Présenté au Jeu de Paume de Tour du 19 juin au 8 novembre 2026, La nuit américaine de Laila Hida interroge la manière dont les mythes contemporains se fabriquent et se stabilisent.

Sange Khara, 2025
Présentée au Jeu de Paume de Tours du 19 juin au 8 novembre 2026, La nuit américaine de Laila Hida s’inscrit dans une réflexion plus large sur la fabrication des imaginaires contemporains. À travers un ensemble de dispositifs visuels, narratifs et spatiaux, l’artiste marocaine interroge la manière dont les récits se construisent, se stabilisent et finissent par produire ce que l’on perçoit comme le réel.
Le projet s’inscrit dans une œuvre au long cours, Le Voyage du Phoenix, qui explore les paysages d’oasis et leur charge symbolique. Derrière ces environnements apparemment naturels, l’artiste met en lumière des strates d’images, de récits et de projections héritées, où l’histoire et la fiction s’entrelacent.

Miracle Spring, 2024
Le cinéma et la nuit américaine
Chez Laila Hida, l’image n’est jamais un simple document. Elle est à la fois archive et fabrication, trace et fiction. L’exposition met ainsi en tension des représentations héritées du XIXᵉ siècle et des formes contemporaines du regard, où l’exotisme continue d’informer la manière de voir certains territoires. Ce travail ouvre également une lecture critique de la mémoire coloniale et de ses persistances dans les imaginaires visuels. Sans être frontale, cette dimension traverse l’ensemble du projet, en arrière-plan, comme une couche de lecture supplémentaire des paysages exposés.
Le titre de l’exposition emprunte au cinéma un procédé bien connu : la « nuit américaine ». Cette technique consiste à filmer en plein jour tout en transformant l’image pour simuler la nuit. Un artifice ancien, devenu emblématique de la fabrication cinématographique du réel.
Dans le travail de Laila Hida, ce procédé devient une métaphore centrale. Il ne s’agit plus seulement d’un trucage technique, mais d’une manière de penser le monde : ce sont les images qui façonnent l’expérience, et non l’inverse. Le réel apparaît ainsi comme un assemblage de récits visuels préexistants, circulant entre cinéma, tourisme, publicité ou urbanisme. Ces flux d’images produisent des paysages qui semblent évidents, naturels, alors qu’ils sont en réalité construits, recomposés, stabilisés par la répétition et la circulation.
À travers ce travail, Laila Hida propose moins une démonstration qu’un déplacement du regard. L’exposition invite à considérer les images non comme des fenêtres sur le monde, mais comme des systèmes actifs de fabrication du réel. Une proposition à découvrir au Jeu de Paume de Tours du 19 juin au 8 novembre 2026.

Into the maw of the spectacle, 2024

Santa Cruz de Tenerife, 2025

Sange Khara, 2025



