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[Interview] Les Louanges, chroniques d’un chaos organisé

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Révélation de la scène québécoise, Les Louanges continue de séduire. Juste avant la sortie de son second album, on a eu la chance de rencontrer Vincent Roberge, à la tête de ce projet musical éclectique.

Portrait flou de Vincent, frontman des Louanges. Couleurs saturées.
Couverture de l’album “Crash”

On avait déjà eu la chance de le rencontrer à l’occasion des Francouvertes de Montréal de 2017. Depuis, Vincent Roberge a affiné sa patte avec une pop aux touches 80’s assumées, et aux influences hip hop et jazz qui en font une des nouvelles figures montantes de la musique québécoise. Avant la sortie de son deuxième album “Crash”, dont la sortie est prévue pour le 21 janvier prochain, il nous a accordé un entretien marqué par sa bonne humeur contagieuse.

Il y a une touche très jazz et funk dans ta musique, qui est un peu inattendue dans la musique pop, est-ce que cela vient d’une envie de rendre hommage à un mouvement, à des influences particulières ?

Pour moi, quand il est temps de composer, peu m’importe. Quand je fais de la musique, je ne me pose pas vraiment de questions, ce qui compte c’est plus ce que j’ai envie d’entendre à ce moment-là. Je viens du jazz, j’ai étudié le jazz. J’étais un apprenti jazzman qui a lâché l’école, mais les gars avec qui je joue, eux, l’ont terminée (rires).

Donc tout mon groupe est composé de super jazzmen. Et je n’ai pas forcément envie de faire du jazz, par contre ça reste quelque chose qui a été très présent dans ma vie et qui ne pouvait que se traduire dans ma musique.

D’ailleurs, ton genre est un hybride entre funk, pop et R’nB, tu pourrais nous parler de tes influences musicales ?

Je me rappelle qu’à mon premier meeting avec mon label, je n’avais sorti qu’un EP plus indie rock. Mais je leur ai dit “Écoutez, je ne pourrais pas vous l’expliquer là, mais mon prochain EP sera pas du tout comme ça.”

Et je n’essaie pas de me comparer, parce que je ne pense pas qu’on se ressemble tant que ça, mais il n’y a pas d’équivalent d’Anderson .Paak au Québec, ou en français. Je trouvais qu’on n’avait pas beaucoup de cette fusion de genres dans la francophonie. Et en tout cas certainement pas au Québec.

En même temps, toute ma formation musicale, dès l’adolescence, on m’a beaucoup fait écouter du Sly and the Family Stone, Parliament-Funkadelic ou encore Curtis Mayfield. Du coup, je n’ai aucune gêne à chanter avec une voix plus aigüe après avoir écouté du Mayfield.

Comme j’ai dit, ma manière de procéder est très organique, il n’y a pas de plan clair. Mais je suis un élève du funk, du soul, tous ces trucs-là. Je suis aussi un fan de hip hop depuis longtemps, américain surtout, et on a un très bon rap au Québec aussi.

Mais j’ai aussi un background de toute la chanson québécoise, la chanson française est très présente dans ma vie. Il y a des artistes comme Daniel Bélanger ou Jean Leloup au Québec, qui m’ont beaucoup marqué. Mes parents ont tout juste cinquante ans, donc c’était leur époque, la fin des années 90. Tout ça, ça fait un bon mix.

Tu es auteur, compositeur, interprète et instrumentiste comment ça s’organise à la production d’un album ?

J’aimerais savoir, c’est un peu le foutoir. Tout débute avec moi devant mon ordinateur. Pour à peu près cinquante pour-cent d’une chanson, je produis un peu tout. Puis une fois que c’est avancé et présentable, je l’apporte à mon bras droit Félix (Félix Petit, NDLR), avec qui je produis vraiment tout.

Une fois que la musique est prête et que l’intention est là, et qu’on a un peu de texte, on se lance. Ça arrive parfois qu’on parte juste d’un loop, et qu’on développe autour. Il me connaît assez, et il m’aide même pour les paroles de temps en temps. On fréquente beaucoup de rappeurs et ça a un peu influencé notre manière d’enregistrer. On arrive souvent en studio en n’ayant qu’une ligne directrice au niveau des textes, et on improvise un peu sur place, c’est presque du freestyle (rires).

Ça a été beaucoup d’ordinateur, puis à deux au studio. Mais on s’est aussi payé un trip à la Pink Floyd, dans une grande maison transformée en studio, en septembre 2020, avec tout le groupe. Les morceaux n’étaient pas tout à fait terminés, et je les ai fait jouer dessus, et à partir de ça, j’ai repris ce qu’on avait enregistré. C’est énormément d’étapes.

On travaille beaucoup à deux. Mais j’ai aussi une très bonne relation avec le groupe avec qui je joue en live, qui est là depuis le premier album. Il n’y a rien qui a changé, on ne change pas une équipe qui gagne. Du coup, ce que j’estime qui devrait être retravaillé par quelqu’un avec plus de capacités techniques, on l’enregistre avec le groupe.

Admettons, ça a été beaucoup d’ordinateur, puis à deux au studio. Mais on s’est aussi payé un trip à la Pink Floyd, dans une grande maison transformée en studio, en septembre 2020, avec tout le groupe. Les morceaux n’étaient pas tout à fait terminés, et je les ai fait jouer dessus, et à partir de ça, j’ai repris ce qu’on avait enregistré. C’est énormément d’étapes. J’aimerais bien avoir un plan détaillé au départ, mais ce n’est pas encore gagné (rires). On suit la chanson.

Comment tu vis ton processus d’écriture des textes du coup, par rapport au moment de la composition ou de la production par exemple ?

Souvent, les morceaux partent d’une mélodie, puis d’une phrase. Et après, je me débrouille pour trouver ce que ça va être, la chanson, après ça. Je me considère quand même plus musicien que parolier. Quoi que, plus le temps avance, plus les deux commencent à être égaux.

Je me fais beaucoup plus confiance. Finalement, d’une manière beaucoup plus autodidacte, j’en apprends plus sur mon métier. Donc maintenant, j’essaie vraiment de faire les deux en même temps le plus possible, pour être plus flexible. Si j’ai une idée de texte qui apparaît, ça va influencer la musique, et si la musique peut influencer le texte et que je suis capable d’être assez réactif, ça m’enlève un certain nombre de contraintes.

Portrait de Vincent Roberge, lumière rouge fond bleu.
@lil_louanges

Entre ton premier EP et ton second, tes textes ont reflétés les changements de ton quotidien, l’importance la scène dans ta vie, avec l’album et le morceau Guérilla par exemple, tu parles d’auto-sabotage. Comment tu vis la vie d’artiste aujourd’hui ? 

C’est drôle, en sortant d’une pandémie en plus, je me suis posé la question. Avant, je n’avais pas trop eu le temps d’y réfléchir. Avec la pandémie, j’ai été obligé de faire une petite pause et de réfléchir à ma vie des deux dernières années. Je me suis rendu compte que, lors de la dernière année, je ne m’étais jamais autant fait arrêter dans la rue, à Montréal. Pourtant, je n’ai pas vraiment eu l’occasion de faire de concerts.

Je ne sais pas, c’est une drôle de vie. Je suis tout le temps en déplacement, avec des hauts et des bas et peu de milieux. Soit je n’ai pas beaucoup le temps de respirer, soit beaucoup trop. Dans le premier album, finalement, je n’avais pratiquement rien à dire. Je parlais plus de ce que je voulais, ce que je désirais. Là, le nouvel album, c’est plus “bon ok, j’ai pas mal eu ce que je voulais, qu’est-ce qui se passe après ?”.

Et puis, je viens d’avoir 26 ans, c’est un peu la vraie vie qui frappe. C’est sûr que ça allait de soi d’avoir des textes beaucoup plus personnels. Je n’ai rien à inventer. Je peux arriver avec des trucs vraiment du quotidien. Il y avait un besoin peut-être de l’exprimer aussi. C’est un peu des chroniques, un compte-rendu.

Du coup, comment tu appréhendes le retour de la scène ?

Au Québec, les salles viennent tout juste de réouvrir. J’ai vraiment hâte de refaire des concerts, parce que je me suis rendu compte d’à quel point le projet “Les Louanges” était en grande partie orienté vers le show live.

En ce moment, je me sens un peu comme un boxeur qui se prépare pour un gros combat. Je bois de l’eau, j’ai les idées claires, je suis prêt (rires).

Et puis même personnellement, c’est une manière de me valider, de me rendre compte à quel point je me réalise là-dedans. Faire de la scène, finalement, c’est devenue une de mes activités premières, et j’aime tellement en faire vraiment. J’ai même presque arrêté de jouer des instruments sur scène, parce que j’aime juste pouvoir jouer à être un entertainer. Et puis, jouer avec la foule, c’est presque un autre instrument.

Mais là, on prépare le show, et j’ai hâte de retourner sur scène. Je n’en peux plus là. J’ai fait plein de changements pour la tournée. Avant, c’était très “sex, drug and rock’n roll” mon affaire, ce n’était pas très bon pour mon corps. Avec la pandémie, j’ai tout arrêté, j’ai diminué l’alcool, les fêtes, je me suis mis au sport. En ce moment, je me sens un peu comme un boxeur qui se prépare pour un gros combat. Je bois de l’eau, j’ai les idées claires, je suis prêt (rires).

Et la pandémie, justement, a débuté au moment où ta carrière commençait à vraiment décoller. Comment tu as l’impression que ça a impacté ta visibilité ? 

Ha, c’est sûr que c’est arrivé vite, mais j’avais besoin de vacances. C’est ça qui est drôle, par rapport à mon contact avec les gens au Québec, c’est quand tout s’est arrêté que j’ai eu le temps de m’apercevoir qu’on me connaissait. Ça m’arrive que les gens m’approchent dans la rue, qu’ils connaissent mon nom, mon prénom. Il y en a qui crient “Vincent”, dans la rue, et à chaque fois je me demande “Fuck, man, où est-ce que je les ai croisés ? Ils ne me disent absolument rien.” Et finalement, c’est juste des gens qui écoutent ma musique.

Je crois que j’ai eu le temps de m’implanter juste avant que tout s’écroule. Et puis, le cycle de l’album se terminait, et j’ai eu le temps de faire mon beurre avant de devoir prendre ma pause. Mais bon, en Europe, on avait plein de belles dates. Par exemple, avant la pandémie, je devais faire les premières parties de Lous and the Yakuza et de l’Impératrice à Marseille. On avait Dour et les Francofolies de La Rochelle aussi. Et ce n’est pas vraiment le même game pour moi, ici plutôt qu’à la maison. Pour le coup, en Europe, ça a un peu coupé mon élan.

Et du coup, comment la production entre ton premier et second album, introduit par le titre très dansant “Qu’est-ce que tu me fais”, a changé ? 

À force d’en faire, à chaque fois que je finis une chanson, il y a une partie de moi qui se dit “Ha merde, j’aurais pu faire ça comme ça”. Et à chaque fois, je m’en souviens pour la prochaine. L’expérience joue beaucoup, plus que la pandémie. Ce que la pandémie m’a donné en revanche, c’est plus de temps et d’espace pour réfléchir. J’aurais été sûrement beaucoup plus à la bourre pour faire l’album (rires).

Par contre, à chaque fois que je produis un morceau, je réalise certaines choses en même temps. Et là, ce qui était cool, c’est qu’il y avait plein de choses, pas tant que je regrettais, mais que j’aurais pu faire mieux autant dans la clarté du texte et de la voix que dans la production, qu’elle aurait pu être la plus épurée possible pour que le message ou que l’essence de la chanson soient plus apparents.

Je ne dirais pas le second album est heureux à cent pour-cent, il s’appelle “Crash” quand même. Par contre, “Qu’est-ce que tu me fais”, c’est clairement la chanson la plus danse que j’ai fait à ce jour. Finalement, c’est le beat de la Macarena, tu peux faire la chorégraphie dessus, ça fonctionne direct.

C’était quelque chose que je n’avais pas encore fait, et j’avais envie de le faire, c’était adapté. En plus dans l’album, ça fait du bien aussi, parce qu’il y a des morceaux plus sombres. Ça permet de bien balancer. J’ai hâte de jouer ça sur scène, ça va être cool !

Est-ce que tu peux nous parler un peu de l’histoire du second album “Crash” ?

Je l’ai vraiment commencé pendant ma quarantaine, en revenant de Marseille, mi-mars 2020. Toute ma vie s’est arrêtée, je ne pouvais même pas rentrer chez moi parce que j’avais des colocs. On était un peu les patients zéro à Montréal.

Ça m’a vraiment forcé à faire un petit retour sur ce qui venait de se passer dans ma vie, plus que dans le monde en général. Je ne suis pas du genre à faire des grandes chansons à messages. Je n’ai rien contre, mais je trouve qu’on peut passer autant de messages, mais ce qui me touche le plus, c’est voir au travers des yeux d’un autre.

Pour moi, chaque chanson est un petit impact dans ma vie, et comment je gère cet impact-là. C’est un peu comme une boîte à gants d’une voiture, où on trouve un papier avec les dates de chaque accident et réparation, mon album c’est un peu ça : “Voici le bolide Vincent, modèle 95”.

Ce qui est universel, c’est plus le microscopique que le macroscopique, c’est le sentiment que quelqu’un éprouve par rapport à quelque chose. J’ai une chanson, “Mono”, qui devait avoir pour thème caché l’amour au temps du COVID, mais je n’allais jamais le dire explicitement. Disons que l’album est vraiment un compte-rendu des trois dernières années. Il y a vraiment ce côté-là de “retour vers le passé”. Mais, en même temps, il y a aussi une histoire d’amour, du début jusqu’à la fin avec les titres “Qu’est-ce que tu me fais” et “Chaussée”, par exemple.

Ça a été super long de trouver le titre de l’album. Je me suis rendu compte d’à quel point la vraie vie a frappé ces dernières années. C’est comme toutes les vraies premières fois, si je tombe amoureux maintenant, c’est de manière plus mature. C’est plus des petites flammes, c’est des vrais trucs. Pour moi, chaque chanson est un petit impact dans ma vie, et comment je gère cet impact-là. C’est un peu comme une boîte à gants d’une voiture, où on trouve un papier avec les dates de chaque accident et réparation, mon album c’est un peu ça : “Voici le bolide Vincent, modèle 95” (rires).

Et pour conclure, il y a quoi dans ta playlist en ce moment ?

Dans ma playlist en ce moment, il y a … Ah, je ne suis vraiment pas original, mais j’écoute en boucle le dernier album de Drake ! Sinon, il y a un artiste américain qui s’appelle Dijon, ça me sort du rap, c’est super organique. Ça fait du bien d’entendre une voix bien écorchée, bien pleine d’émotion, sans auto-tune. Je n’ai rien contre l’auto-tune, c’est super, j’en utilise beaucoup. Mais avec l’album, j’essayais tellement d’avoir quelque chose de super clean, que là ça fait du bien d’entendre quelque chose de juste vrai.

Sinon, je me suis mis aussi à tripper sur des vieux bonhommes des années 80. En fait, j’ai une théorie : entre 1976 et 1982, certains des meilleurs albums sont sortis, et il y a pleins de chanteurs qui ont fait un album dans cette fenêtre, et c’est leur seul bon album. Et souvent, la cover, c’est juste leur nom et leur visage. Mais fuck, que c’est bon ! Je nommerais Bill La Bounty, et sa chanson “Nobody’s fool”. C’est du bon cheesy eighties à l’américaine, j’adore ça !

Ah oui, il y a aussi Benjamin Epps là, que j’ai hâte de le voir demain en concert ! Ouille ouille ouille, ça sonne comme du Griselda Records, le label des rappeurs comme Westside Gunn, Benny the Butcher ou Conway the Machine. Je trouve qu’il se rapproche beaucoup de ces rappeurs-là, qui ont vraiment des influences East Coast rap, avec du boom bap.

En attendant la sortie de l’album, retrouvez l’actualité des Louanges sur Instagram.

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