Entre photographie, installation, dessin et vidéo, Roger Ballen est un artiste incontournable du 21e siècle. Installé depuis 1982 en Afrique du Sud, le photographe se passionne pour la marginalité et la condition humaine. Son univers, Ballen le qualifie de « ballenesque » et le dépeint comme énigmatique, mystérieux, psychologique, primaire et profondément instinctif. Ses photographies expriment le sentiment de non-sens que peut prendre la vie et le monde alentour.

Né en 1950 à New York, Roger Ballen effectue des études de géologie à l’université de Californie à Berkeley doit il obtient le diplôme en 1972. À l’automne 1973, presque sans prévenir, il quitte les États-Unis pour un voyage de cinq ans. Ce premier champ d’exploration lui permet de parcourir le monde et de commencer à pratiquer de la photographie documentaire. Au fur et à mesure de son apprentissage photographique, il commence à maîtriser des compositions de plus en plus sophistiquées. De retour aux États-Unis en 1977, Ballen y publie son premier livre de photographie (deux ans plus tard), “Boyhood”, exploration du thème intemporel et prisé de l’enfance, et obtient en 1981 son doctorat en économie minière. Son passage réussi dans le monde médiatique est marqué par la réalisation du clip de “I Flink You Freeky” de Die Antwoord.
Grand amateur de photographie en noir et blanc, Roger Ballen a tout d’abord été un artiste controversé. En parcourant le monde après avoir été diplômé, il réalise des photos d’individus déshérités, consanguins ou encore atteints par des troubles psychologiques. “Lorsque Roger Ballen photographie ces Sud-Africains marginalisés par la peur, la misère et l’isolement, il transforme le temps de ceux-là mêmes qui vivent dans le monde du geste répétitif et absurde en un autre temps où ils deviennent les auteurs d’un univers plastique qu’ils ont engendré.” explique la commissaire d’exposition Martine Lusardi.



« Lorsqu’il y a des humains dans les photos, le public se demande : pourquoi sont-ils là, qui sont-ils, sont-ils d’accord ? Leurs visages prennent ainsi le dessus sur le reste du travail et un tas d’aspects sont oubliés. Alors que devant un oiseau, un dessin, on est sans jugement, et cela reste bien plus mystérieux. »
déplore Roger Ballen.



Depuis plus de dix ans, l’artiste Roger Ballen connaît un changement majeur dans son art : le passage à la couleur. Ce changement est dû au visionnage de ses mises en scène en couleur, qu’il a trouvé fort intéressant. Plus récemment, le photographe a commencé à se prêter à sa propre mise en scène. Il a notamment pris la pose aux côtés de mannequins ou glissé la tête au milieu d’une fresque représentant des portraits naïfs réalisés par lui et des marginaux. La marginalité est un thème central de son œuvre. En effet, elle permet de flouter les frontières entre vérité et mensonge, réalité et chimère, raison et folie. La marginalité est photographiée par Roger Ballen comme pour cristalliser une perception mentale du monde. Souvent comparé à Dubuffet et ses paysages mentaux, il propose une œuvre qui interroge les individus sur leur condition face à un monde irrationnel et en perdition.



Aujourd’hui, l’artiste fait l’objet d’une vaste rétrospective à la Halle Saint Pierre à Paris. L’exposition sera l’occasion de (re)découvrir ses œuvres réalisées entre 1995 et 2018 avec plusieurs médiums : de la photographie (ce par quoi il a débuté), du dessin, en passant par l’installation et la vidéo.



Historique des expositions
- 2012 :
- Kleinschmidt Fine Photographs, Wiesbaden, Allemagne.
- Musée Kunstalle, Vienne, Autriche.
- Manchester City Art Galleries Manchester, Angleterre.
- Musée Marta Herford, Herford, Allemagne.
- Musée de l’Elysée, Lausanne, Suisse.
- Museu de Arte Moderna, Rio de Janeiro, Brésil.
- Northwest University Museum, Potchestroom, Afrique du Sud
- Musée des Beaux Arts de Novosibirsk, Russie.
- Musée Rosphoto, Saint-Pétersbourg, Russie.
- Musée d’art d’Israël, Israël.
- 2013 : Smithsonian Africa Museum, Washington DC, Etats-Unis
- 2019-2020 : Le monde selon Roger Ballen, miroir, ô mon miroir, Halle Saint-Pierre, Paris, France.
Si vous avez apprécié le travail de l’artiste Roger Ballen, nous vous invitons à découvrir l’œuvre de Markus Hartel.