De passage par nos belles plages Normandes et le Festival Cabourg Mon Amour, on est allés à la rencontre d’Alice et Moi. “Chanteuse Pop Française, à casquette, qui dessine des yeux dans ses mains”.

alice et moi à cabourg
Photo Erwan Manchec

En 1 an et demi Alice et moi a parcouru beaucoup de chemin. Musicalement bien sûr avec un premier EP très bien accueilli, mais surtout personnellement. Avec deux sois imbriqués, deux facettes d’une même personnalité, elle doit jongler entre l’Alice timide, introvertie et intime, mais aussi l’Alice festive, qui ne demande qu’à être sur scène pour tout donner à son public.

L’une porte la casquette et l’autre non. Qui est Alice et qui est Moi ?

Pour en savoir plus, Alice et Moi a répondu à nos questions et a accepté de nous montrer l’envers du décor avec l’aide d’un appareil photo qu’on lui a confié.

 

– Tu t’es lancée dans la musique il y a longtemps ?

Ça fait 1 an et demi, j’ai sorti mon premier ep en octobre 2017 et le deuxième va sortir à la même période.

J’ai toujours aimé la musique, j’en faisais petite avec mon père, je faisais des vidéos sur lesquelles je chantais quand j’étais ado mais sans vouloir les montrer. Je ne suis pas le genre de personne qui peut prendre une guitare et faire un bœuf avec les copains. Quand je fais de la musique je suis toujours très émue, gênée… J’ai mis du temps à me dire que je voulais vraiment faire ça de ma vie. Le déclic ça a été mes études. Plus j’avançais dans les études plus je voyais les gens qui m’entouraient très enthousiastes car leurs choix s’affinaient et moi je me rendais compte que rien ne me plaisait tant que ça.

J’ai fait une prépa littéraire, mais c’est normal de ne pas savoir ce que tu veux faire après ça, et puis ensuite j’ai fait une licence d’anglais-histoire de l’art, option info com… « Bonjour je ne sais pas quoi faire de ma vie, est-ce qu’on peut tout mettre dans un bol ? » J’ai ensuite tenté une prépa sciences-po pour devenir journaliste. Finalement j’ai fini mon master et j’ai appelé mes parents pour leur dire que je voulais vraiment faire de la musique, le journalisme ne me suffisait pas, je n’étais pas à ma place.

C’était une sorte d’année de césure, je me levais tous les matins, je mettais un putain de réveil à 08h30… Comme si c’était un job. Et c’est un job ! Pas à 7h non plus, je ne suis pas non plus maso (rires).

J’essayais de rencontrer des gens, faire des trucs au fur et à mesure, l’EP, les clips. Je ne pensais pas que les retours seraient aussi bons mais je ne m’attendais pas à moins, dans le sens où je voulais vraiment que ça marche. Ça m’a encore plus motivé pour le deuxième.

 

– Tu as travaillé les prods seule ou avec de l’aide ?

Je sais qu’il y a des gens dans la musique qui préfèrent faire tout tout seuls, mais je trouve ça hyper chaud. Je ne sais pas si ça aurait été aussi bien si j’étais seule… Je sais faire, j’ai déjà produit seule, mais il manquait des choses.

Les paroles, je les fais tout le temps moi-même, mais la compo, soit seule, soit je suis aidée d’Ivan Sjoberg que j’ai rencontré il y a longtemps pour une pub, il cherchait une voix. J’ai trouvé qu’il avait une oreille vraiment chouette. Du coup il m’envoie une suite d’accords qu’il trouve cool et je vais chercher une mélodie ou je lui envoie quelque chose et il me donne des indications. Pour moi c’est une sorte de béquille, il est hyper talentueux et assez atypique. Je suis vraiment contente de bosser avec lui.

Pour le premier EP je voulais vraiment une sonorité électro, je n’ai pas l’habitude donc j’avais contacté Jean-Baptiste Beurier et pour le deuxième, dont la chanson qui vient de sortir est issue, j’ai bossé avec Angelo Foley qui a fait les sons de GeorgioEddy de PrettoGrand Corps Malade… Je savais que je voulais bosser avec lui, j’adorais ce qu’il faisait. Du coup je l’ai contacté par Instagram tout simplement et ça a marché (rires).

 

– Pour ce deuxième EP, avec un producteur différent, tu vas rester dans le même genre ?

Oui bien sûr. Pour le premier EP je savais ce que je voulais. Même si les gens apportent leur touche, ce qui est cool, j’ai une idée derrière la tête et je dis oui ou non. Il y aura quand même un lien, mais il sera différent parce que je voulais qu’il soit plus « rentre-dedans ».

Mon premier EP a un côté assez mélancolique et rêveur que j’aime bien et qui me correspond complètement mais j’en ai un peu bavé (rires). C’est vraiment dur de se lancer dans le milieu de la musique quand t’es une petite meuf, toute seule, pas la plus forte en production ou autre… On ne te considère pas forcément… Je me suis un peu battue et ça m’a donné confiance en moi.

Pour ce deuxième EP on ressent ce côté rentre-dedans, dans les paroles je me suis un peu lâché et au niveau du son j’ai aussi dit à Angelo de faire des trucs qui envoient, un peu plus différents, et je pense que ça va se sentir. Je sais pas comment les gens qui ont aimé le premier EP vont réagir mais un artiste doit évoluer et prendre des risques je pense. Donc j’ai tenté des choses.

 

– Alice et moi, comment t’organises-tu pour bosser tes textes ? Tu sais de quoi tu veux parler à l’avance ? Ça vient avec l’écoute de la musique ?

Je ne sais pas du tout… il y a plusieurs facteurs. Par exemple pour « J’veux sortir avec un rappeur » j’avais l’idée des paroles avant même d’avoir la chanson. Je me disais « Tout le monde kiffe sur les rappeurs en ce moment, les Inrocks mettent des rappeurs en couv’ et ça rend les gens fous ». Les rappeurs sont un peu les nouveaux baby rockeurs.

Je trouvais ça marrant et j’étais dans un moment de ma vie ou j’avais envie d’être dans une relation passionnée, sulfureuse qui prendrait de l’ampleur. Donc je me suis imaginé sortir avec un rappeur et comment cette relation pourrait se passer. Ça me faisait rire et je me suis lancé dans une sorte de fan-fiction dans laquelle je m’imagine sortir avec pleins de rappeurs et je suis un peu celle qui tire les ficelles pour une fois.

Les rappeurs sont toujours en train de chanter sur les filles disant qu’ils brisent des cœurs, trompent (et je suis soft) … J’adore le rap, j’aime bien qu’ils fassent ça et je voulais le faire de mon point de vue.

Pour d’autres comme « Filme Moi », une fois que j’ai la mélodie je vais chanter en yaourt, dire des mots au hasard sans réfléchir et parfois un mot va me faire réagir. Dans ce cas-là c’était « Filme moi » et je vais bâtir toute la chanson autour de ce thème. Quand j’ai l’idée c’est assez rapide. Ça m’est déjà arrivé de galérer sur l’écriture d’une chanson que je n’ai pas gardée finalement car ce n’était pas assez naturel pour moi.

Les thèmes je ne les choisis pas mais je suis assez surprise que les mêmes reviennent souvent. Des trucs de soirées, amour, mélancolie… ça parle de moi, clairement, mais j’essaye de faire en sorte que ça puisse parler à tous.

« C’est toi qu’elle préfère » par exemple, parle de moi mais j’avais envie de laisser le flou de cette histoire de jalousie. Ça peut être deux meufs qui sont ensembles, deux mecs ou peu importe. Je trouve ça chouette que les gens puissent avoir leur propre interprétation des chansons.

 

– Pour tes clips c’est pareil que pour les prods ? Tu sais ce que tu veux ?

Franchement, je suis hyper relou parce que je sais exactement ce que je veux à chaque fois. Quand je fais ma musique j’ai tout le temps des images. J’ai vraiment commencé par faire des vidéos quand j’étais jeune. Je faisais des montages et je faisais de la musique pour accompagner les vidéos. C’est pour ça que je réalisé ou co-réalisé certains clips. Je fais appel à des gens parce que je ne me sens pas encore prête à réaliser un clip seule de A à Z même si je suis en train d’apprendre.

Du coup quand je ne réalise pas, je sais ce que je veux et je le dis aux réalisateurs : « j’veux ça, j’veux ça » et parfois les réalisateurs me disent gentiment de les laisser faire leur travail (rires).

– C’est compliqué parce que c’est ton projet, un clip pour toi mais c’est le travail d’un autre.

Ce qui est chouette c’est quand on arrive à se mettre d’accord avec les réals sur une vision commune.

Pour le clip « Sortir avec un rappeur » Emma (Emma d’Hoeraene) a complètement compris ce que je voulais. On en a discuté pendant des heures, je lui avais parlé de plusieurs idées, notamment le fait de reprendre cette scène avec Kim K. Et Kanye W. sur la moto. Je trouvais ça cool.

Je voulais qu’on reprenne les codes du rap, qu’on les retourne un peu, qu’on s’en moque gentiment. Elle a réussi à placer du second degré, un coté léger mais il y a un petit message quand même. Il n’est pas révolutionnaire mais je voulais le placer et elle a réussi à lier tout ça.

“J’veux sortir avec un rappeur”, référence à Kanye West et Kim – Bound 2

Le clip d’« Il y a » lui, je l’ai co-réalisé avec Randolph Lungela qui prend aussi beaucoup de mes photos. Je voulais vraiment me planter au milieu de tout le monde, en train de chanter, en décalage avec le reste du mode.

Pour moi les clips c’est hyper important, pour le premier EP j’avais 5 titres et j’ai fait 4 clips. Si j’avais pu en faire un cinquième je l’aurais fait mais je suis en autoprod donc c’est compliqué. Pour le prochain je vais essayer d’en faire un toute seule, je vais tenter un clip sans budget. Le fait de ne pas avoir de budget peut donner des idées. Pour le dernier clip j’ai été aidé, c’est une co-production, comme j’ai eu un peu plus de publicité récemment ça m’a permis de pouvoir faire un clip de cette qualité que je n’aurais pas pu payer seule.

J’ai eu des rendez-vous avec des maisons de disques récemment, maisons de disques qui ne me considéraient pas vraiment. Je sais qu’ils me voient comme la petite artiste qui fait sa musique dans sa chambre mais je suis la productrice de mes deux EPs. Je sais ce que c’est, j’ai conscience des réalités, de l’argent… Il y a des choses que je fais mal forcément, je suis hyper jeune et en train de me former, mais je trouve ça cool. C’est de l’organisation derrière. Si je ne faisais que de la musique dans ma chambre, je serais bien plus détendue (rires).

 

– Qui est Alice et qui est Moi ?

J’ai deux personnalités, comme beaucoup de personnes je pense. C’est assez fort chez moi. J’étais assez introvertie quand j’étais jeune, un peu rêveuse, je passais beaucoup de temps dans ma chambre… j’ai encore ce côté là parfois.

Les week-ends entre potes par exemple, je les fais, mais la veille je suis en angoisse totale. Je ne peux même pas jouer aux cartes, j’ai peur de jouer aux cartes pas parce que je veux gagner, mais parce que socialement il y a plein d’interactions et ça m’angoisse. Je suis une barjo.

Et d’un autre côté, je suis enthousiaste, pas trop timide, j’aime monter sur scène et gérer mon projet. Par moment je n’ai pas confiance en moi, c’est aussi pour ça que je kiffe autant le faire. Monter sur scène avant c’était impossible. Faire un exposé devant la classe c’était impossible. La première fois j’étais tellement mal, c’était en Italie. Je pensais détester être sur scène et puis finalement je suis devenue addict.

Il y a une partie de moi qui est hyper sensible et un peu asociale, qui m’aide aussi à écrire mes chansons. Et il y a cette autre partie qui elle, aime la scène, a beaucoup plus confiance en elle. J’ai l’impression que sur scène, les deux sont présentes. Je chante des trucs hyper intimes, je me dévoile complètement et en même temps il y a cette Alice pleine d’énergie.

Qui est Alice et qui est moi ? je ne sais pas. En tout cas, les deux ensembles peuvent faire pas mal de musique. En interview je suis plutôt à l’aise, je parle beaucoup dans ma tête… j’aime bien extérioriser (rires).

alice et moi en pleine intérview
Alice et moi en pleine interview, Photo Erwan Manchec

– Ton meilleur souvenir de concert ?

Je peux dire deux meilleurs ? (Rires)

Ma release party à la Boule Noire. C’est la première fois que je sortais quelque chose et c’était complet. J’étais trop contente… Ok il manquait une place… quasiment complet, à une personne près. On a organisé et produit le concert, donc il y avait aussi beaucoup de stress à ce niveau-là. J’ai chanté mes chansons, et il y a eu un coup de lumière et j’ai vu tout le monde… Je n’ai jamais vraiment pleuré en sortant de scène et là c’était presque le cas. J’avais les larmes aux yeux. C’était vraiment émouvant.

Il y a aussi un « petit » festival étudiant à Bordeaux. C’est le Mayday, je m’attendais pas du tout à ça. Pour moi c’était un petit festival étudiant, mignon, et j’ai joué devant 2000 personnes ! Ils avaient envie, connaissaient les paroles… On est allés hyper loin ensemble ! Avec les musiciens on volait, on sautait sur la scène, c’est l’un de mes meilleurs concerts.

– Et le pire ?

Mon premier concert parisien au Trois Baudets. Il y avait la famille et les amis et j’étais un peu angoissée. Je ne me sentais pas encore libérée. Je faisais un effort surhumain pour être sur scène.

Alice en route vers son show à cabourg mon amour
Photo Erwan Manchec

 

– Avec quel rappeur tu aimerais faire un feat. ?

J’aime trop Roméo Elvis. Il y a pleins de rappeurs que je kiffe, mais j’aime sa musique et il me fait vraiment rire avec ses story sur Instagram. Il se lâche. Dans mon histoire de rappeur Roméo Elvis c’est le bon pote, c’est celui qui te dit quand c’est l’heure de rentrer. J’aimerais trop être sa meilleure amie.

– Tu as toujours une petite appréhension avant de monter sur scène ?

Je ne pensais pas dire ça un jour mais j’ai carrément moins peur qu’avant. Je suis contente de monter sur scène. Quand ça fait deux semaines que j’ai pas fait de concert je fais chier ma famille. Quand j’ai un concert je recharge les batteries.

En vrai j’ai trop hâte. J’ai toujours le trac 5 minutes avant mais une fois sur scène c’est bon.

– Qu’est ce qu’on peut te souhaiter pour la suite et ton EP ?

Un bon clip et de bons retours. L’EP sort à l’automne donc j’espère faire pleins de concert. Et devenir pote avec Roméo !

Alice et main
Backstage Cabourg
Randy, photographe et co-réalisateur du clip “Il y a”
De gauche à droite : Angelo Foley (producteur) / Ivan Sjoberg (co-compositeur) / Romain (Manager et fondateur du Festival Cabourg mon amour) / Dani aka Dani terreur (musicien, qui accompagne Alice et Moi sur scène).
Bière Post Consulat
Scène Consulat
Ivan Sjoberg
Perceval (Chargé du mixage des deux premiers EPs)
Ping-pong au consulat
Randy
Romain
Alice et Moi (au Bottle Shop, son bar préféré) porte plusieurs casquettes dont celle d’artiste auto-produit. Elle a su très bien s’entourer mais ça reste SON PROJET ! 

Un grand merci à Nation Photo, notre partenaire de longue date, qui, pour l’occasion nous a fourni les appareils photos et s’est occupé du développement des pellicules

 

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