Gaspar Claus Tancade

“Tancade” : la nouvelle symphonie solaire de Gaspar Claus

« Ils n’ont donné de sens à rien. Ils baignent dans leur monde, ils sont traversés par leur monde… » Si Gaspar Claus évoquait, à travers ces mots, une île habitée par une communauté hédoniste, il est difficile de ne pas y retrouver un écho à son dernier projet. Oscillant à travers les genres et les sonorités, tout en conservant une certaine platitude crépusculaire, cet album se veut le prolongement de la volonté de l’artiste. Lui qui n’a de cesse de se battre pour prouver au monde que le violoncelle est universel. Après avoir voyagé aux quatre coins du monde (Japon, Mongolie, Islande, Mali, Maroc), avoir collaboré avec de grands noms (Rone, Matt Elliott, Keiji Haino, Peter von Poehl et tant d’autres) et après avoir composé la bande originale de longs-métrages (“Makala” et “Vif Argent“), Gaspar Claus nous dévoile enfin son projet solo intitulé : “Tancade” (chez InFiné) et dont la sortie est prévue ce 10 septembre.

Portrait du violoncelliste Gaspar Claus

Une invitation à l’évasion

Des premières notes du morceau intitulé “Une île” à la conclusion “Mer des mystères amoureux”, Gaspar Claus nous invite dans un périple tant intérieur qu’ancré dans la réalité. Alors que l’album débute par ce qui ressemble au carnet de bord d’un homme en quête d’apaisement, avec des sonorités à la fois ardentes et d’une douceur admirable, on plonge pas à pas, morceaux par morceaux, dans un périple intérieur, où l’apaisement laisse place au mouvement, à la mélancolie et à l’onirisme. Un véritablement cheminement dont on ressent la maîtrise et l’expérience acquise lors de la conception des bandes originales de “Makala” et “Vif Argent” (notamment sur “Une foule” qui est d’une justesse assez admirable). Cette minutie se retrouve jusqu’à dans le choix des titres qui sont un véritable prolongement du propos. On passe ainsi de formulations vagues, mais bien ancrées dans le réel, comme “Une île”, “Un rivage” et “Une foule”, à la convocation d’un imaginaire beaucoup plus vaste et mystérieux comme “Aux Confins”, “Astragale” ou, donc, “Mer des mystères amoureux”.

Couverture de l'album Tancade de Gaspar Claus
Couverture de l’album.

Quand on sait que le projet fut amorcé en 2017, il n’est guère étonnant de ressentir ce périple que vit le violoncelliste. Un voyage de longue haleine, donc, qui aura notamment sonné la collaboration entre Gaspar Claus et son père, le guitariste de flamenco Pedro Soler. De manière générale, “Tancade” a profité de l’intervention de grands esprits créatifs comme le maestro sonore Francesco Donadello (qui a déjà travaillé avec Thom Yorke, par exemple) au mixage et David Chalmin, qui le producteur de longue date du violoncelliste. Et comme à son habitude, Gaspar Claus a poussé le potentiel du violoncelle à son paroxysme. Frotté avec un archet, pincé, frôlé, heurté, caressé, bousculé, ce projet est le fruit d’un travail minutieux et long de quatre années. Le violoncelle est, ainsi, le seul instrument présent sur “Tancade“. Pourtant, Gaspar Claus arrive à délivrer un album choral où l’on a l’impression de faire face à un mur d’instruments à cordes.

« J’aime bien l’idée qu’un album apporte un moment de pause à l’intérieur d’un présent plutôt oppressant actuellement. » Alors que nous vivons dans un monde en proie à l’inconnu, la peur et la paranoïa, Gaspar Claus a voulu se créer une bulle en marge de la réalité et de ses complications. Dans cet album, Tancade devient l’Eden de l’artiste. Cette plage, difficile d’accès, se métamorphose ainsi en un monde sauvage et ardent, où il est possible de faire abstraction des difficultés extérieures. Il serait néanmoins contre-productif de vouloir donner un sens à la moindre note de ce projet. Il faut, au contraire, se laisser immerger par sa douce poésie. Car comme l’a justement rappelé Gaspar Claus en évoquant cette fameuse communauté hédoniste : « Ils n’ont donné de sens à rien. Ils baignent dans leur monde, ils sont traversés par leur monde… »

Texte rédigé par Gaspar Claus et portrait en accompagnement à l'album
Texte rédigé par Gaspar Claus et photo de la mer en accompagnement à l'album

Retrouvez l’actualité de Gaspar Claus sur son site.

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