peint Basquiat.

jef aérosol street art basquiat new york

Outre Basquiat, Jef Aérosol a peint plusieurs autres artistes connus, surtout du monde de la musique. On sent les racines punk et rock du Nantais. Pour lui, représenter des grands noms de la scène musicale, c’est un moyen de les anonymiser :

« J’aime l’idée de stariser les anonymes et de rendre anonymes les stars. Mes pochoirs en noir et blanc sont comme des ombres vives. Des silhouettes, parfois de disparus, qui hantent les rues, et dans lesquelles chacun peut se retrouver. »

Basquiat dans une interview pour Le Monde
jef aérosol street art bruce springteen chicago
Bruce Springteen, Chicago (2005) / crédit : Jef Aérosol
jef aérosol street art amy winehouse
“Amy”
jef aérosol street art jimi hendrix
“Jimi Hendrix”, La Louvière, Belgique (2012)
jef aérosol street art john lennon
“John Lennon” crédit : dprezat

Anonyme

Ses portraits d’artistes lui ont permis d’acquérir une notoriété. Pour autant, Jef Aérosol peint aussi des anonymes qu’il croise dans la rue.

jef aérosol street art homme rue de l'espérance
jef aérosol street art figure
jef aérosol bordeaux

Pour aller plus loin

Ouvrages

  • VIP (Very Important Pochoirs)” Jef Aérosol, alternative (2005)
  • “Parcours fléché, Jef Aérosol, Alternative (2013)
  • “La musique adoucit les murs” Jef Aérosol, Criteres Eds (2019)

Documentaires

  • “L’art et la manière ” Manuella Dalle (2009)

Vous pouvez retrouvez l’artiste sur son site officiel.

Pour les plus curieux et curieuses : notre dossier sur le street-art et notre portrait sur Banksy

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Plus d'articles
Alberto Romanos