Jusqu’au 31 janvier 2027, le Centre Pompidou et le Centre des monuments nationaux présentent « Vies minuscules » au Panthéon, à Paris. L’exposition emprunte son nom au livre de Pierre Michon, « qui rassemble en 1984 huit portraits d’inconnus, parents éloignés ou rencontres fugaces, à partir desquels il tisse sa propre biographie ».
Vies minuscules, présentée au Panthéon depuis le 24 septembre 2026 et jusqu’au 31 janvier 2027, réunit une trentaine d’artistes et plus d’un siècle de création, à partir des collections du Centre Pompidou. Le titre vient du livre éponyme de Pierre Michon, publié en 1984, qui raconte huit existences anonymes ou marginales et construit à partir d’elles une forme de biographie personnelle.
L’exposition reprend « ce fil d’Ariane » établi par Pierre Michon et interroge la manière dont l’art a su « accueillir les vies reléguées aux marges de la grande histoire, témoigner pour leur part infime, intime ou infâme, et dresser à leur mémoire précaire des mausolées imposants ou fragiles. En parcourant les vies immémorées dont les artistes se sont saisis, elle propose une nouvelle écriture d’une histoire qui prend en compte ‘’la force et l’autorité de l’archive, et les limites que celle-ci impose à ce qui peut être connu’’ selon les mots de l’historienne Saidiya Hartman ».
La question posée ici est : comment l’art peut donner une place à ceux que la « grande histoire » laisse de côté : anonymes, personnes marginalisées, populations subalternes, individus dont les traces sont ténues ou dont les archives ont disparu ? L’exposition amène ainsi une réflexion sur ce qui rend certaines vies visibles, parfois des millénaires après (Gilgamesh, Ramsès, César, etc.), et laisse les autres à la marge, invisibles ou presque.

Une exposition au Panthéon
Consacré aux « grands hommes » et aux « grandes femmes » de la Nation, le choix du Panthéon comme lieu d’exposition n’est pas anodin. Le bâtiment reprend la devise « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante », l’exposition s’intéresse à ceux qui ne deviennent jamais « grands » en ce sens… Le contraste est saisissant : comment faire entrer dans ce lieu dédié à la mémoire nationale ceux dont l’Histoire n’a pas retenu le nom ?
Le regard sur le Panthéon change et Vies minuscules cherche à faire entrer dans un monument consacré à la mémoire des « grands » (ceux que l’on connaît tous ou que, du moins, l’on devrait connaitre) ceux dont les vies, faute de célébrité, de pouvoir ou d’archives, risquent de disparaître de la mémoire collective.

© droits réservés, photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Philippe Migeat/Dist. GrandPalaisRmn
Un travail de mémoire
L’exposition et le travail des commissaires reposent sur trois notions : l’infime (ce qui est trop petit ou trop discret pour attirer l’attention collective), l’intime (la vie privée) et l’infâme (les existences sans renommée, notamment dans le sens donné à cette notion par Michel Foucault : des vies obscures et anonymes dont la trace nous parvient parfois à travers les archives administratives, policières ou judiciaires).
Cela amène une réflexion sur la mémoire. Si certains questionnent la mémoire autour d’événements marquants (Antoine Lecharny qui interroge la mémoire de la « Shoah par balles »), il est ici question de la mémoire des individus. Comment fabriquons-nous la mémoire ? Qui laisse une trace ? Qui est représenté ? Qui mérite un monument ?
Pour réaliser cette exposition, les commissaires se sont appuyés sur le travail de l’historienne américaine Saidiya Hartman, professeure à l’université de Columbia et spécialiste des études afro-américaines. Elle a notamment travaillé sur des vies dont les archives sont lacunaires et où, dans certains cas, « la fiction et l’imagination deviennent nécessaires pour tenter de restituer quelque chose de ces existences ». Une démarche qui pose nécessairement la question de la part d’interprétation dans toute reconstitution historique : si aucune vie passée ne peut être restituée dans son intégralité, la part d’invention nécessaire à sa reconstitution devient d’autant plus importante que les sources disponibles sont rares.
Dans Vies minuscules, l’art ne vient pas seulement illustrer l’Histoire, mais peut aussi essayer de faire apparaître ceux que les archives historiques ne permettent plus de voir.
L’exposition Vies minuscules à lieu jusqu’au 31 janvier 2027 au Panthéon, à Paris, de 10h à 18h tous les jours du mardi au dimanche et de 12h à 18h les lundis.

© Adagp, Paris, 2026, photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Dist. GrandPalaisRmn



