Crystal Murray

Crystal Murray, portrait de ses influences

Crystal Murray sortait récemment son deuxième EP, intitulé Twisted Bases.

Crystal Murray pose pour Melissa Araujo 
La jeune chanteuse a sorti son deuxième EP, Twisted Bases
Crystal Murray © Melissa Araujo

Aujourd’hui, elle revient sur le chemin parcouru depuis son premier EP I was wrong, alors âgée de dix-sept ans. Pour Beware, elle évoque le mysticisme de l’île de La Palma, cette seconde peau de “rockstar” qui la protège sur scène, mais aussi de son label Spin Desire et de ses collaborations avec d’autres artistes.

Avec des parents artistes, comment en être arrivée à faire de la musique ton métier ? 

J’ai grandi à Paris avec un papa afro-américain et une maman franco-espagnole, originaire des Canaries. J’ai grandi dans un espace très parisien, riche et varié en termes de langue, de musique et de cuisine. On n’avait pas vraiment de culture française, c’était un mélange d’influences entre mes parents. Ma mère a sa propre boîte de production de musique afro-descendante (jazz, musique cubaine, musique africaine). J’ai grandi dans un univers musical très varié et ouvert d’esprit. J’ai conscience d’être chanceuse là-dessus.

La chanteuse Crystal Murray pose ici dans un trou de serrure envoyant un baiser à celui qui regarde l'image
Crystal Murray © Colin Solal Cardo

J’ai toujours adoré la musique, elle m’accompagne depuis que je suis petite. J’ai commencé de mon côté, avec ce que je connaissais : de la soul, du Marvin Gaye, du John Coltrane, du Minnie Riperton… J’avais des bases “à l’ancienne” on va dire, mais en tant que meuf de ma génération –née en 2001-, j’ai commencé à m’intéresser à la mode vers mes 14 ans. J’étais assez in déjà. En commençant la musique, j’ai reproduit ce que je connaissais pour I was wrong. J’avais dix-sept ans à l’époque. C’était les premières chansons que j’ai écrites, j’ai pas réellement réfléchi sur cet EP. En même temps, j’essayais d’apprendre à être chanteuse. J’ai toujours écrit des poèmes, mais là il a fallu revoir tout ça avec les couplets, les paroles, le refrain… Le premier EP, c’était de la recherche surtout, comme un crash test.

Le deuxième EP, c’est ma carte d’identité. Ça faisait trois ans que je faisais de la musique : je savais ce que j’aimais et ce que je n’aimais pas. Dans le premier EP, j’avais pas spécialement d’images, je savais pas vraiment ce que je voulais faire ni où je voulais aller. Cette fois-ci, je me présente et je montre un peu toutes mes influences. C’est plein de références actuelles, qui se dirige dans ce truc de pop star à l’ancienne, avec du Prince, du Betty Davis, Kelis aussi… Je prends quand même des références de grand.e.s chanteur.se.s, qui chantent leurs émotions, qui transmettent toute leur énergie sur scène. Ça j’adore !

Si j’ai eu tout un truc avec la soul, c’est parce que j’avais l’impression que c’était assez posé, dans le sens où tu pouvais t’asseoir et chanter quand t’avais une belle voix, et ça suffisait. J’avais envie d’aller plus loin, j’avais envie de bouger sur scène et de me lâcher complètement, sans avoir spécialement de schéma couplet-refrain-couplet etc. J’ai essayé de détruire ces codes que j’avais pour présenter un album l’année prochaine. Ça va être complètement barré, sans qu’on ne le catégorise nulle part. 

Tu as fait partie, comme tu viens de le dire, d’un gang de mode. Quelle place prend l’esthétique dans la musique de Crystal Murray, aujourd’hui ? 

La musique, tu la fais, c’est à l’intérieur de toi. Tu donnes déjà beaucoup de ton être. J’ai l’impression qu’en tant qu’artiste, plus tu donnes, plus tu te mets à nu. C’est très bien, mais je pense qu’il faut avoir une bonne balance, pour pas se retrouver complètement à nu. Ce que j’ai voulu faire, c’est d’être hyper personnelle dans mes sons ; et dans mes visuels, reprendre ce “moi” mais en le redessinant à l’outrance. Plus gros cheveux, plus gros seins, plus grosses tenues, plus longs ongles… Mes visuels me ressemblent, mais dans la vraie vie, je suis pas spécialement si sexuelle avec tout le monde, je suis grave réservée. Ça se ressent pas forcément sur la façon dont je m’habille, mais dans ma façon de m’exprimer, de parler avec les gens. Je suis pas super accessible en fait, pas dans le sens où je prends les gens de haut mais dans le sens où je me mets des barrières dans la tête.

Je montre mon côté hyper personnel, mais c’est qu’une vie de rockstar ça, il faut avoir un personnage pour pouvoir se protéger. Et en même temps, je suis encore en train de me chercher. J’ai envie que les gens me voient fleurir, qu’ils voient mon évolution. Le prochain album, ça va être quelque chose, mais moi, je n’aurais pas changé. 

L'artiste neo soul Crystal Murray pose en perruque rose, ongles longs et pose suggestive. Un personnage assumé
Crystal Murray © Melissa Araujo

Dans le clip de “Other Men”, on te voit suspendue à un arbre avec une coiffure assez atypique, pourquoi ces choix de direction artistique ? Est-ce que c’est toi qui les définis, y a-t-il une symbolique ?

En fait, je viens des Canaries. Ma mère est originaire d’une île, La Palma, l’île volcanique qui avait explosée pendant plusieurs mois. C’est une île tellement mystique. Les Canariens, c’est ni des Espagnols, ni des Barcelonais, c’est très mystique quand tu te rends là-bas. J’ai une tante qui est aveugle, elle a les yeux silver (argentés), elle a des longs cheveux qui la font ressembler à Frida Kahlo… J’ai une team de cousines qui font du vin, elles sont archibelles et elles ont les mains toutes rouges, c’est des bêtes de meufs qui n’ont rien à voir avec nous ! Toute la journée, elles font leur vin, elles l’écrasent avec les pieds. En tout cas, il y a un truc mystique pour moi. Un peu sorcières et sorciers.

J’avais toujours montré mon côté fêtarde, sauf que dans cet EP il y a qu’un son vraiment triste et c’est “Other Men”. Je suis pas quelqu’un de vraiment triste, j’ai du mal à écrire ce genre de sons, mais celui-là est hyper personnel et hyper mystique. Il est vraiment sorti de moi comme un rituel-médicament. J’ai enregistré ma partie en une fois, j’avais pas écrit de parole, et on n’y a pas touché depuis. 

Je voulais vraiment illustrer ce son, j’ai choisi une réal qui n’avait jamais fait de clips mais qui avait fait beaucoup de visuels de pochettes d’album. Elle avait un univers très dark et très léché. C’est elle qui a eu cette idée du pendu. J’ai beaucoup de références en commun avec le Diouck en termes de cinéma, de dessin-animé. Il a des références sur le Joker et Harley Quinn, on avait vraiment quelque chose sur cet amour toxique, vu que c’est le thème de la chanson. On a pris ce truc de Joker, de carte de Tarot avec le Pendu et ça a donné le clip pour “Other Men”.

Il y a un article qui a fait toute une thèse autour de ce clip, qui a tout analysé, même les paroles. Finalement, pourquoi on a fait un fond blanc, pourquoi on a fait un truc aussi simple et marquant, c’est parce que les gens vont regarder et c’est à eux de faire leur propre histoire.

Là pour mon dernier EP, c’est un peu entre tout ce que j’ai pu déjà faire, je suis grotesquement vulgaire, mais en même temps belle. Dans mon personnage de clip et de scène, j’ai pas spécialement envie d’être belle. Je veux que ma gestuelle et ma manière d’être soit assez théâtrale.

Twisted Bases, deuxième EP de Crystal Murray, compte un grand nombre de titres, pourquoi ne pas en avoir fait un album ? 

Si j’avais fait un album, j’aurais fait une tournée comme pour un album, j’allais faire tout comme un album, alors que mon premier EP n’a rien à voir avec ça. Avant que tout le monde autour de moi soit en train de crier à l’album, j’avais besoin qu’il y ai un genre de statement entre le public et moi, en mode “ça c’est moi et c’est ce que je fais maintenant”. J’avais besoin que les gens ne me perdent pas. J’allais pas faire un mélange entre le premier et le deuxième EP. Je ne voulais pas faire un truc pour plaire aux gens qui ont bien aimé le premier et à ceux qui préféraient le deuxième. Je préfère perdre des gens pour m’identifier maintenant comme ça, et après faire l’album. Oui, les deux EPs sont différents, mais en même temps, entre 17 et 20 ans, c’est l’adolescence quoi. À 21 ans maintenant, je pense que c’est ça la direction que je veux donner, c’est ça que j’ai envie de faire. J’avais envie de faire un album et que tout le monde soit là, à l’affût. 

Tu parlais de Le Diouck, mais il y a eu d’autres collaborations dans ce nouvel EP, comment ça s’est passé ?

C’est mes copains. Thee Dian, c’est une de mes meilleures copines, j’ai créé un label autour d’elle, qui s’appelle “Spin Desire”. Thee Dian c’est ma sœur quoi, ça fait deux ans qu’on bosse ensemble. C’est une artiste assez exceptionnelle. J’avais envie de la mettre sur mon projet, parce que ça prenait sens avec ce moment de ma vie. 

Avec le label Spin Desire, j’ai produit Thee Dian, mais on fait aussi une sorte de collectif un peu DJ, on fait beaucoup de soirées live où j’introduis des sons avec des sélections de DJ. C’est très afro-techno, j’ajoute mes MCs, c’est assez cool ! C’est comme une énergie commune, j’ai voulu faire ça vraiment à part de Crystal Murray. Pour moi, tout ça, c’est quelque chose qui se nourrit, en terme d’énergie. 

Le Diouck c’était mon amoureux, une personne que j’aime beaucoup. Cette chanson, ça avait du sens pour nous de l’interpréter ensemble. Zelooperz, je le voulais parce que je voulais un mec de cette scène-là. Ceux qui ne suivent pas les codes, qui font des trucs totalement décalés, limite des beats qui ne vont pas avec la voix, décalés quoi. C’est un truc qui fait hyper pop rap, j’aime bien. J’ai envoyé un DM à Zelooperz et on a fait ça en FaceTime. 

Colin Solal Cardo photo de Crystal Murray, l'artiste interviewée par Beware
Ici en gros plan la jeune Crystal
Crystal Murray © Colin Solal Cardo

Comment ça se passe avec le public français ? 

Mes équipes trouvent que c’est novateur de me faire marcher ici –en France-, je suis en mode let’s go, mais je me dis que ça va prendre plus de temps. Je pourrais rester en tant que petite artiste, ça me dérangerait pas. Je sais pas comment ils vont faire, je pense pas que ça marche en France. Mais on verra après tout ! Des fois, je fais des émissions françaises, des trucs qui n’ont rien à voir avec moi. Ça me fait kiffer d’être une personne complètement à côté de ce à quoi on a été habitué. Je trouve ça intéressant d’avoir une meuf comme moi qui viens dans les émissions françaises, à côté de Michel Jonasz ou Jane Birkin. Rien à voir avec moi en fait ! Moi, je sais que je dois aller à Londres ou bouger à Berlin, quelque chose comme ça, mais on verra.

Colin Solal Cardo photo de Crystal Murray, l'artiste interviewée par Beware
Crystal Murray © Colin Solal Cardo

Est-ce que tu as un mot pour la fin, à propos de ton album à venir ?

Pour l’album, je pense qu’il va être hyper digital, un peu hyper pop, en essayant de pas être niche.

Pour retrouver l’actualité de Crystal Murray, ça se passe sur son Instagram.

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