Shozy transforme les façades des bâtiments via le graffiti, l’illusion d’optique et un travail minutieux de la perspective donnant l’impression que le mur se plie, se soulève ou se détache du bâtiment. L’artiste travail ses fresques trompe-l’œil depuis plus de dix ans.

La construction progressive de son langage, Shozy passe du graffiti à la 3D

Né à Moscou en 1989, Shozy de son vrai nom Danila Shmelev commence par le graffiti au début des années 2000, avant de se former aux Beaux-Arts en Russie. Cette pratique de l’art de la rue constitue sa première expérience dans l’espace urbain, mais l’artiste cherche progressivement à aller plus loin dans la manière de transformer les surfaces qu’il peint. C’est à partir de 2010 qu’il se tourne ainsi vers la 3D et développe ce style fondé sur l’illusion et la déformation.

Mais Shozy ne s’interresse pas uniquement à la 3D pour donner du volume à ses œuvres, il porte plus particulièrement son attention sur l’architecture elle-même. Ses murs, ses fenêtres et ses volumes sont les éléments qu’il manipule visuellement. Au fil de ses projets, son style se façonne et devient de plus en plus reconnaissable les façades semblent perdre leur rigidité et deviennent presque malléables. Le bâtiment ne sert pas simplement de support pour y placer la fresque, il participe directement à l’illusion.

Perspective, lumière et volume, Shozy nous dévoile sa formule secrète pour déformer les façades
Pour donner cette impression de déformation, Shozy s’appuie d’abord sur une construction très précise de la perspective. Les formes sont pensées en fonction du bâtiment et du point de vue depuis lequel elles seront observées et la peinture est adapter à l’architecture existante. Les lignes, les proportions et les volumes sont calculés pour créer une continuité crédible entre le réel et l’illusion peinte.

La lumière joue également un rôle essentiel. C’est ce travail des ombres, des contrastes et des dégradés qui permet à Shozy de donner du volume à des surfaces pourtant parfaitement plates. Une fois ces réglages fait, une fenêtre peut ainsi sembler ressortir du mur ou une partie de la façade paraît se soulever ou se froisser. Ces effets de matière donnent l’impression que le bâtiment lui-même est en train de changer de forme.

Cette maîtrise technique permet surtout à l’artiste de brouiller la frontière entre peinture et architecture. Plutôt que de représenter un autre espace sur un mur, il modifie celui qui existe déjà. L’illusion fonctionne alors parce qu’elle s’appuie directement sur les caractéristiques du lieu, on n’est plus sûr de savoir à partir d’où commence la peinture et où s’arrête le réel.

Shozy utilise l’illusion pour attirer à nouveau le regard sur l’architecture de nos bâtiments
Cependant le but n’est pas uniquement de troubler les passants, Shozy explique notamment son intérêt pour des bâtiments ordinaires auxquels on ne prête plus d’attention par habitude. En les déformant, cette habitude est perturbée et les passants sont obliger de regarder pour comprendre ce qui a changé. Une façade banale devient soudainement un objet de curiosité, simplement parce que son architecture habituelle semble avoir disparu.

Cette technique de trompe-l’œil est aussi présente dans ses projets réalisés sur des supports bien différents. À Saint-Ouen-sur-Seine, il travaille dans des parkings, à Reims, son projet Odyssée l’amènent vers une univers plus imaginaire. Dans chaque cas, l’artiste adapte son langage au lieu plutôt que de reproduire mécaniquement la même illusion.


La force de Shozy réside dans cette capacité à faire de l’architecture son territoire. Avec les bons jeux de perspective et de lumière, un bâtiment familier semble se plier, s’ouvrir ou se détacher sous les yeux du passant. Pour suivre l’actualité de ses travaux, rendez-vous sur son compte Instagram.


