Londres, lundi 22 décembre 2025. Au-dessus d’une rangée de garages bringuebalants à Bayswater, deux enfants emmitouflés pointent le ciel. Banksy confirme l’œuvre sur Instagram en milieu d’après-midi. Sans un mot. Comme toujours.
Quelques heures plus tôt, la fresque avait déjà fait le tour des réseaux sociaux. La rumeur a été confirmée avec la publication de deux photos sur son compte officiel. Mais l’artiste n’a pas mentionné la seconde fresque, quasi identique, apparue le même jour à Tottenham Court Road, en plein centre de Londres. Un silence qui interroge.

Regarder sans voir
Ce qui frappe, c’est la discrétion. Les enfants ne jouent pas, ne courent pas. Ils sont là, allongés sur le bitume, vêtus de bonnets et de bottes de pluie, le regard tourné vers le haut, le doigt pointé vers le ciel. Les passants s’arrêtent pour prendre un selfie. Le regard glisse sans vraiment s’attarder.
À quelques jours de Noël, la scène prend une résonance particulière. L’enfance précaire, invisible au milieu de la ville. Contrairement à ses œuvres récentes au message politique explicite, celle-ci reste ouverte, suspendue. Et c’est peut-être ce qui dérange le plus.

Une continuité évidente
Cette image s’inscrit dans une ligne claire du travail de Banksy, où l’enfance devient un miroir de nos contradictions collectives.
En 2018, à Port Talbot, Season’s Greetings montrait un enfant tendant la langue pour attraper ce qu’il croyait être des flocons de neige. L’autre face du mur révélait la réalité : des cendres industrielles. Innocence d’un côté, pollution de l’autre.
À Londres, le décor change, mais le message persiste. Le ciel est toujours là. La promesse aussi. Sauf qu’elle flotte quelque part au-dessus, inaccessible.
Justice, institutions, et corps au sol
Cette thématique du corps au sol traverse plusieurs interventions récentes. En septembre dernier, près du Royal Courts of Justice, un juge levait son marteau au-dessus d’un manifestant ensanglanté, tenant une pancarte maculée de sang.
L’œuvre faisait écho aux arrestations massives lors d’un rassemblement de soutien à Palestine Action, organisation classée “terroriste” par le gouvernement britannique. Une image violente, rapidement dissimulée puis effacée. Une censure qui en disait long. Nous analysions cette intervention ici : 👉 https://www.bewaremag.com/banksy-royal-courts-of-justice/
Là encore, un corps au sol et une autorité qui regarde ailleurs — ou frappe.
Tous dans le même bateau ?
Cette obsession pour les laissés-pour-compte est omniprésente dans le travail de Banksy, on se rappelle par exemple de l’oeuvre We Are All In The Same Boat. Une œuvre de street art représentant des enfants dans une barque de tôle, avec des chapeaux de marins en papier.
Alors que le bateau prend l’eau, l’un des garçons écope. L’autre regarde à l’horizon pendant que le dernier, au milieu regarde sans agir.
Banksy, sans slogan
Banksy ne signe pas de tribunes. Il place des images. Originaire de Bristol, devenu l’un des artistes vivants les plus célèbres au monde, il continue de disperser ses pochoirs aux quatre coins de la planète. Ses œuvres se vendent pour des millions de dollars, attirent voleurs et vandales, et font régulièrement la une.
Mais à Bayswater, rien n’est expliqué. Pas de message politique explicite cette fois. Deux enfants qui attendent. Un ciel qui ne répond pas. Et nous, au milieu, qui continuons de passer — ou qui nous arrêtons pour un selfie.
La question n’est plus de savoir ce que Banksy veut dire. Elle est de savoir si nous sommes encore capables de nous arrêter pour regarder vraiment.



