We Love Green 2015 : "Bobo", le nouveau gros-mot 1
Main Stage

We Love Green 2015 : “Bobo”, le nouveau gros-mot

We Love Green

C’est un peu comme ça l’arrivée de l’été à Paris. Une sorte de frénésie bruyante sous les nuages de pollen et de pollution qu’on respire à plein nez, en se demandant quand on va bien cesser de s’asphyxier. Entre deux quintes de toux, on se donne rendez-vous dans les événements outdoor de la capitale où on profite d’un semblant de calme et d’air pur. A peine je quittais les pelouses du Parc de la Villette (voir l’article sur Villette Sonique), que je me dirigeais déjà vers celui de Bagatelle où avait lieu le weekend dernier le festival We Love Green. Du soleil, de la musique, un peu de pluie et beaucoup d’écologie. Retour sur ce moment dans l’ensemble plutôt fun.

SAMEDI 30 MAI

Cap sur le festival, quelque part à la lisière du XVIème arrondissement. Le soleil commence à taper bien fort, mais je garde la pêche et décide de marcher de Pont de Neuilly jusqu’au parc (écolo ou pas ?) Je me sens pas franchement accueillie, on déplore un cruel manque d’indications qui prouveraient que le festival a lieu à deux pas d’ici. Bref, je continue ma route et débarque sur la pelouse de Bagatelle, encore vierge et intacte. Je me pose au milieu de cette étendue verdoyante et profite de ce moment de quiétude qui ne va pas durer longtemps.

Posée à l’espace presse, j’aspire quelques bouffées de nicotine en écoutant le chant des paons. David de Django Django me retrouve et on commence à converser de tout et de rien. Il me raconte leur histoire, comment ils se sont rencontrés à la Art School d’Edinburgh, et puis ces soirées trashées à Glasgow où ils jouaient dans des clubs et des sous-sols sur Sauchiehall Street (rue de la soif locale) Il me dit en riant qu’ils vont parfois encore trinquer en Ecosse, pour fuir le stress londonien. Trinquer qui équivaut la plupart du temps à finir dans un caniveau dans la cuture british. « A Paris on fait plus la conversation, là-bas tu te bourres vraiment la gueule, c’est moins relax » dit-il. Pas sûre qu’il pense la même chose de la jeunesse française en voyant les troupes d’hystériques sous vodka débarquant par la ligne 1 plus tard dans la journée. Dernier échange sur leur vidéo robotique pour Reflections, délire abstrait et animé dont on parlait récemment ici, avant de repartir en exploration.

We Love

L’agitation avec les derniers montages. J’ai un peu l’impression d’être dans une kermesse écolo chic avec en arrière-son les soundchecks de la scène principale. On ne gaspille pas notre argent dans des pinces à tirer les peluches ici, mais plutôt dans de la nourriture sans gluten à quinze euros ou de l’eau en Tetra Pak. Je ne comprends pas forcément tous ces concepts. Pas le temps d’y réfléchir plus longuement, je pars papoter avec les californiens d’Allah Las.

Ils semblent un peu avoir abusé de booze et d’acide sur la route et me parlent tranquillement de leur musique surf pop cosmique, de leur dernier album enregistré à Los Angeles (« Une ville où tu prends vraiment ton pied quand tu y conduis pendant des heures »), mais aussi de la fatigue en tournée et de Paris qu’ils ont l’air de bien kiffer.

Premier concert devant le frenchie H-Burns, avec des vibes rock toujours californiennes. Vague de chaleur et achat de jetons pour s’abreuver. Découverte de la technique du “il-te-restera-toujours-un-jeton-sur-les-bras” pour y revenir. Je retrouve Allah Las sur scène cette fois, et apprécie leur set qui respire bien la pop côte Ouest. Un tapis humain recouvre la pelouse devant la scène, tout le monde semblant se sentir mieux assis en tailleur que debout. Franchement impraticable, je décide de m’asseoir aussi.

Hanni El Khatib

17h, l’heure de rencontrer Hanni El Khatib. Il débarque de Los Angeles (décidément, ville partenaire du festival ?) et repart dans la foulée, ne sait pas où en sont ses instruments, n’a pas pu faire de balances mais semble être excité par la situation (« Dans les salles tu peux tout contrôler, en festival c’est soit ça se passe très bien soit tout foire ») Son concert un peu plus tard était évidemment intense, imprégné de sueur et de rock’n’roll. Un set avec des titres plus anciens et certains de l’album Moonlight, qu’il qualifie comme étant une capsule temporelle d’un moment de sa vie. Il me parle de son label, Innovative Leisure, et puis de sa passion pour le skate. J’étais un peu curieuse quant au nouveau clip pour Melt Me, il m’explique donc que ça a été tourné à Brighton et qu’il voulait retrouver ce sentiment de vidéo qu’on fait à l’arrache quand on est môme. Un mec qui semble en effet avoir gardé son âme d’enfant, truly awesome.

Soirée musicalement au top avec Sophie, mystérieux producteur londonien qui échauffe la scène dancefloor  avec ses beats et son electro vert fluo. Et puis Django Django, concert parfait pour la tombée de la nuit. Ça part dans tous les sens, et tout le monde a l’air d’apprécier l’énergie scénique de ce groupe. Last but not least, le show hyper visuel de Christine & The Queens. Je l’imagine doppée à l’energy drink plutôt qu’à la coke. Elle parle un peu trop à “son” public, mais faut l’avouer ça reste une sacrée performance maîtrisée.

Samedi over, et retour périlleux. Des navettes invisibles à partir d’1h, l’empreinte écologique d’un Uber sinon on en parle ?

Daniel Avery

DIMANCHE 31 MAI

Changement d’atmosphère. Il pleut à souhait et on a bien sûr sorti les bottes (accessoire aussi cliché aujourd’hui que les couronnes de fleurs hier) Le côté “on est tout mouillé” donne un petit charme au festival finalement. Les conférences sur le climat et la nourriture biologique continuent de plus belle, pendant que la foule gambade dans la paille humide.

Mise en forme avec Citizens! et leur pop anglaise qui me sort la tête des choux. La voix suave du leader, Tom Burke, rend le ciel un peu moins gris. Je les retrouve après leur set dans un canapé cosy de l’autre côté de la scène, et l’agréable surprise d’être en face de mecs fin naturels et décontractés alors que je les imaginais plutôt surlookés. Ils m’expliquent qu’ils sont encore sous le choc des dernières élections au Royaume-Uni, même s’ils ne sont plus très souvent à Londres (« Fuck the politics, on a notre propre gouvernement dans le van ») Leur nouvel album, European Soul, est fait pour être écouté dans un party universel. Ils se sont d’ailleurs rencontrés dans une soirée, ivres, à s’engueuler sur une playlist. Les belles histoires commencent parfois par de sales disputes, non ?

We Love Green

Les arbres créent un semblant d’abri pour checker l’application mobile de l’event, franchement pratique et bien conçue. Je m’oriente vers l’electro pop de Låpsley, dont la voix a un peu déçu. S’enchainent José Gonzalez, un peu soporifique en plein après-midi et l’excellent Joey Bada$$ qui me fait à nouveau apprécier le hip-hop. Après avoir déserté la scène dancefloor, c’est reparti pour un tour. L’electro sombre et puissant de Daniel Avery me fait oublier un instant qu’on n’est pas loin du moment fatidique de la dépression du dimanche soir. En hypnose totale devant cet alien british de la techno.

Daniel Avery

Redescente devant Julian Casablancas + The Voidz. J’espérais qu’il allait me faire remonter, mais rien à faire. Dans son délire à se donner une image salace de vieux biker, il en a, j’ai bien peur, perdu sa dignité. Ce ne fut que cris et solos de guitare puant la fausse testostérone. J’avais apprécié la prise de risque avec ce nouveau projet, mais là il faut bien en venir à la triste conclusion que c’est un désastre en live. Bien sûr le public hanté par le culte “Julian post-Strokes” moufte à peine. Je m’en vais.

Julian Casablancas + The Voidz

Une quatrième édition de We Love Green avec de bons et de mauvais côtés, donc. J’ai volontairement évité l’adjectif “éco-responsable” que tu as déjà dû lire dix fois ailleurs. Un festival indispensable dans l’agenda parisien, auquel assister pour se faire sa propre idée. Sans être forcément retournée, je peux vous dire maintenant que j’y retournerais volontiers.

P.S : Pour ceux qui attendent la remarque, oui il y avait toujours une attente folle pour se soulager des pintes à sept euros dans les trous de copeaux.

Photos : Ninon Hitta & Marion Le Goanvec

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.