“Alice, on a les accreds pour le Weather, t’as carte blanche, déconne pas trop.”

Weather Festival - 1 - Bourget Outside

On avait eu vent de la première saison, de ses plus et de ses moins qui n’ont découragé personne sinon attiré les plus courageux à se rendre à la seconde. Et pour cause, la programmation n’a pas perdu en sexy et les nombreuses plaintes ont été entendues et les prières exaucées. Le festival désenclave le tout Paris et s’incruste dans des paysages inattendus, historiques et/ou surréalistes. Brassé par 25 000 personnes sur le main event, le Weather a fait autant d’heureux que d’entrées sur 3 jours, 3 jours d’énergie positive, d’un accueil angélique et de musique en veux tu, en voilà.

 

 I.M.A.

“Les dalles de Jean Nouvel semblaient sauter sous nos pieds…”

weather

Nous arrivons très fraîchement à l’Institut du Monde Arabe. La scène demeure au centre de la place Mohammed V, le soleil frappait déjà tout l’après-midi, il persiste encore et la Sainte-Bière fraîche détonne au bout de nos doigts. L’ambiance ne se prête pas encore au sitting sauvage, aux intrusions & melting potes, on hésite à s’asseoir sur le bitume tiède puisqu’il est encore envisageable de réserver le premier rang pour toucher Mount Kimbie avec les yeux, qui entre en scène quelques minutes plus tard. C’est peut-être pas très objectif mais on a le sentiment très frustrant (finalement presque érotique) qu’ils ont joué 10 minutes. Quand on se retourne, force est de constater les sourires mièvres et la foule de tête de ravis-de-la-crèche qui ont fini la pinte mais n’ont pas eu l’envie d’aller en chercher une autre, parce que Kai et Dominic ont suffisamment soufflé un air d’ivresse et d’amour dans nos petits coeurs. Apaisés et ravis, c’est le quart d’heure du chill, le soleil se couche et les concerts s’enchaînent sans un hic. The Moritz Von Oswald Trio, Tony Allen & Max Loderbauer provoquent ensemble les premières ondulations du public, installés dans leur fauteuil de bureau comme de bons vieux hommes d’affaires. Seigneurs de la techno de Detroit, le label Underground Resistance soigne l’ambiance générale : ses artistes s’époumonent au saxophone et élèvent une foule reconnaissante. Les dalles de Jean Nouvel semblaient sauter sous nos pieds, sensation assez étrange qui laissait évidemment présager la suite d’un weekend haut-en-couleur.

Weather Festival - 2 - IMA1

Weather Festival - 3 - IMA2

Weather Festival - 4 - IMA3

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BOURGET

“Fierté du teuffeur au lever du jour, le majeur levé vers le soleil…”

bourget

D’abord, je tiens à préciser que je n’ai plus 15 ans, que j’ai déjà bu de l’alcool et écouté de la musique très fort dans ma chambre mais la première impression qu’on a eu en traversant le parc des Expositions du Bourget a été celle d’une liberté incroyable. C’était certainement l’effet recherché, mea culpa des organisateurs suite aux gueulantes de la saison dernière. Dans un décor urbain, futuriste et aéré, sont disposées les 4 fameuses scènes du printemps, été, hiver et automne. Le ciel d’un bleu parfait – ponctué d’une fusée, de quelques avions, d’une soucoupe volante –  recouvre une foule de jeunes et de moins jeunes à perte de vue. Ici, on peut s’asseoir, s’allonger, se poser aux tables de ces quelques (trop rares) foodtrucks ; chacun à son rythme. Bien entendu, y’a déjà des fous furieux qui battent gaiement du poing devant les scènes Automne, depuis midi devant Antigone. On feint d’ignorer pourquoi ils portent des lunettes de soleil dans la pénombre.

Une fois les tokens échangés (ndlr : très malin le système du token mais ça t’empêche pas de perdre ta CB ou de la donner à un inconnu dans un élan de bonté transcendantale), on est enchantés de pénétrer les différentes atmosphères proposées, qui noirciront sans doute synchro avec la tombée de la nuit. Et le plus beau dans toussa, c’est que les musiques ne se ressemblent jamais puisque finalement peu d’ordinateurs et beaucoup de vinyles, beaucoup de talents reconnus et moins reconnus.

On applaudit l’endurance de bon nombre d’entre eux qui ont dû jouer pendant plus de 2h, du très cru Manu le Malin jusqu’à l’euphorique set du duo Trade (la légende raconte que la très mauvaise transition avec Marcel Dettman est due à l’escalade illuminée d’un crétin entre les spots d’éclairage, il voulait certainement faire une jolie photo) en passant par les deux heures et demi folles furieuses de Ben Klock. Gros bémol pour le son en salle, peut-être un peu comprimé. Plus tôt dans la journée, Ricardo Villalobos a partagé les opinions : si la première partie de son set a réjoui ses fidèles, la deuxième a été plus décevante, en marge avec l’expérience de l’artiste. Clin d’oeil à la techno house française avec le set chiadé de Cabanne qui s’est parfaitement calqué à l’énergie de son auditoire alors que le titre officiel du plus cool des lives de la scène Été revenait tranquillement à Moodymann. Ben Vedren, Adam Beyer et j’en passe des groupes et des artistes pointus, le Weather Festival n’est pas une fête techno, c’est une fête de la techno. Obligés d’admettre que l’essence de ce genre électro revient aux scènes de Chicago et de Détroit, cette programmation était d’une qualité merveilleuse et a su contenter de piètres amateurs comme un public plus averti.

Weather Festival - 5 - Bourget 1

Weather Festival - 6 - Bourget 2

La regrettable pluie en rafale qui s’est écrasée sur nos têtes a gâché le plaisir de certains mais rafraîchi l’esprit de quelques autres, pas de mauvaise surprise, ni de viande trop saoule ou d’accidents de fusée. Fierté du teuffeur au lever du jour, le majeur levé vers le soleil avec certes le visage un peu moisi d’avoir bu trop de lait, mangé trop de sandwiches et sucé trop de pastilles à la menthe.

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Weather Festival - 7 - Bourget 3

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CLOSING

“On a pris l’avion jusqu’à l’Île Séguin…”

ile seguin

Lundi, on a pris l’avion jusqu’à l’île Séguin vers la suite des bacchanales. L’averse repoussait les survivants du festival sous le chapiteau alors que les danseurs de Juste Debout débarquaient en grandes pompes, une jolie performance physique sur un fond de house-funk qui a fait l’effet d’un revers de gifles dans ta figure de teuffeur fatigué. Le soleil est revenu avec Ben UFO, on s’en foutait de la boue, ça a fait le charme du closing. Le brouhaha des trois scènes, extérieures et intérieures, percent les toiles du chapiteau et polluent un peu la qualité de chacun des sets. Dommage. La programmation était peut-être un peu ambitieuse pour un lundi, les jambes sont lourdes et la tête implose, les gens tapent du poing avec un peu moins de conviction mais on sent que le coeur y est. Céçakébo.

C’est une belle teuf de la techno qui dépasse la suprématie et l’enfermement des clubs, qui décloisonne les publics et réunit tous les amateurs de cette musique dans une ambiance dédiée à la bonne humeur, à l’aube d’un été qui fourmille de festivals plus cools les uns que les autres. Certains pesteront “c’était ni plus ni moins qu’une rave party” mais ça avait plutôt la tête d’un immense congrès d’artistes pointus et soucieux de l’évolution de l’image de la musique électronique, de l’image de la musique en général. Nos visages sont partagés entre des expressions de joie et de douleur, j’envoie une photo de moi à la sortie de l’île Séguin en échange de 100 tokens pour la prochaine édition. Cotisez-vous.

Illustrations : Victoria Roussel

Photos & Texte : Alice Colas

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Weather Festival - 8 - Ile Seguin 1