Roxanna Richens (Roxy Ruby) est une artiste australienne dont le travail plonge le spectateur dans des paysages surrĂ©alistes exquis. Puisant dans une grande variĂ©tĂ© d’influences, allant de la mythologie grecque aux contes de fĂ©es, des motifs théâtraux aux rĂŞves, Roxy Ruby crĂ©e un langage visuel unique qui fusionne l’abstrait et le figuratif. Son art explore des thèmes de transformation, d’identitĂ© et de transcendance, offrant au spectateur une porte d’entrĂ©e dans des mondes oĂą la rĂ©alitĂ© se dissout dans le fantastique.
Après avoir longtemps explorĂ© le théâtre et le surrĂ©alisme par le biais du dessin, elle se tourne dĂ©sormais vers le textile. Au cĹ“ur de cette Ă©volution se trouve une fascination profonde et presque obsessionnelle pour les gants. Pour elle, les gants sont plus que de simples accessoires ; ce sont des contenants de paradoxe et des vaisseaux d’histoire.

Mythologie, contes de fées, et langage des symboles
L’Ĺ“uvre de Roxy Ruby est inspirĂ©e de la façon intuitive qu’elle a d’apprĂ©hender le monde, par le biais de mĂ©taphores et de symboles. “Bien qu’ils ne reprĂ©sentent pas une perception rĂ©elle de la vie, ils constituent pour moi une rĂ©alitĂ© bien plus authentique, car ils correspondent Ă la façon dont je vis mon environnement et mes Ă©motions”, explique-t-elle.
Ses dessins sont une rĂ©flexion poĂ©tique de l’inconscient, oĂą les rĂ©cits mythologiques et personnels se croisent. Elle dĂ©veloppe une approche singulière du dessin au fusain, travaillant “Ă l’envers” en sculptant la lumière avec une gomme plutĂ´t qu’en traçant des lignes au fusain. PlutĂ´t que d’ajouter du noir sur une surface blanche, elle recouvre d’abord le papier de charbon, puis fait Ă©merger formes et figures en effaçant mĂ©ticuleusement la matière. Ce procĂ©dĂ© inversĂ© lui permet de crĂ©er des images Ă la fois Ă©vanescentes et puissantes, oĂą les formes semblent surgir de l’ombre comme des apparitions. Cette technique renforce les thĂ©matiques centrales de son travail : la mĂ©tamorphose, le passage entre les mondes et la frontière fragile entre le rĂ©el et l’imaginaire.

En crĂ©ant des Ĺ“uvres qui invitent les spectateurs Ă entrer dans un monde symbolique, tout en leur offrant un espace d’interprĂ©tation personnelle, son but n’est pas de dicter une signification, mais de fournir un langage partagĂ© de symboles qui rĂ©sonnent avec chacun. Qu’il s’agisse de gants, de cygnes ou de rideaux de scène, elle crĂ©e des images qui encouragent l’introspection et l’exploration de sa propre mythologie.

Le cygne: symbole personnel et artistique
Le cygne est un motif rĂ©current dans l’Ĺ“uvre de Roxanna Richens. Lors de sa première rĂ©sidence artistique Ă Berlin, elle passe de longues heures Ă les observer au bord du canal. “Je suis tombĂ©e en amour des cygnes et des constellations qu’ils crĂ©ent en flottant”, dit-elle. En Ă©tudiant leur mouvement, elle a Ă©tabli des parallèles avec son exploration artistique de la mĂ©tamorphose, en particulier dans ses dessins qui oscillent entre l’abstraction et la reprĂ©sentation figurative.
Pour l’artiste, et dans de nombreuses croyances populaires, les cygnes symbolisent Ă©galement le lien entre deux mondes. Les cygnes blancs qu’elle a rencontrĂ©s Ă Berlin contrastent avec les cygnes noirs de son Australie natale, devenant une reprĂ©sentation poĂ©tique de son existence entre les hĂ©misphères. En outre, en tant que crĂ©atures monogames qui se lient et se vouent un amour inconditionnel pour la vie, ils sont devenus l’emblème de son propre dĂ©sir de connexion romantique.

“Prendre des gants”
L’exploration des gants par l’artiste n’est pas simplement un choix esthĂ©tique, mais une recherche conceptuelle profondĂ©ment liĂ©e aux thèmes de la dualitĂ© et de la mĂ©tamorphose. Les gants reprĂ©sentent une contradiction : ils permettent le toucher tout en agissant comme une barrière, cachent tout en rĂ©vĂ©lant.

costume designed in collaboration with Anide. Performance for the exhibition The Theatre of Reverie: The
Inner Myth, Sanct Studio, Berlin, 2021
Son intĂ©rĂŞt pour les gants est nĂ© lorsqu’elle travaillait dans la gestion de collections de musĂ©es, oĂą les gants Ă©taient un outil Ă la fois intime et impersonnel. Ils lui permettaient de manipuler des objets historiques, tout en renforçant un sentiment de sĂ©paration. Ce paradoxe est devenu une mĂ©taphore de la connexion humaine dans son travail. “Parfois, le dĂ©veloppement d’une amitiĂ© ou d’une relation peut donner l’impression que je touche quelqu’un avec des gants“, dit-elle, “Comme si je n’arrivais pas Ă le connaĂ®tre aussi profondĂ©ment que je le voudrais, ou comme si je portais des gants pour me protĂ©ger de mes propres vulnĂ©rabilitĂ©s”.

A travers sa collection de gants vintage, l’artiste a le sentiment d’entrer physiquement en contact avec leurs anciens propriĂ©taires. Les gants deviennent des vaisseaux de la mĂ©moire, contenant des indices sur celles et ceux qui les ont portĂ©s, tout en servant d’objets d’imagination et de narration.

Son intĂ©rĂŞt pour les gants est Ă©galement une extension naturelle de son exploration du costume et de la mise en scène, Ă©lĂ©ments rĂ©currents de ses Ĺ“uvres antĂ©rieures. En tant qu’artiste profondĂ©ment ancrĂ©e dans le théâtre, les gants offrent une mĂ©taphore Ă©lĂ©gante de la manière dont nous construisons et prĂ©sentons notre identitĂ© au monde. Tout comme un gant dissimule la main par diverses matières et couleurs, l’identitĂ© est quelque chose que nous formons et transformons Ă travers les rĂ´les que nous jouons au quotidien.
Théâtralité, hétérotopies et pouvoir de transformation
Au-delĂ des gants et des cygnes, la fascination de Roxanna Richens pour la théâtralitĂ© est une force motrice dans son travail. S’inspirant du concept d’hĂ©tĂ©rotopie du philosophe Michel Foucault (des espaces qui existent Ă la fois Ă l’intĂ©rieur et Ă l’extĂ©rieur de la rĂ©alitĂ©), elle cherche Ă crĂ©er des environnements qui transportent les spectateurs dans des mondes alternatifs. Cette obsession pour les espaces hĂ©tĂ©rotopiques et liminaux est profondĂ©ment enracinĂ©e dans les souvenirs d’enfance, oĂą l’on percevait des mondes cachĂ©s dans le quotidien.



Plus d’information sur Roxy Ruby sur son compte Instagram. Et plus de découvertes textiles sur Beware Magazine : Le monde magique et sacré d’Alisa Gorshenina.



