A l’occasion de la nouvelle édition des Puces de l’Illu, qui s’impose chaque année comme un rendez-vous incontournable, on a rencontré Marie-Pierre Brunel, une jeune artiste multidisciplinaire à la curiosité aiguisée. Cette rencontre n’est pas due au hasard, c’est en effet elle qui s’est vu confier la digne mission de réaliser l’affiche du festival. L’année dernière, c’était Freak City qui était en charge de l’identité visuelle. Freak City que l’on aime beaucoup, en témoigne cet article paru à l’occasion.
La relève est assurée, on vous laisse découvrir le résultat juste en dessous !

Yokogaga alias Marie-Pierre Brunel

Orchestrée d’une main de maitre par Margot et son équipe, les Puces de l’Illu promettent de mettre en lumière les pratiques multiples, riches et variées du monde du dessin et de l’illustration. On y retrouve aussi bien des illustrateurs, que des éditeurs, imprimeurs, tatoueurs …qui se retrouvent chaque année au Campus Fonderie de l’image à Bagnolet depuis 2013.
Un véritable vivier de découvertes, de rencontres, mais aussi d’apprentissage. En effet, tout au long du festival sera proposé des cycles de conférences ou de visites aux étudiants de l’école. Il se tiendra par exemple, durant une semaine, l’événement « La bonne impression » entre workshops, visites d’ateliers et de galeries dans Paris.

Ce rendez-vous est aussi un moyen de faire connaitre d’autres lieux parisiens, ainsi c’est à La Régulière que le festival vous donne rendez-vous pour débuter les festivités pour une exposition de Marie Pierre qui durera jusqu’au 25 novembre.
Depuis 2 ans que dure cette collaboration étroite entre le lieu culturel installé au coeur de la Goutte d’or à Paris et le festival.  Tenu par Alice et Julia, La Régulière propose depuis maintenant trois ans des événements variés autour de l’édition et de l’image, avec un désir de mettre en relation tous les acteurs de ce métier, et plus principalement ici, ses actrices !
Un désir qui s’inscrit dans la lignée de celles des Puces de l’Illu, en proposant un lieu de rencontre, où peuvent alors échanger des personnalités sur leurs différents parcours avec une vision du milieu dans sa globalité, tant underground que mainstream. Ce soutien global permet ainsi aux Puces de l’Illu de participer au rayonnement nécessaire de l’illustration, tant parisien que français. Ainsi, on assiste chaque jour à l’émancipation de ce médium et sa légitimation par le biais d’événements, de publications, ou d’encadrements du métier d’illustrateur. Et ça fait plaisir.

Yokogaga alias Marie-Pierre Brunel
Margot (Margot Mourrier, responsable de la communication et des événements des Puces de l’Illu), Julia & Alice (La Régulière) et Marie-Pierre / Photo : Vovotte

Marie-Pierre Brunel

Née en 1985, c’est dans les villes de Strasbourg, d’Angoulême puis de Marseille que Marie-Pierre Brunel se forme à différentes pratiques. L’artiste, que l’on retrouve aussi parfois sous le pseudonyme de Yokogaga, a déjà à son actif de nombreuses expositions, publications et collaborations. Cette fin d’année n’est pas une exception, en témoigne son actualité très chargée.
A Lyon vient de se terminer l’exposition Orixas, à la galerie Paul Ripoche. A Paris, débute à peine l’exposition à la Regulière dans le cadre des Puces de l’Illu. Et à Saint-Etienne, on la retrouvera pour une exposition placée sous le signe de l’expérimentation.
Vous l’aurez compris, c’était le bon moment pour une interview.  On vous promet un voyage agité dans son univers foisonnant !

Yokogaga alias Marie-Pierre Brunel

Salut Marie Pierre Brunel !  Qui es tu ? Quel est ton parcours ?

Mon travail oscille entre illustration, édition et art contemporain, j’aime bien le fait de ne pas m’enfermer dans un seul milieu.
J’ai commencé mes études à Strasbourg, puis Angoulême et enfin à Marseille, ça ne fait que 2 ans que je suis à Paris. Je suis venue sur un coup de tête car une copine quittait son atelier au 6b à Saint-Denis.

Tu peux nous parler un peu de cette affiche pour les puces de l’illustration ? Qu’est ce qui t’as inspiré ?

Pour moi l’illustration c’est créer un monde visuel intérieur et pouvoir communiquer avec sous la forme d’un langage plastique. Comme je n’avais pas trop de contraintes pour ce projet, j’ai juste laissé libre cours à mon imagination.

L’affiche représente un terrain de jeux dans un univers merveilleux, peuplé de créatures hybrides. Les enfants au centre explosent une pinata qui représente l’effervescence du festival, ils ont les yeux bandés et à la place des bonbons ils récupèrent des yeux.
C’est une façon un peu tordue de dire que des événements comme les puces nous permettent de voir la diversité de l’illustration actuellement.Ça représente un jeux, mais c’est aussi important d’éduquer le regard que les gens portent sur les images.

Il y a peu tu étais interviewé sur France Culture (émission à réécouter ici) tu parlais de l’inquiétante étrangeté, concept freudien qui caractérise souvent ton travail. Tu peux nous en dire un peu plus ?

C’est un concept que j’ai intégré dès mon mémoire de diplôme aux Beaux-Arts de Marseille et qui exprime une sensation d’inquiétude envers un élément à priori familier.
Je me suis toujours penchée sur la fonction psychologique des images, et comment elles sont appréhendées par notre inconscient. L’inquiétante étrangeté c’est un façon pour moi d’utiliser des tactiques visuelles pour intriguer le regardeur, j’aime confronter les gens à leurs propres angoisses et à leur imaginaire.

On peut parfois te retrouver sous le pseudonyme de Yokogaga, qu’est ce qu’il évoque pour toi ?

C’est un pseudonyme que j’ai utilisé quand j’étais publiée au Dernier Cri, je m’en sers encore dans certain fanzine comme Gonzine. J’aime bien brouiller les pistes. Un jour j’ai croisé quelqu’un qui s’était fait tatouer mes dessins sur les avants-bras, elle avait acheté mon livre Yepen et pensait que Yokogaga était un mec de Russie, ça m’a fait beaucoup rire.

Tu te rappelles à quoi ressemblaient tes premiers dessins ?
Je me rappelle dessiner des niveaux de jeux vidéo en coupe transversale, genre Prince of Persia ou la carte du premier Zelda sur NES. J’ai un gros coté geek.

Tu travail se nourrit de beaucoup de références, où est-ce que puises tes sources iconographiques ?

Je chine depuis longtemps des vieux livres d’éducation, vieux journaux, dictionnaires, encyclopédies anatomiques, vieilles photos en noir et blanc etc. Je regarde aussi beaucoup de livres d’arts et le travail d’autres artistes, il y a tellement de choses intéressantes et maintenant avec instagram c’est la folie. En vrac : Jérôme Bosch, Bruegel, Robert Crumb, Atak, Ludovic Debeurme, Aurélie William-Levaux, Rebecka Tollens, Peter Doig, Françoise Petrovitch, Peter Martensen, Claire Tabouret, Giulia Andreani.

Tu choisis généralement de représenter tes personnages masqués, pourquoi ?

C’est aussi en rapport avec l’inquiétante étrangeté qui joue sur la notion d’être vivant ou inanimé. J’utilise parfois ce subterfuge car l’expression d’un visage est extrêmement communicative et je ne veux pas en dévoiler trop. Je préfère garder le mystère et jouer sur l’ambiguïté de la situation dans laquelle se trouve mes personnages.

Tu as commencé par une formation technique, puis le dessin, après la peinture. tu fais aussi de la sérigraphie, de la lithographie, du collage, de la gravure … On peut dire que tu fais preuve d’une grande curiosité ! Comment ces différents médiums nourrissent ton travail ? C’est quoi la prochaine étape ?

Je fais des va-et-vient constants entre tous les médiums, je m’ennuie super vite et il faut que je change d’outils tout le temps. Parfois quelque chose ne marche pas en peinture mais fonctionnera mieux en dessin et vice versa. J’aime avoir la possibilité d’utiliser le medium adéquat pour mon projet. Dans l’absolu j’aimerais aussi faire de la vidéo, du textile, du modelage, il me faudrait des journées de 48h en fait.

L’exposition Orixas à Lyon vient de se terminer, pour les retardataires qui n’ont pas eu l’occasion de la voir tu peux nous en parler un peu ?

Les Orixàs c’est un thème qui m’a été rapporté par un ami qui vit au Brésil. Il avait vu mes peintures de costumes de carnaval et il m’a dit de regarder les rituels du Candomblé. J’ai découvert une culture super riche qui à ses racines en Afrique de l’ouest. J’ai été fascinée par le mélange d’anciens dieux africains et des saints catholiques. Il y a beaucoup de parallèles avec le Vaudou, avec des transes et des rites sacrificiels, ces pratiques spirituelles m’intéressent beaucoup. L’exposition montrait une vingtaine d’œuvres qui sont une interprétation très personnelle de ces traditions.

peinture par Marie-Pierre Brunel yokogaga

S’il y avait un BO à cette expo (ou à ton travail en général) ce serait laquelle ?

Pour Orixàs ça serait un album de Baden Powell : Os Afro-sambas. C’est mon copain qui est fan de musique brésilienne qui me l’a fait découvrir.
Moi je suis plutôt rock garage, psyché, noise, stoner. Quand je peins j’écoute du métal, ça me permet de rester concentrée longtemps, je trouve ça hypnotisant.

C’est sur l’invitation de Damien Deroubaix, qui vernira son exposition au MAMC+ en même temps, que Camille Fischer et moi proposons une performance au 9 bis à Saint-Étienne. Camille a étudié aux Arts Déco de Strasbourg et fait du dessin mais pas que. Elle chorégraphie des performances assez déjantées avec une mise en scène complète : des danseurs, des costumes, des musiciens (Laurence Wasser) et des Mr.Freeze à l’absinthe. Je suis en train de peindre une grande toile qui viendra définir l’espace de la performance.

Tes projets à venir ?

Un exposition à la galerie Les Limbes à Saint-Etienne en duo avec Camille Fischer et un livre à paraître aux éditions Culture Commune.
Je fais aussi partie du collectif Super Coherent Printing Co, on est invité en résidence au Vecteur à Charleroi ; il y aura une exposition mi-janvier et aussi une édition collective qui risque d’être sacrément expérimentale, avec plein de techniques d’impressions différentes. Généralement on met tous nos visuels en commun et on passe le tout à la moulinette à travers des imprimantes, de la riso, de la sérigraphie, de la gravure et on rajoute une couche de stickers.

Marie-Pierre Brunel illustration
Marie-Pierre Brunel illustration
Marie-Pierre Brunel
Marie-Pierre Brunel
Marie-Pierre Brunel
Marie-Pierre Brunel est à retrouver ici :
Les Puces de l’Illu :
Site

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.