Crossroads-Festival-2021

Rencontre avec l’équipe du Crossroads Festival, lieu privilégié de la diffusion musicale française

Depuis 2016, le Crossroads Festival fait office de véritable bouillon de culture et de promotion des talents locaux.

Affiche du Crossroads Festival. Fond bleu, dessin d'une île paradisiaque, dont un des volcan se transforme en cheminée d'usine.

À la fois vitrine des talents locaux et point de rencontre international pour les professionnels de l’industrie, le Crossroads Festival a une vocation : faire vibrer la culture de la région des Hauts-de-France et les voir rayonner à l’étranger. On a eu la chance de discuter avec Anne Burlot-Thomas, coordinatrice du festival, et Johann Schulz, directeur de Haute-Fidélité, le pôle des musiques actuelles de la région.

Comment décririez-vous le Crossroads Festival en quelques mots ?

Anne Burlot-Thomas : C’est une manière de démarrer la rentrée avec le plein de découvertes musicales et l’occasion de voir en live de nouveaux talents français, mais aussi belges, luxembourgeois, allemands, polonais et suisses. En somme, je dirais que c’est une belle ouverture sur la jeune scène européenne émergente. 

Comment s’organise la proportion de participants, entre grand public et professionnels ? 

C’est notre sixième édition et nous sommes encore un festival où les professionnel·le·s sont majoritaires, c’est au cœur de notre projet. Mais Crossroads réunit aussi des oreilles curieuses et le festival s’ouvre de plus en plus au grand public, avide de découvertes.

Anne Burlot-Thomas 

Anne Burlot-Thomas : En effet, nous travaillons aussi avec la salle de concert associative la Cave aux Poètes, qui a pour mission de participer à la diffusion des talents émergents, de les accompagner vers la professionnalisation tout en s’intégrant dans la vie culturelle locale. Avec la ville de Roubaix, nous collaborons lors d’actions en direction du jeune public, mais aussi des 16/25 ans.

Enfin, nous venons d’intégrer le dispositif “Pass Culture”, une bonne manière d’être repérés par la nouvelle génération qui peut profiter de nos concerts à un tarif préférentiel. Dans ce sens, nous avons fait le choix de tarifs très accessibles, 10€ la soirée pour découvrir 7 groupes, en faisant le pari de la curiosité pour des projets musicaux qui ne sont encore peu connus, mais qui gagnent à l’être !

En ce qui concerne les professionnels, comment jongler entre les indépendants, les labels de diverses tailles, et les autres acteurs ? 

Anne Burlot-Thomas : Pour le moment, nous accueillons en grande majorité les acteurs indépendants de la filière. C’est aussi une réalité tout à fait intéressante, car dans notre écosystème, ce sont eux qui sont aux avant-postes de l’émergence et du développement et de l’accompagnement des artistes et des nouveaux projets.

Et nous sommes aussi très heureux de constater une belle diversité des métiers : tourneurs, labels, éditeurs, médias, festivals et salles, cela représente bien le dynamisme de la filière dans son ensemble. 

Après une édition 2020 100% digitale, comment appréhendez-vous une nouvelle édition en présentiel et avec les restrictions sanitaires ? 

Anne Burlot-Thomas : Bien ! Nous sommes très heureux de retrouver le live même si cela a demandé de la patience et de la souplesse. Nous avons prévu différents scénarii, surfé sur la 4e vague et sommes très contents de pouvoir ouvrir nos portes en septembre même si le passe sanitaire représente évidemment une vraie contrainte à laquelle le public paraît s’adapter dans sa très grande majorité. 

L’édition digitale avait permis d’enregistrer des showcases vidéos. Est-ce qu’on peut s’attendre à des enregistrements cette année aussi ?

Anne Burlot-Thomas : Nous y travaillons activement. Nous avons obtenu un premier soutien essentiel de la DRAC Hauts-de-France et nous attendons une réponse du Centre National de la Musique. On croise les doigts, car nous aimerions reconduire cette action qui a eu un bel impact malgré le contexte pour nos artistes. Nous avons adoré la collaboration en 2020 avec le collectif Attic Addict et nous aimerions les retrouver cette année pour de nouvelles sessions.

Et si ce n’est pas en 2021, nous ne lâcherons rien en 2022 ! De nouveaux programmes sont en cours d’élaboration, car le secteur s’est rendu compte que c’était aussi une bonne manière de soutenir l’émergence et de favoriser l’export des groupes en développement. 

Anne Burlot-Thomas 

Avec la participation de Haute-Fidélité, les rencontres professionnelles se concentrent sur la question du positionnement des artistes émergents. D’où vient cette attention particulière ?

Johann Schulz : Les sujets qui sont proposés durant les rencontres pros répondent à des attentes spécifiques de notre secteur. Ils s’inscrivent dans le prolongement plus général des réflexions que nous avons durant l’année au sein du pôle Haute-Fidélité qui font souvent écho à des tendances lourdes à l’échelle régionale, nationale et internationale.

Les rencontres pros participent à la structuration de notre filière régionale, elles favorisent l’interconnaissance, permettent aux pros de se retrouver sur un temps d’échange et de partage, de rencontrer des porteurs de projets. C’est un temps fort dans l’année auquel nous accordons beaucoup d’importance au sein, d’où le nombre de rencontres proposées, et l’évolution constante du nombre de participant.e.s depuis la création du festival.

Nous accordons une attention toute particulière aux musicien.ne.s de la région qui doivent y trouver des sujets et des rencontres qui répondent à leurs attentes et leurs interrogations. Deux journées leur sont consacrées cette année : le jeudi avec “All Access Meeting“, une journée consacrée à la question de l’accompagnement artistique dans notre secteur et le vendredi, une journée durant laquelle ils pourront rencontrer des professionnels pour présenter leur projet, rencontrer la SACEM sur la question des droits d’auteur, Pôle Emploi sur le sujet de l’intermittence, l’AFDAS pour la formation, entre autres.

Comment avez-vous ressenti l’impact de la crise du Covid sur la communauté musicale ?

Anne Burlot-Thomas : Nous sommes encore en plein dedans et c’est difficile d’avoir encore du recul sur les impacts à moyen et long termes. Le secteur français a été très soutenu et à travers lui, les artistes.

Cependant nous allons être confrontés à un « embouteillage » de sorties, c’est déjà le cas en ce moment. Allons-nous être capables d’absorber cette énergie bouillonnante et retrouver des calendriers qui ne soient pas sans arrêt bouleversés par des « stop and go », qui ont déjà bien perturbé les programmations ?

Anne Burlot-Thomas 

Nos rencontres professionnelles sont aussi là pour que les pros puissent échanger et se réorganiser le mieux possible et de manière solidaire. Et 2022 devrait nous permettre d’y voir un peu plus clair. Nos partenaires publics sont restés solides à nos côtés sur ces 18 mois complexes et nous sommes effectivement mieux protégés que dans certains pays comme la Grande-Bretagne où la crise a causé certains dommages irréversibles avec des arrêts brutaux de carrières et la fin de certaines entreprises.

Et bien sûr, la crise du coronavirus ne doit pas masquer non plus les enjeux essentiels et les questions qui vont se poser à nous quant à la situation du climat et des changements nécessaires pour réduire nos impacts sur le monde dans lequel nous vivons. (Une question qu’on retrouve également dans notre podcast avec Martin Munier, NDLR)

Au coeur de certaines réunions, le « décret son » promet-il une prise de position politique née au Crossroads ?

Johann Schulz : « Le décret son », à l’origine pensé afin de prévenir les risques liés aux bruits est en application depuis octobre 2018. Il crée la polémique dans le milieu, où il est considéré comme une entrave artistique. AGI SON, l’association nationale qui défend la création et la qualité sonore dans les musiques actuelles, ainsi que l’ensemble du secteur des musiques actuelles sont mobilisés de longue date sur cette problématique, sans grand résultat à l’heure actuelle.

Globalement, personne ne mesure concrètement les conséquences de ce décret qui pour le moment, à de rares exceptions, n’est pas encore vraiment appliqué. Mais notre écosystème est vraiment en danger, car son application portera atteinte à la variété de nos esthétiques, de nos lieux de diffusions, de nos festivals. Cette rencontre à Roubaix a lieu dans le cadre du Tour de France AGI SON, c’est donc une mobilisation nationale qui s’inscrit dans une démarche au long cours.

Mais elle implique que chaque acteur, et pas seulement les techniciens en charge de la gestion sonore, se mobilise pour faire évoluer ce décret afin qu’il ne nous porte pas préjudice. Avec Agi Son, nous sommes pour la prévention et non pour la répression. Cela passe par de la discussion, avec l’ensemble des parties prenantes, acteurs, techniciens et élus des collectivités locales et territoriales, représentants de l’État. Espérons que la rencontre de Roubaix apportera sa petite pierre à l’édifice, en tout cas, nous avons un panel d’intervenants capable d’y contribuer. 

Retrouvez le Crossroads Festival du 7 au 10 septembre. Toute la programmation et informations pratiques ici.

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