Pierre Terrasson est entré dans l'intimité de Mick Jagger et Serge Gainsbourg 1

Pierre Terrasson est entré dans l’intimité de Mick Jagger et Serge Gainsbourg

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Invité à participer au troisième village d’automne, organisé sur l’esplanade des Invalides, du 1er au 4 Octobre 2015, Pierre Terrasson, photographie les visages du rock depuis plus de quarante ans. Entouré de sa galerie de portraits, il a ressuscité pour Beware! les souvenirs du Palace, de Mogador, un voyage inattendu où le même soir Bijou pouvait jouer avec Serge Gainsbourg. Son Hasseblad a emprisonné pendant toutes ces années la jeunesse des plus grands : les débuts d’une certaine Vanessa Paradis, ou encore la naissance des Rita à l’époque ou ils étaient mi- tsouko mi -connus, un hommage monumental aux 80’s à deux pas du tombeau de Napoléon. « Flash-Forward » dans le TOP 50, quand Instagram n’existait pas, dans le Paris excité des artistes excessifs : Gainsbourg, Les Rita, Bashung, Daniel Darc, Les garçons bouchés et tant d’autres…

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« Lorsqu’on s’est fait peindre par un peintre célèbre, il ne reste qu’une ressource : Ressembler à son portrait » affirmait Kees Von Dongen auquel se réfère sans s’identifier, celui qui place la peinture au-dessus de la photo. Comme son ami Serge Gainsbourg d’ailleurs, il la porte aux nues. A tel point que l’auteur du poinçonneur des lilas, un soir de rage, en un éclair, a détruit toutes les toiles qu’il avait peintes. Ce soir-là, l’homme à la tête de choux a mis fin à sa carrière de peintre. Ses débuts, Terrasson, les esquisse à l’école des beaux-arts, spécialité « Mosaïque » ou il obtient un diplôme d’arts plastiques avant de partir pour la Suisse, à Berne pour étudier pendant un an la restauration d’art. Très vite, il se confronte à la rue pour faire des photos, avant de s’installer à Aubervilliers ou il possède encore aujourd’hui un atelier dans lequel il a fait venir presque toutes les stars du rock de cette époque, à la demande des magazines comme le célèbre « Best ». Adorateur du naturalisme, Roi du décalage, Terrason a toujours fui les studios et leurs fonds blancs immaculés, leurs préférant des décors plus insolites.

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Ne se revendiquant d’aucun style ni d’aucun mouvement, il s’inspire volontiers de peintres comme Degas, Van Dongen, et confesse humblement, que ces sujets préférés ont toujours été les « gens de caractère »,  les gens « véridiques ». Partisan du mieux possible, il a testé un grand nombre de films ou de lumières, et s’est frotté a de nombreux tempéraments. Homme de terrain, il avoue paradoxalement être plus attiré par la peinture que par la photo, même s’il respecte énormément le travail de Richard Avedon, ou encore d’ Anton Corbijn.

Terrasson recherche avant tout la confrontation avec la matière. Celle du papier, (il continue de développer des tirages argentiques en labo) et celle du bois (il s’est fait installer un petit atelier en Ardèche pour le sculpter à la tronçonneuse).

Ce besoin vital d’appréhender la matière, forcément, lui interdit presque la pratique du numérique, car il refuse de passer sa vie devant un logiciel de retouche. D’ailleurs dans les années 90, un jeune assistant qu’il avait embauché sur une série de photo avec Serge Gainsbourg ne comprenait pas que Terrasson puisse manipuler tour à tour une perceuse et appareil photo, alors que pour lui sans être poète surréaliste, c’est exactement la même chose, à savoir : un simple outil. C’est d’ailleurs pendant cette même séance que Serge Gainsbourg a fait un chèque de 10 000 francs à son assistant pour qu’il aille se faire remplacer les deux dents qui lui manquaient. Gainsbourg voulant s’assurer qu’il dépenserait bien cet argent chez le dentiste, pour rester « un enfant de la chance » qui ne connaitra jamais les transes que du shoot, en l’occurrence photographique a quand même pris quelques garanties. L’assistant a du réfléchir a deux fois avant d’encaisser un chèque signé « Gainsbourg » qui valait surement bien plus que 4 zéros…

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Tombé dans la photo dans les années 80, Pierre Terrasson n’a jamais connu le filtre des attachés de presse, des agents, des managers, il était simplement « crédible » et recruté sur dossier. Les disques se vendaient encore, il y avait des supports, une économie des maisons de disque, ses photos étaient destinées à la presse, aux magazines, mais pas seulement, Il fallait aussi des images pour les pochettes d’album, les posters. Terrasson regrette un peu qu’aujourd’hui les photos soient quasiment toutes « offertes » pour terminer au mieux sur les réseaux sociaux dans un monde ou une simple carte de visite peut presque faire de vous un photographe. Dans les années 80 il shoote Klaus Nomi, en tête à tête, sans obstacle, pour « Rock en stock », tout simplement libre de créer sans l’intervention d’un pseudo directeur artistique, qu’en serait-il aujourd’hui ? En 1987, il passe quelques heures avec Mick Jagger sans intermédiaire, il est envoyé à Londres pour immortaliser sa tournée européenne, et de cette photo il en fera un single.

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A cette époque, son appareil est également présent en coulisses pendant des concerts, ou il observe scrupuleusement les éclairages de la scène, pour saisir comment faire prendre la lumière aux corps. De là, nait son amour pour l’éclairage qu’il étudie religieusement. Le tungstène, le flash, l’open flash, les lentilles de Fresnel, comme un peintre, il mélange beaucoup les températures de couleur, qui module la lumière transformant au fil des expériences la plasticité de l’image. Aujourd’hui il continue encore de s’exercer, toujours à la recherche de l’accident. Pour Terrasson, on passe sa vie à apprendre.

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Le prolifique photographe a aussi réalisé des clips dans les années 90 pour les « Infidèles », « Lucid Beausonge » et plus récemment pour Ysé, qui a repris « Rock n Roll suicide » de David Bowie tournée sur une ile dans un décor aquatique. Dernièrement, avec l’aide de sa fille réalisatrice il capture des images pour le groupe « La Bestiole », video très aquatique également, sans jamais se soucier du « combien ? », mais plutôt du « comment ? », l’ approche Terrasson se situant plus au niveau du cœur, de ses coups de cœur exactement et des rencontres.

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Les plus grands sont passés devant son objectif et quand on demande au photographe les noms qui manquent à son tableau (de chasse), Terrasson répond sans hésiter kurt Cobain, ou encore Iggy Pop.

Pierre Terrasson vient de publier avec ces deux complices, Renaud Corlouer et Youri Lenquette un ouvrage consacré aux Rita Mitsouko publié aux éditions du cherche midi. Une exposition se tiendra d’ailleurs du 8 Décembre 2015 au 6 Février 2016, à la galerie ADDICT dans le quartier du marais à Paris. Si vraiment vous n’êtes pas capable de prendre votre mal en patience, vous pourrez le retrouver en Novembre à la Philharmonie de Paris dans « Dernières nouvelles de Frau Major » spectacle inspiré de la vie d’Alain Bashung qu’il a beaucoup photographié, en compagnie de Miossec, Rachid Taha, Brigitte Fontaine, Chloe Mons, Kent et Joseph d’Anvers, Rock n Roll never die !

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Site Web Pierre Terrasson