le duo techno electro atoem en interview, ils parlent de leur machines et de leur fabrication de sons

ATOEM, entrevue avec le duo derrière les machines

ATOEM, ce sont deux férus de la musique qui regorgent d’inventivité lorsqu’il s’agit de créer et fabriquer du son. Le duo originaire de Rennes n’hésite pas à user d’un large panel d’outils pour allier l’expérience à la musique.

atoem, le duo rennais de machinistes de l'electro techno
ATOEM © Luca Liguori

Antoine Talon et Gabriel Renault, qui composent le groupe, font varier les ondes et modulent les bruits. Entre résonances froides et touches organiques, ATOEM assemble les sonorités jusqu’à produire des titres entêtants et planants. Une techno fabriquée par des techniciens, qui confectionnent leurs installations scéniques et sonores. Après avoir conçu leur propre synthétiseur modulaire, le duo s’est intéressé à la mise en place d’un panneau LED synchronisé avec leurs musiques.

Pour Beware, ATOEM évoque le parallèle entre création et fabrication, leur volonté de se produire sur la Lune, mais aussi la cabane de Jul et l’influence des Pink Floyd.

Vous dites faire de la “fabrication de musique”. Comment vous définir, musiciens ou artisans ?

Antoine Talon : On se définit un peu comme les deux en même temps, on est musiciens avant tout. Gabriel a commencé la théorie et la pratique depuis qu’il est haut comme trois pommes. 

Gabriel Renault: Antoine, c’est plus expérimental, il fait tout lui-même. Il pourrait construire une deuxième tour Eiffel, tu lui donnes la journée et le lendemain, bim, tu l’as.

Nous, ça nous plaît de pouvoir fabriquer nos propres instruments, nos propres outils qui nous permettent d’utiliser nos créations, qu’elles soient visuelles ou sonores. Ça nous amuse. 

ATOEM en photo portrait
le duo parle dans cette interview de divers aspects de leur musique
ATOEM © Alexis Janicot

Lors de la soirée de lancement de votre nouvel album au Point Ephémère à Paris, vous avez proposé à votre public une expérience visuelle avec le panneau LED qui se trouvait derrière vous. Ça aussi, c’est une de vos créations ? 

Oui, c’est un autre medium. On a commencé pour la musique et après on a découvert des artistes qui étaient davantage éclairagistes, comme Nonotak, 404.zero ou encore le Collectif Scale. Ça nous a donné envie de faire un  peu la même chose quoi. Carrément la même chose, mais en moins bien ! Pour l’instant en tout cas. Ça reste un outil comme un autre

Ça complète votre musique d’incorporer des sujets visuels ? 

C’est une autre dimension. Nous, on aime bien le côté immersif, on croit en la complétude entre les arts. Le fait de mettre de la lumière derrière nous, non seulement ça nous éclaire en silhouettes par pure loi de l’éclairage, mais en plus, ça matche avec la musique. Vu que c’est synchronisé, ça sublime le contenu musical -ou du moins j’aime à le croire.

Il y a cette volonté non pas d’incarner l’artiste, mais plutôt d’être dans un “tout”. Pour ma part, je pense que l’artiste sur scène n’est pas important. Nous, on fait de la musique juste pour faire écouter de la musique. On ne fait pas de la musique pour “incarner” de la musique. 

Antoine Talon et Gabriel Renault forment le groupe ATOEM. Ici, ils posent en tenue noire devant des pièces métalliques
ATOEM © Joran Le Magueresse

Du coup, vous faites de la musique pour vivre et faire vivre cette expérience ?

Pour faire vivre plutôt ! C’est pas une histoire d’utiliser différents mediums pour faire et vivre de la musique, je pense qu’on se substitue à ça justement. C’est une autre dimension, et finalement, plus on rajoute de couches, plus nous, en tant que personne, on va se substituer à ça. C’est pas pour rien qu’on est devant plein de machines. On pourrait être avec un micro et lancer une séquence devant la scène, faire du hula-hoop, mais c’est pas l’idée ! Il y a vraiment une volonté d’être en retrait, pour justement laisser la musique s’exprimer. 

La musique prédomine toujours. L’humain n’est pas important. Un jour, les Daft Punk ont dit : “On veut toujours se faire plus discret que notre musique”.

le duo atoem sur scène propose une expérience immersive à l'aide de leur synthétiseur modulaire qu'ils ont créé et le panneau LED qui accompagne leur musique
ATOEM © Joran Le Magueresse

Avec ATOEM, il y a une certaine (al)chimie. Étant donné que “rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme” (A. Lavoisier), vous transformez quoi avec votre musique ?

C’est de la transformation d’énergie. Par exemple, on a construit un synthétiseur modulaire où tu branches un banal morceau de plastique dans du courant. En fait, c’est juste une source d’énergie qui va venir dans un outil qu’on va altérer, pour le rendre audible à des personnes. C’est exactement ça pour moi la performance live. Tu es un vecteur d’énergie, tu la transformes, et ça, multiplié par 10, par 100, par 1000 ! Le plus possible. 

C’est dingue de partir simplement d’une prise de courant. L’électricité se transforme en son, et le son se transforme en émotions, voire en émo-son, et voilà ! C’est le cas en sciences dites dures, mais en sciences sociales ou dans l’art, on peut quand même être amené à créer. Le savoir, les compétences ne vont pas se transformer. Je peux donner de la compétence ou du savoir, mais ça se transforme pas. Après, tout ça va s’additionner, et chacun peut le restituer à sa manière. Tu peux même l’amplifier avec ton savoir, l’enrichir. 

le duo atoem pose ici devant un mur bleu
ATOEM © Joran Le Magueresse

Verdict : ATOEM, création ou transformation ? 

On est musiciens avant tout, donc quand je fais la note do, c’est un do. Je transforme pas. Quand je fais un gros kick, je fais un gros kick ! D’une certaine manière, on crée. Je parle surtout de quand tu es censé te représenter, en concert par exemple. Dans ce cas, évidemment que c’est une création : ça part de ma tête et ça arrive aux oreilles d’autres personnes. 

Vous avez d’autres projets d’instruments ou de mediums en cours ?

On est en train de réfléchir à une nouvelle vision de la scénographie. En général, on pense à d’autres manières de sublimer la musique. 

En vrai, il y a un peu plus de deux ans, j’avais commencé à travailler sur un autre synthétiseur. J’avais passé un temps fou dessus, mais finalement j’ai tout laissé tomber, j’ai tout laissé en plan, parce qu’on bosse la musique et il y a d’autres trucs à faire aussi. C’est juste une question de temporalité. J’avais très envie de le finir, mais j’ai pas le temps quoi. Ce sera une machine révolutionnaire, mais on est obligé de prioriser les choses. Pour l’album, notamment. Je finirai ma machine quand j’aurai le temps, d’ici 50 ans !

sur scène, atoem manie les machines
ATOEM © Ben Pi

Vous avez un projet fou ?

Jouer sur la lune ! C’est ce qu’on s’est toujours dit. Déjà, faire un concert sur la lune, ça serait pas mal. Ou aussi de jouer avec des artistes qu’on idolâtre. Particulièrement le duo Weval. Je les ai vus pour la première fois il n’y a pas longtemps, à La Cigale, on a essayé de leur proposer une collab. C’est des artistes qu’on écoute depuis 7/8 ans, en boucle, on est trop fans. Peut-être un jour, si les chemins se croisent. On ne fait pas qu’en fonction des rencontres qu’on fait, mais aussi géographiquement. Avant tout, c’est quand on rencontre des personnes qui font de la musique qui nous plaît. 

Sinon, on aimerait bien faire un morceau avec les Daft Punk, ça, c’est un projet fou. On espère qu’ils reviennent, mais bon, on sait pas trop pour l’instant ! Si ça se trouve, ils vont produire des projets ou jouer sur la lune. On verra !

Vous aviez exprimé vous influencer des Pink Floyd pour le nom de votre groupe, selon l’album “Atom heart mother”. Vous partagez d’autres aspects avec ce groupe emblématique ? 

En fait ça nourris juste notre délire et notre imaginaire. Que ce soit sur de la guitare, des renversements d’accord, ils arrivent à trouver des harmonies incroyables. Ils jouent des morceaux à 60 battements par minute, mais en même temps, tu te dis que c’est tellement lunaire et t’as l’impression que ton âme sort de ton corps, c’est fou ! Cet aspect, on ne l’a jamais retrouvé avec un autre groupe. Ils sont très inspirants. 

ici assis sur un banc, atoem pose.
ATOEM © Joran Le Magueresse

D’autres artistes vous inspirent ?

Le J c’est le S. En vrai, je disais ça pour rigoler, mais Jul est inspirant. Surtout dans son processus créatif. Apparemment, c’est un mec clean. Ce mec-là est fascinant, pas forcément pour la qualité de sa musique, mais pour son parcours. Son studio, c’est une cabane de jardin de Jardiland, c’est un délire. Genre le mec compose tous ses singles dans sa cabane de jardin. À l’intérieur, il y a deux enceintes et un ordi, mais il n’y a pas forcément besoin de plus ! Nos meilleurs beats, on les fait sous les couettes avec une clope à la bouche et voilà. 

Tout ça pour dire que je trouve sa démarche folle. Il part de rien et propose de tout. Il sort deux albums par an, c’est une machine. En fait, ce qui est fascinant, c’est son acharnement. C’est pas forcément qu’il nous inspire, mais il faut reconnaître que c’est fou. Attends, on est vraiment en train de parler de Jul là ? C’est parti tout seul, enfin bref !

Vous avez un mot pour la fin, pour l’avenir ? 

Poil ! 

Mélenchon.

Non en vrai, pour notre mot de la fin, attendez 2023, ça va être très sale. On travaille sur un album, alors le mot de la fin sera “entropie”. C’est le titre du futur album et vous n’en saurez pas plus !

Entropie : n.f., du grec entropê, action de se transformer

Nom donné par Clausius à la fonction d’état notée S qui caractérise l’état de “désordre” d’un système.

Dictionnaire Larousse
les machinistes du groupe atoem posent en noir et blanc sous un pont.
ATOEM © Julie Gam

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