L’exposition Parallax présentée au Jeu de Paume à Paris jusqu’au 10 janvier 2027 revient sur l’œuvre de Stan Douglas, un artiste qui déconstruit les images et les récits historiques pour rendre visibles leurs silences, leurs biais et leurs possibles inachevés.
L’exposition Parallax revient sur l’ensemble de l’œuvre de Stan Douglas depuis les années 1986 jusqu’à ses réalisations récentes et actuelles. Réunissant une quarantaine de films, installations vidéo et séries photographiques, le Jeu de Paume explore la vision de l’artiste qui considère « la perception comme un sujet à part entière ».
« Parallax » est le « déplacement apparent d’un objet selon la position du public ». Pour le musée et pour l’artiste, cela signifie que le « regard est orienté et contingent, issu d’une perspective partielle » et que l’histoire – voir l’Histoire – n’est pas aussi figée que l’on peut parfois le croire.

Installation vidéo à deux canaux, huit canaux audio avec six variations musicales, couleur, son, 53 min 35 s, en boucle
Entre films, installations et musiques
En 1986, avec Overture, San Douglass établit un lien entre « la technologie ferroviaire, la mémoire involontaire et les conventions du cinéma naissant » : le mouvement devient une expérience visuelle (ici monté en boucle), quand le passé ressurgit sans qu’on le convoque. Entre les deux, l’usage sonore crée un décalage, une lecture différente d’une même image, un sens qui évolue en fonction aussi de ce que l’on entend.
Cet usage du son est aussi fait dans Hors-champs (1992) ou Luanda-Kinshasa (2013) : la musique est alors utilisée comme « une structure conceptuelle pour aborder les questions de race, de classe et d’inégalités sociales » dans une approche entre le documentaire et la fiction. Ainsi la première œuvre, session d’improvisation de musiciens américains dans un studio français, devient-elle réflexion sur « la diaspora et la créativité » quand la deuxième analyse « les collaborations transatlantiques à l’origine de nouveaux styles musicaux ».
ISDN (2022) met en place un dialogue fictif entre des rappeurs de deux pays différents au moment des Printemps arabes, faisant discuter anglais et égyptiens. L’œuvre est pensée de façon à n’apporter aucune réponse. Libre à chacun de se faire son propre avis – appréciation qui dépendra de l’histoire, de l’éducation, de la culture et autres facteurs propres à chacun.
![Stan Douglas 2 March, 1914 [2 mars 1914] 2021 Série « Penn Station’s Half Century » [Les cinquante ans de Penn Station], 2021 Tirages chromogènes numériques contrecollés sur Dibond](https://www.bewaremag.com/wp-content/uploads/2026/10/16-1160x665.jpeg)
Série « Penn Station’s Half Century » [Les cinquante ans de Penn Station], 2021
L’image du passé
Photographiquement, Stan Douglas explore différents sujets avec Crowds and Riots (2008), Midcentury Studio (2010-2011), Nocturnes (2014-2015), DCTs (2016-2017) ou 2011 ≠ 1848 (2017-2021). Le Jeu de Paume d’expliquer qu’il y crée « des images impossibles : portraits de lieux disparus, instants uniques impossibles à reproduire, ou scènes historiques effacées des archives officielles, recréées avec précision » ; soulevant au passage des questions diverses sur la faisabilité de l’œuvre et la fiabilité du rendu.
Mais peut-être n’est-ce pas là le sujet, et le musée semble plutôt explorer la façon dont cela « ne se contentent pas de documenter l’archive », mais y « interviennent, la déstabilisent et
révèlent ses silences ». Par ses créations, l’artiste brouille ainsi la frontière entre document, reconstitution et fiction et la photographie ne restitue pas simplement le passé : elle met à l’épreuve les images à travers lesquelles nous croyons le connaître.
Ces réalisations prennent une résonance particulière, à l’heure où l’intelligence artificielle générative brouille les frontières entre photographie et image fabriquée. Là où l’image générée par IA peut produire l’illusion d’un événement sans référent réel, Stan Douglas s’appuie sur des archives et des recherches pour interroger notre rapport au passé. Dans les deux cas, une même question affleure : qu’est-ce qui nous fait croire à une image ?
L’exposition est à retrouver au Jeu de Paume à Paris jusqu’au 10 janvier 2027.
![Stan Douglas
Abbott & Cordova, 7 August 1971
[Abbott & Cordova, 7 août 1971]
2008
Série « Crowds and Riots »
[Foules et émeutes]
2008
Tirage chromogène numérique contrecollé sur Dibond](https://www.bewaremag.com/wp-content/uploads/2026/10/18-1160x709.jpeg)
Série « Crowds and Riots » [Foules et émeutes] 2008
![Stan Douglas Solitaire 2017 Série « Scenes from the Blackout » [Scènes lors d’une panne de courant] 2017 Tirage chromogène numérique contrecollé sur Dibond](https://www.bewaremag.com/wp-content/uploads/2026/10/11.jpeg)
Série « Scenes from the Blackout » [Scènes lors d’une panne de courant] 2017
![Stan Douglas Hastings Park, 16 July 1955 [Parc Hastings, 16 juillet 1955] 2008 Série « Crowds and Riots » [Foules et émeutes], 2008 Tirage chromogène numérique contrecollé sur Dibond 1. 6 Stan Douglas](https://www.bewaremag.com/wp-content/uploads/2026/10/1-1536x1030.jpeg)


