SI

L’allemand Siriusmo a sorti son nouvel album Enthusiast le 14 juin, nous avons aussi eu l’occasion de lui poser quelques questions lors de son passage parisien à La Machine Du Moulin Rouge pour la soirée We Are Modeselektor.
Ce producteur de génie se produit d’ailleurs assez rarement, il est agoraphobe mais passe des heures à composer des morceaux et travailler sur de vieilles machines analogiques pour produire le son qui l’intéresse. Moritz Friedrich a déjà développé ses mélodies inspirées à travers deux albums assez remarqués, Diskoding en 2008 chez Boys Noize Records et Mozaik en 2011 chez Monkeytown Records. De fait son nouvel opus était assez attendu et les aperçus qu’il a proposé en live n’ont fait que renforcer cette situation.

Dès les premières notes de Doctor Break, on reconnait très clairement le son de Siriusmo, avec ses mélodies aiguës par petites touches, ses lead synth un brin vintage, des grosses basses chaleureuses qui claquent, une panoramique sonore riche et complète. Siriusmo propose une musique électronique qui a du groove, à la rythmique entraînante, fourmillant d’idées. La construction du morceau est toujours bien pensée.

Congratulator est plus funky, la guitare y apporte une touche disco estivale, parfaite alternative à l’album pop des Daft Punk.

Tranen Aus Bier est plus lente mais plus lourde, emportée par une bassline sourde et vrombissante qu’une mélodie aigüe ainsi qu’un ensemble de sons aquatiques viennent contrebalancer. Enthusiast porte bien son nom, c’est un morceau assez dansant, pop mais toujours aussi décalé, avec des harmoniques maîtrisées.

Siriusmo laisse s’exprimer ses influences hip hop sur les morceaux Cornerboy et Wattnlosmitmir accompagné d’ailleurs d’un MC, en anglais pour le premier et en allemand pour le dernier. Il explore toujours une multitude d’instruments, d’une basse presque vocale à des éléments de vocoder en passant par des cuivres lors des breaks. Plastic Hips propose une sonorité plus techno, mais garde une petite vocale hip hop “show me what you got”, assez représentative de l’esprit Monkeytown Records, entre hip hop, techno et musique électronique expérimentale.

Stinky Wing nous rappelle qu’il sait aussi être grandiloquent, exprimant une mélodie par moments mélancolique à travers des arpèges au piano, au synthé, puis soutenus par des violons et un orgue électronique apportant un sentiment de victoire. Après cet épisode d’émotion, il nous propose avec Liu un morceau bien plus soft, aux intonations jazzy via les cymbales omniprésentes, et le piano dont la distortion n’est pas sans lien avec le piano presque désaccordé de Discosau  [un de ses anciens morceaux, NDLR].

Après avoir analysé une partie de cet album, laissons maintenant la parole à Siriusmo lui-même :

INTERVIEW

 

BM : Combien de temps avez-vous passé à travailler sur votre album?
Pour tout dire, de la musique, j’en fais tout le temps: toujours à la recherche  de nouvelles idées, toujours en quête d’inspiration. J’essaye de ne pas me donner de limite, j’expérimente et bosser une semaine sur une musique pour qu’à la fin, elle ne me plaise plus, cela ne m’effraie pas de la mettre à la poubelle. Bien sûr, pour mon album, c’était plutôt une question de se jeter à l’eau et passer enfin au concret.

 

BM : Sur votre photo, on voit que vous êtes  dans une sorte de chambre remplie d’objets, avec des synthés, des amplis, de vieux ordinateurs , des machines …Avez-vous encore cette chambre?
Ce n’est en fait ni ma chambre ni “une chambre”. C’est  simplement une salle (dans une cour) que je loue à pas cher. C’est principalement là que je travaille ma musique.

 

BM : Donc, pour l’album, vous avez des morceaux inédits et vous décidez que certains d’entre eux font un groupe cohérent ou pas vraiment?
Difficile de répondre à cette question, je pense que c’est plus une affaire de sensibilité personnelle. J’ai fait certains choix mais si ça se trouve, je me suis trompé… En revanche, pour le prochain album, j’ai défini des pistes plus solides et j’ai réellement envie d’y mettre plus d’énergie que la dernière fois.

 

BM : Déjà?
Je dois le faire. J’ai déjà terminé deux morceaux qui, selon moi, sont vraiment bons. Je n’ai malheureusement pas pu les intégrer au premier album pour faute de délais.

 

BM: Vous ne vous arrêtez donc jamais?
Oui, la musique est ma passion.

 

BM: Y a-t-il vraiment des moments où vous vous limitez à un seul rythme: “produire-manger-produire-dormir-REPEAT-produire…”? Si oui, est ce que cela vous arrive souvent?
Cela dépend des périodes. Ma copine est d’ailleurs en ce moment en voyage à Berlin, faire de la musique m’occupe un peu plus. Par contre j’aime bien sortir, rencontrer des gens, c’est quelque chose dont je ne peux pas me passer définitivement.  Normalement, je travaille la journée -et que quand je suis vraiment dedans- et des fois ça peut durer jusqu’à très tard la nuit.

 

BM : Vous avez aussi travaillé avec Bonaparte?
Oui, c’est un ami. Il nous arrive de collaborer.

 

BM : Vous vivez à proximité l’un de l’autre, non?
Nous habitons tous dans la même zone. Lui par contre, a un très beau studio, un vrai studio.

 

BM: Quels synthés utilisez-vous?
Depuis que j’ai 16 ans, j’ai un Korg Trident et quelques autres machines bon marché. J’ai aussi un piano Rhodes, je l’ai depuis que j’ai 18 ans et je l’ai encore. J’ai également un piano Wulitzer. Au début, c’est un ami qui me prêtait le sien et puis j’ai fini par lui racheter.

 

BM : Avez-vous étudié la musique avant?
J’ai commencé avec un groupe et quand j’ai eu vingt ans, j’ai commencé à faire de la musique avec un sampler, à créer des beats.

 

BM : Préférez-vous produire de la musique que vous produire?
C’est juste que j’ai vraiment peur de la scène. Je pense même qu’aujourd’hui était la pire de ces expériences, je me sentais si mal, c’était très peu plaisant. Je sais que c’est propre à ma situation mais heureusement, ça ne dure pas longtemps.  A Paris, c’est mon troisième passage et les gens me donnent honnêtement une bonne sensation, je finis rapidement alors par me mettre à l’aise. Je vois des fois que le public reconnait les chansons et pour moi, c’est comme dans un rêve. Je n’aurais jamais imaginé que cela arriverait un jour, que je puisse jouer un morceau et que tout le monde le connaisse.

 

BM : Il y a beaucoup de gens à Paris qui aiment votre musique.
Ouais, c’est vraiment cool. Vous savez, je joue à Berlin, mes amis viennent, des inconnus viennent… mais ils s’attendent peut-être souvent à autre chose. Ce qu’ils veulent c’est un dj, pour les faire danser, mais ici, je peux jouer de la musique, les gens savent apprécier les morceaux.

 

BM: C’est ce qu’ils viennent faire ici. Le fait que vous jouiez a été remarqué de ceux qui ont pris leurs billets.
J’apprécie vraiment cela, je passe par une bonne période. Maintenant, les spectacles s’achèvent bientôt et j’essaye d’en profiter au maximum. Je suis heureux de l’avoir fait parce que je peux vous dire que ça me nécessitait beaucoup de courage.

 

BM : Cela se voit. Enfin, nous ne voulons pas prendre trop de votre temps. Merci beaucoup d’avoir accepté cette petite interview Moritz.
Je vous en prie.

 

Pour finir, voilà la tracklist de l’album.

 

 

Siriusmo1 Siriusmo+S04 siriusmo2

01. Doctor Beak
02. Congratulator
03. Tränen aus Bier
04. Enthusiast
05. Cornerboy
06. Plastic Hips
07. Itchy
08. Stinky Wig
09. Liu
10. Rantanplant
11. Wattnlosmitmir
12. Petit Cochon
13. Leftovers