Eugénie, une floraison de sonorités

Eugénie casse les codes pour nous proposer une floraison de possibilités. « Équilibre » incarne un récit d’apprentissage musical mais pas uniquement. La construction de soi et les remises en question qui nous tourmentent constamment, Eugénie les embellies avec des sonorités entraînantes. Douceur et sensibilité recouvrent ce premier EP émouvant.Eugénie

Nous avons entendu le terme « pop imagée » pour décrire ton univers musical. Comment pourrais-tu définir cette expression ?

Eugénie : Ces mots me permettent de combiner la pop autrement dit un genre musical qui est vaste à mes textes qui renferment des métaphores diverses. Je dirais que cette expression résume bien mon empreinte et mon identité.

Dans quel état d’esprit te trouves-tu maintenant que ton premier EP est finalisé ?

Eugénie : Dans un premier temps, je parlerais de soulagement étant donné que nous nous enfermons dans un studio pendant des mois pour aboutir à la sortie de nos compositions. À la suite du soulagement, une excitation survient. La curiosité des premiers retours et surtout savoir si les auditeurs s’identifient à travers mes mots. C’est une forme de rencontre attendue et inconnue.

Ta direction artistique est esthétique et colorée. Comment as-tu façonné et construit cet art visuel ?

Eugénie : Je suis issue des années 2000 mais les années 90 m’interpellent et me fascinent constamment. Je voulais dessiner un univers qui me représente avant tout. Quand nous entendons le mot « pop » des couleurs prennent automatiquement vie et se forment au sein de notre imagination. La direction artistique me permet de retranscrire toutes ces images et tous ces contrastes.Eugénie

Ton ascension provient notamment des réseaux sociaux. Quelle est ta perception de ces outils numériques ?

Eugénie : Justement nous parlions de direction artistique, Instagram est une plateforme imagée qui permet une certaine liberté et créativité. Ces réseaux incarnent un levier certain et un mode de communication pertinent. J’aurais pu m’installer dans la rue pour proposer mes compositions mais cela aurait induit un parcours du combattant, de la détermination ainsi que de la patience pour finalement aboutir à un néant potentiel. Les réseaux sociaux sont similaires à une cour de récréation, nous devons impérativement prendre du recul pour pouvoir mener une vie saine loin des critiques et des jugements.

Reprendre des musiques existantes et te les approprier est-elle une démarche formatrice et enrichissante pour toi ?

Eugénie : Le secteur de la musique se renouvelle perpétuellement mais créer une forme de nouveauté ne devient pas simple de nos jours. Une alternative comme le mélange des registres peut être une solution. La création de mashups permet une forme de nouveauté à travers la mise en place de dialogues entre des musiques qui n’ont pas de connexion directe. Créer des liens entre les arts ou les époques est indispensable pour apporter une valeur ajoutée. Au début, j’appréhendais les retours des internautes qui auraient pu trouver cela absurde mais finalement la surprise dominait. Ce terrain de jeu me permet également de jouer avec ma voix et de sortir de mon projet personnel telle une évasion.Eugénie

« Equilibre » est une composition personnelle. Incarne-t-elle la concrétisation de ta période d’expérimentation et de recherche musicale ?

Eugénie : Je considère ne pas être réellement sortie de ma période d’expérimentation étant donné que c’est une recherche quotidienne. Cependant, nous avons des moments où ce processus est intense puis diminue. C’est un peu comme un ascenseur émotionnel tout dépend du moment et des inspirations présentes. Depuis ma composition « Puis Danse » ma perception est différente, désormais je ressens le besoin de m’affirmer. Le premier album incarne un peu « un après » et traduit ma personnalité et mes ressentis actuels.

Comment s’est déroulé le tournage du clip « Equilibre » et que souhaitais-tu véhiculer comme émotions ?

Eugénie : J’aimais ce concept d’équilibre et de dualité que j’aborde avec simplicité d’ailleurs. Je ne voulais pas me cacher mais me montrer réellement autrement dit livrer une partie de moi. Au sein de cette vidéo, ma sœur interprète mon double. Dans la vie, je me bats contre moi-même dans le but de trouver une forme d’équilibre. Quand je pense l’atteindre, je reviens sur mes pensées en remettant tout en question et en revenant à ma réflexion première. J’ai utilité un terrain de jeu pour montrer notre comportement et nos agissements dans la vie. Un terrain de jeu nécessite des expérimentations comme dans la musique. Nous devons tout simplement accepter de prendre des risques pour avancer et se construire.

Tu casses la mélancolie des paroles avec des sonorités entrainantes notamment dans « Vents contraires ». Es-tu une personne optimiste ou pessimiste dans la vie ?

Eugénie : J’aimerais pouvoir prôner un certain optimisme mais le pessimisme est vraiment présent dans ma vie. Je dirais que c’est ce qui me procure une certaine créativité alors je ne le maudis pas. À travers les autres je ne perçois que des choses positives en termes de talents ou de personnalités. Quand nous nous concentrons sur nous-même, nous n’avons pas vraiment de recul et le pessimisme intervient. Je dirais que c’est un juste milieu en fonction de la situation.

À travers cette mélodie nous ressentons une envie profonde d’évasion. Où aimerais-tu t’évader ?

Eugénie : Je n’ai pas besoin de m’évader sous les tropiques pour me créer une bulle ce qui est pratique. Au quotidien, la monotonie des stations de métro me permet de me concentrer sur ma musique et d’expérimenter avec Garageband. Je prends mes notes et je rentre dans un imaginaire apaisant, loin de tout ce qu’il se passe autour de moi.Eugénie

Le processus de création est-il bénéfique dans ta construction personnelle ?

Eugénie : Je dirais que le processus de composition est un exutoire comme il induit une recherche intérieure certaine. Puiser au fond de nous ces maux pour les extérioriser et acquérir une autre vision de la situation. L’écriture passée, je me sens soit soulagée soit frustrée car cela peut nécessiter une approche plus précise. Créer est une démarche complexe tout comme le fait d’arrêter une production. Je suis perfectionniste alors je connais les retours et les retours des retours. J’ai le sentiment d’abandonner une composition quand elle se termine. J’ai constamment besoin de modifier des subtilités.

Quelles disciplines en dehors de la musique t’inspirent ?

Eugénie : Forcément la peinture étant donné que ma maman est artiste-peintre. Assise sur mon canapé je regarde toutes ses œuvres abstraites autour de moi et cela m’inspire constamment. Je commence à interpréter les toiles, à les ramener à la réalité ou non en me disant que tout est possible. Les thématiques surviennent et je prends des notes sur mes impressions.

Tes références sont principalement américaines en termes de musique. Tu te sens moins proche de la scène française actuelle ?

Eugénie : Justement je me convertis de plus en plus à la scène française actuellement. Je trouve cette jeunesse talentueuse et nous sommes surpris de sortie en sortie. Le renouveau est sublime, la relève est bien assurée. Je ne me mets aucune barrière concernant les registres. Je reste simplement admirative de cette belle floraison.

« Dans l’antichambre 
Je ne fais rien qu’attendre 
Mon coeur est sombre 
Il pourrait bien se suspendre « 

Crédits photos: Élodie Daguin

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