seine zoo

Quatre MC’s et un DJ, voilà de quoi se compose le S-Crew. Après plusieurs longs mois d’attente, le groupe de rap parisien s’apprête enfin à sortir son premier album intitulé Seine Zoo le 30 septembre prochain. Un album éclectique, aux ambiances variées comme en témoignent les premiers extraits sortis. Pour la sortie de leur premier album, Nekfeu, 2zer Washington, Mekra et Framal nous ont fait honneur en nous accordant une interview en toute intimité.

Quatre gaillards au look détendu pénètrent ainsi le café où nous avions rendez-vous. Les choses se font vite, un Perrier, quelques bières et nous nous retrouvons autour de gros fauteuils en cuirs. Nekfeu, de son vrai prénom Ken, prend la parole en premier. Il débute son discours en évoquant avant tout une amitié extraordinaire à la base du projet. Entre passion de la rime et véritable envie de proposer un son de qualité, le S-Crew nous semble avant tout être une grande histoire d’amitié.

BM : Racontez nous l’histoire du « S-Crew » qui semble se présenter comme une véritable aventure…

S-Crew : On s’est tous rencontré dans le 15ème à l’époque du collège (Nekfeu, Framal et Mekra). On formait une bande de potes, on faisait un peu de graph sur les murs. Pour le nom S-Crew, on l’a choisi très tôt et ça n’avait pas vraiment de rapport avec la musique. Très vite on a commencé à tous s’intéresser au rap, on se clashait entre nous. C’est seulement quelques années plus tard qu’on a commencé à faire des morceaux un peu plus sérieux. Au début on faisait vraiment ça comme un passe temps et puis quand on a vu qu’il y avait plein de mecs qui rappaient comme nous, ça nous a donné de l’espoir et ça nous a donné envie de concrétiser la chose. Vers 2007/2008 on a rencontré 2zer, on a commencé à faire des scènes. Au même moment ça a été la naissance de l’Entourage. On se retrouvait aux open-mics, dans des scènes ouvertes, c’est ce qui nous a donné envie de former le collectif. Aujourd’hui on ne fait plus que ça et on vit de ça. Mais notre boulot ne se limite pas au rap, à coté de ça on a monté notre label, on gère les mixes, le mastering, les clips et les vêtements à notre effigie. C’est vraiment un boulot à plein temps.

BM : Cela fait plusieurs années que vous êtes connus dans l’univers du rap français, alors pourquoi avoir mis autant de temps avant de sortir un album ?

S-Crew : Ce qu’il s’est passé c’est qu’il y a eu pas mal de mésaventures avec un certain label. Ça s’est très mal passé humainement et musicalement. A la base on devait sortir Métamorphose en album puis finalement on l’a sorti en tant que mixtape gratuite sur internet en 2012. Après, on a pas mal galéré pour la distribution. On voulait vraiment faire quelque chose de pro, du coup ça a pris beaucoup de temps. Ce qui nous a permis de concrétiser un véritable projet.

Sur cet album, il y a pas mal de featurings . Tous les membres de l’Entourage à l’exception de Fonky Flav sont intervenus. Il y a Nemir qui a fait des chœurs sur un morceau. Morad de la Scred Connexion a aussi participé à l’album. On a également fait plusieurs sons avec les Super Social Jeez, avec qui on a partagé pas mal de moments en studio. Au niveau des beatmakers c’est très varié, ils sont nombreux à avoir participé à l’album. Il y a Hologram Lo, Mario ou encore Nizi. Quant à Dj elite, c’est vraiment un membre à part entière du groupe, on a enregistré l’album dans son studio Blackbird. Il va aussi nous accompagner sur toute la tournée en tant que DJ.

BM : Le réalisateur et mixeur de talent, Mitch Olivier (qui a travaillé entre-autres avec Doc Gynéco, Saian Supa Crew, Booba ou encore NTM) a également participé à la réalisation de l’album. Pouvez-vous nous parler de cette rencontre ?

S-Crew : On l’a contacté parce qu’on avait envie d’un son d’une certaine qualité. Mitch est vraiment devenu un tonton pour nous, on se voit en dehors. Il va bosser avec nous aussi pour l’album de l’Entourage. On était sur la même longueur d’onde. Il nous a expliqué qu’il avait ressenti quelque chose en nous qu’il n’avait pas ressenti depuis longtemps dans le rap français.

BM : Vous avez déjà sorti plusieurs extraits de votre album, vous pouvez nous en parler ? On sent des influences très jazzy dans les morceaux « La danse de l’homme saoul » et « Les parisiennes », cela va-t-il se ressentir dans tout l’album ?

S-Crew : On a vraiment privilégié le coté musical sur cet album. Finalement, les extraits sortis ne représentent pas vraiment l’ambiance générale à part « Du vécu ». Le coté funky n’est présent que dans les deux titres déjà sortis, « La danse de l’homme saoul » et « Les Parisiennes ». L’album est très varié, on retrouve des ambiances très soul, très brut et parfois très hardcore. On voulait ce coté musical pour montrer qu’on sait faire plein de choses.

BM : Quelles sont vos influences pour écrire vos textes ?

S-Crew : Il n’y a pas que la musique en fait, parfois en regardant un film on va retrouver une certaine noirceur, des ambiances intéressantes qui vont nous inspirer. Les livres et les mangas sont également des sources d’inspiration constantes. Finalement, tout et n’importe quoi peut nous inspirer. Au niveau des rappeurs français qui nous influencent, c’est très varié. On a des albums classiques, qu’on fait tourner souvent comme Doc Gynéco, IAM, 113, NTM ou la Mafia K 1 Fry.

BM : Quels artistes soutenez-vous plus particulièrement chez les rappeurs de la nouvelle génération ?

S-Crew : On soutient tous Georgio qui a sorti en mai dernier son EP « Soleil d’hiver ». Y a les gars de la Piraterime qu’on aime bien aussi. On soutient aussi Lomepal qui vient tout juste de sortir son EP « Cette foutue perle ». Et au niveau des rappeuses, on aime beaucoup Pandor.

BM : Comment vous expliquez le succès du collectif l’Entourage auprès d’un public qui n’avait pas forcément l’habitude d’écouter du rap ? La plupart des critiques faites à votre encontre se rapportent à votre public qui selon certains, vous décrédibiliserez. Comment vous le vivez ?

S-Crew : On a vraiment un public très varié, ça ne se limite pas aux jeunes. Ce qui se passe c’est que la plupart des gens qui commentent et qui sont actifs sur la toile sont les jeunes donc forcément certains se limitent à ça alors que notre public est vraiment beaucoup plus large que ça. Finalement ces critiques ne peuvent que nous ravir parce que c’est le seul reproche que les gens arrivent à nous trouver. C’était un peu pareil à l’époque. Aux concerts de NTM il y avait beaucoup de jeunes et les plus vieux écoutaient de la funk. Sincèrement, ce genre de critiques ne nous touche pas, on est là pour parler de musique.

BM : Pouvez-vous nous parler de vos projets futurs? Aussi bien au niveau du déroulement de votre tournée que de vos prochains albums.

S-Crew : Sur scène, on prévoit beaucoup de surprises avec pas mal d’invités. A côté de la tournée, on prépare en parallèle des open-mics dans quelques villes. Ces derniers mois avec l’enregistrement au studio, on n’a pas vraiment eu le temps de voir ce qui se passait sur la scène rap, du coup ça va être l’occasion de faire tourner le micro. En hiver on a prévu une date parisienne, le 7 décembre au Pan Piper, une toute nouvelle salle qui a ouvert dans le 11ème. Et d’ici 2014 on prévoit une très grosse date parisienne. A coté de ça, on espère pouvoir sortir l’album de l’Entourage d’ici la fin d’année. En fait, on n’est pas vraiment satisfait de tous les sons qui sont sortis auparavant sous le collectif l’Entourage, du coup on tient vraiment à cet album.

BM : Un message à rajouter ?

S-Crew : Toujours dans cet esprit d’indépendance, on bosse pas mal avec Les marqueurs. Ce sont des graphistes qui avaient déjà bossé avec nous pour l’EP Métamorphose. Ils sont à l’origine du design de la pochette et du clip « Métamorphose ». Pour la sortie de « Seine Zoo » on a eu l’idée de concevoir une application spécifique à l’univers de l’album. Une application totalement gratuite jamais réalisée à notre connaissance, dans le milieu du rap. Finalement, si on a un message à faire passer, c’est vraiment d’encourager les jeunes à monter leur projet, à se bouger.

©Propos recueillis par Sonia Semere et Géraldine Bourlon de Rouvre pour Beware Magazine

 

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