Rencontre avec TAUR, un prince dans la ville

On a passé un moment délicieux avec TAUR, auteur compositeur interprète d’une pop profonde et intime qui n’appartient qu’à lui. Le jeune homme de 31 ans nous a parlé de son EP bien sûr, mais aussi au fil de la discussion de son rapport avec les réseaux sociaux, son stress du live et des longues heures de composition. Au passage, va checker son délicieux EP éponyme, TAUR, sur toutes les plateformes (lien à la fin de l’article).

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Salut TAUR, tu peux te présenter à nos lecteurs ? Quel est ton parcours ?

Mathieu : Je m’appelle Mathieu ARTU, donc TAUR c’est l’anagramme de mon nom de famille, tout simplement, je n’avais pas envie d’utiliser mon nom. Y avait des trucs qui étaient venus genre Minotaure, j’aimais bien ces lettres côte à côte. Et en regardant j’ai vu que c’était l’anagramme de mon nom et c’est venu comme ça en fait. Y a aucune signification, c’est pas du tout relié au taureau comme j’ai pu le voir un milliard de fois sur internet, pas du tout lié au super-héros non plus. J’ai 31 ans, je viens de Rennes et je suis à Paris depuis 10 ans. J’ai commencé en faisant du hardcore et du punk à Rennes dans les caves sombres et puis je me suis tourné très naturellement vers la pop au fur et à mesure avec plein de petites étapes intermédiaires. Je me suis bien assagi en 10 ans ! Pour moi le meilleur dans la musique, c’est dans la pop.

Comment tu en es venu à la musique ?

Mon père faisait des reprises de Dire Straits dans un groupe, il était à la batterie. Il jouait très mal je me souviens. Il a essayé de faire de la guitare et du saxo et sans plus de succès. Mais ça faisait de la musique à la maison quoi ! Mes parents m’ont mis au solfège. C’était horrible putain, le pire truc du monde. Il m’y ont mis super jeune et j’ai détesté ça. Et je me suis fait viré au bout d’un moment, comme en école de design des années après. Au lycée y avait une salle de musique et y avait batterie, basse, guitare, enfin tout ce que tu veux. Et j’ai remarqué que ça impressionnait bien les filles donc je m’y suis mis beaucoup ! J’aurais aimé jouer de la guitare sur la plage mais impossible de me souvenir des chansons. C’est un truc de ouf mais en fait j’ai zéro mémoire.

Et sur tes chansons ça va ?

Sur scène j’ai une aide pour mes paroles ouais, c’est compliqué. J’ai peut être déjà Alzheimer j’en sais rien. Bizaremment la musique ça va mais c’est les paroles qui posent problème, alors que pourtant je les ai écrites, travaillées pendant des heures des heures et des heures.

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Tu définirais comment ta musique aujourd’hui ?

Ah ! Ben j’essaie de faire de la pop. Et après je sais pas, c’est sûr j’ai un format, un format pop ça c’est clair. Donc si y a un style à donner y a forcément le mot pop dedans. Mais j’en sais rien, j’ai ma recette, je pioche dedans mais je saurais pas comment définir ça. J’aime pas trop le mot électro. Parce que déjà je n’écoute pas d’électro, donc ça me dérange toujours un peu qu’on me catégorise comme électro. Je peux comprendre comme je joue avec les synthés et boites à rythme, ça paraît logique mais bof. Parfois on me dit électro pop mais ça me convient pas vraiment. J’essaie d’en faire un truc très complexe et en même temps un côté double lecture en fait. Tu peux l’écouter d’une manière très simple, et en même temps si tu l’écoute attentivement tu le redécouvres. Donc plein de détails, y a le mot architecture qui me vient là, ça marche bien avec ma musique. Pop architecturale quoi !

Tu penses à énormément de choses quand tu composes, et est ce que tu te projettes dans la façon dont les gens vont écouter l’EP ?

Avant je faisais ça et je pense que ça m’a niqué la tête, je ne le fais plus maintenant. Je me disais « il va falloir que tu joues plus comme ça parce que je veux plaire à certaines personnes », pour pas que ça tombe dans l’oubli etc etc. Et je t’avoue, je ne le fais plus. C’est compliqué en fait, parce que bon moi je suis personne, un anonyme quoi. Je bosse à côté j’ai une vie tout à fait normale en fait. Pour quelqu’un comme moi, pas né dans le milieu, qui n’ai pas un milliard de connaissances dans la musique en général, c’est super difficile de se faire un nom. Donc quand t’en as marre que ta musique ne soit pas entendue, tu penses à adapter, en tout cas à composer dans une direction qui peut être te fera entendre quoi. Et je pense que c’était une erreur et je le fais plus.

Oui, parce qu’ajourd’hui tu affirmes ton style.

Je pense qu’en fait, j’ai pas mal réfléchi au projet. Le but c’est pas d’avoir une gloire, pas d’avoir de la thune mais c’est artistique. J’ai un truc à dire et c’est trop dommage si ça ne vient pas de moi, si c’est teinté de l’attente des autres. Si ça se trouveje ferai qu’un album on sait pas, le milieu est hyper compétitif, alors autant que ce soit le meilleur pour moi. Que je laisse un truc derrière moi, quand j’aurai 80 ans je pourrai dire que j’ai fait mon meilleur album sous ce nom et ça tue, et je l’ai fait pour personne d’autre que moi en étant ultra sincère.

Ça peut être aussi une certaine fierté, je ne pense pas que ce soit si négatif le fait de s’isoler dans ce que tu fais.

C’est beaucoup d’heures à tourner en rond mais ouais tu sors le mot « fierté ». En fait c’est tellement un combat que le mot fierté est vraiment important pour moi.  J’ai besoin de sortir fier de ce truc.  Ouais le mot est là et j’y repense souvent, ça revient quand j’en parle avec des amis, j’ai besoin d’en être fier et donc  qu’il y ait le moins possible d’interventions extérieures, comme ça je pourrai me dire « j’ai fait » et c’est vraiment important pour moi.

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Tu travailles comment ?

Souvent je suis devant mon piano et je cherche des accords et une ligne de chant. Et ça va être ça pendant des heures et des heures et des heures et des heures, jusqu’à ce qu’il y ait quelque chose qui va être fort sur laquelle je rajoute des instrus.

Et quand tu composes tu penses au live ?

Oui de plus en plus ! Ça fait trois ans que je prépare le live, mon batteur est là depuis le début mais plein de gens ont tourné, ça a été difficile à trouver. Du coup il y a eu pas mal de questions techniques, notamment sur la faisabilité des chansons en live parce que mes premiers sons sont assez compliqués avec beaucoup d’orchestre, parfois cinq synthés en même temps, des trucs difficilement faisables en live.

Quel regard tu portes sur ton parcours ? Y a une phase qui t’a paru importante ?

Je pense que je suis content de là où ça va, ça c’est sûr ! Pourtant ça n’a pas toujours été facile car j’ai souvent failli arrêter TAUR, j’ai pas assez de doigts même en comptant les pieds. Il y a la rencontre avec mon manager déjà, un mec qui n’a jamais cessé de croire en moi et ça c’est un truc de fou parce que moi je crois très peu en moi. Avoir un mec comme ça c’est la folie. Il est très positif, toujours à se dire que le meilleur est à venir. Bon lui il s’imagine déjà que je remplirai des zéniths, ça j’y crois moyen mais il est toujours très positif ! Une grosse galère mais une très belle étape c’est d’avoir trouvé les musiciens pour mon projet. Ça a pris 3 ans mais c’est top, ça me motive à composer et à jouer en live parce que je sais que je serai bien accompagné.

L’EP est sorti le 4 mai, beaucoup de travail ?

C’était long mais cet EP c’est mon préféré. J’aurai aucun regret sur cet EP là, je l’aime beaucoup, il est très honnête et il va droit au but. C’est vraiment les prémices de ce que je veux faire ensuite. C’est la première fois que j’ai l’impression d’avoir mis mon style et que j’ai zéro influence. J’avais deux coups d’essais avant et pour moi là c’est la finalité. Je vise le truc reconnaissable, le truc où tu te dis « je l’ai écouté une fois je peux la chanter », c’est pour ça que j’aimerais bien qu’on dise que je fais de la pop. J’ai envie que ce soit possible avec des paroles qui peuvent être dark et des mélodies un peu complexes, mais tout en ayant ce truc « Ah bah oui c’est TAUR » et que tu reconnaisses direct.

Tu portes beaucoup d’intérêt à l’image aussi. Ça fait partie de la perception d’un artiste ?

Oui pour ce qui est du clip, même visuellement, j’essaie de maitriser au maximum l’image que je renvoie. Par la force des choses je me suis dit que fallait que je le fasse moi-même aussi quoi. Le seul truc que je peux pas faire c’est les photos et c’est compliqué parce que je n’aime pas du tout mon image. J’ai du mal à poster des photos qui sont bien, je suis très chiant. Mais au moins j’ai le contrôle sur ce qui est clip etc. Je les fais soit tou seul soit à deux, le minimum possible.

Quelle place prend les réseaux sociaux ?

Passage obligé mais très difficile pour moi. C’est pas l’utilisation le problème je ne suis pas un grand père non plus. C’est horrible les réseaux sociaux parce que tu te compares tout le temps avec les autres. Dès que tu fais un truc et que tu l’exposes tu compares forcément à tes pairs. Ca entraine un esprit de compétition.

T’as l’impression que l’image d’un artiste empiète sur sa musique ?

En ce moment c’est terrible ça. Pour quelqu’un d’un peu old school c’est terrible. Pour voir le nombre de mces qui me followent sur insta que je vais voir, qui ont 4000 abonnés et bien souvent c’est des faux, où y a que des photos d’eux et zéro musique, aucun lien pour aller voir ce qu’ils font et quand tu vas voir sur Spotify et autre y a quasiment rien. Là y a un truc de dérangeant, c’est l’image avant tout.

Un grand merci à TAUR, et à toi le lecteur qui a été jusqu’au bout. Tu as gagné le lien pour écouter l’EP  > TAUR

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