Tel un court-métrage, Louise Verneuil assemble les bandes, tout comme les mots pour nous dévoiler un récit cinématographique intimiste. Entre pudeur et sensualité, “Désert” induit une errance, une sublimation de la solitude relative à une quête de sens. Les premières notes de piano surviennent, une silhouette se meut lentement entre obscurité et luminosité transformant des moments anodins en une intemporalité certaine. Rencontre avec Louise Verneuil, à l’occasion de la sortie de son premier EP éponyme.

Louise Verneuil

Que se passait-il dans ton esprit quand ton premier EP n’était encore qu’une feuille blanche ?

Louise Verneuil : J’avais besoin d’écrire pour extérioriser des choses qui ne sortaient pas dans un premier temps à l’oral. Je suis une personne extravertie, extravagante mais avec des failles, que je devais exprimer. J’ai écrit des poèmes, des choses inavouées voire inachevées qui se sont transformés en morceaux. J’avais besoin d’affirmer ma féminité, de débloquer cette sensualité qui désormais font avancer mes compositions. Je n’arrive pas à écrire sous une forme de pression, c’est avant tout de la spontanéité, une certaine catharsis.

Comment es-tu tombée amoureuse des mélodies et des mots ?

Louise Verneuil: Les mots, ce n’est pas récent étant donné que j’écris des poèmes depuis mon enfance. J’ai toujours admiré cette culture littéraire présente autour des musiques francophones ou même anglophones. J’ai eu une éducation libre, mes parents me laissaient chercher, découvrir ces univers dans les étagères. J’avais des grands compositeurs à portée de main, comme Gainsbourg, Françoise Hardy, Bashung, ou Reggiani. Je me suis sentie apte à écrire ou du moins à vouloir le faire. Concernant la mélodie, mon père était guitariste amateur, tous les repas de famille se terminaient par des tourbillons de sonorités. Quand je suis en train de chanter, je me sens comme connectée à mon entourage, c’est une forme de lien. La raison pour laquelle je perçois l’interprétation comme une mise à nu, est que j’emporte constamment avec moi ces souvenirs.

Portrait de Louise Verneuil

Tes morceaux sont poétiques. D’où te vient cette sensibilité exacerbée ?

Louise Verneuil: Il me semble que je suis une personne hypersensible, depuis toujours. Je suis émue par tout ce qui m’entoure, je me surprends parfois à pleurer pour des raisons inexpliquées. Cette sensibilité m’aide à me sentir vivante. J’ai essayé de la dissimuler, de la contenir pour plusieurs personnes mais je ne me sentais pas épanouie. C’est une partie de ma personnalité que j’assume désormais, elle permet une affirmation de soi mais avant tout un épanouissement personnel. Pour être authentique que ce soit dans mes textes, dans ma musique, cette sensibilité est nécessaire.

Tes sonorités sont douces, tes paroles tranchantes. Considères-tu ton premier EP comme une dualité entre haine et amour ?

Louise Verneuil: La première dualité se retrouve dans la notion de femme-enfant. Devenir une femme tout en conservant ses souvenirs, cette fraîcheur d’esprit. La dualité se trouve également dans le fait d’aimer et de détester. J’ai intitulé mon premier album “Lumière Noire” pour toutes ces confrontations, ces introspections. Trouver de la lumière dans l’obscurité, trouver de l’amour dans la tristesse, trouver de l’espoir dans le désespoir. J’essaie de passer outre ces désillusions pour ne percevoir que le positif. Je touche du bois. Partout.

Louise Verneuil dans son appartement

Quel est le sentiment que tu souhaitais exprimer à travers “Désert” ?

Louise Verneuil: “Désert” est l’histoire d’une personne qui part du jour au lendemain, en te laissant dans une incompréhension profonde. Le côté insaisissable des moments amoureux m’a aidé à composer, ce sont 6 ans de ma vie. Au début, je ressentais une forme de timidité à l’idée d’interpréter ces mots sur scène qui sont très charnels. Je me devais de le faire, nous manquons d’auteures féministes et de sensualité féminine de nos jours.

La dimension cinématographique est présente dans ton univers musical. Construis-tu tes morceaux comme des courts métrages ?

Louise Verneuil : Je compose constamment en imaginant des choses. Quand j’emploie des mots, des couleurs, des odeurs voire même des fleurs traversent mon esprit ce qui met une aura autour de la musique. J’aime amener les textes vers des histoires, vécues ou non vécues d’ailleurs. Quand je suis arrivée en studio, je disais à Samy Osta “je veux que ce soit de la soie, comme des pétales de roses qui tombent” autrement dit étrangement. J’aime que ce soit organique.

capture du clip desert

Comment s’est déroulé le tournage de “Désert” ?

Louise Verneuil : Toutes les séquences sont tournées en analogique, tout est à l’ancienne, nous ne pouvions pas anticiper le rendu. Nous ne savions pas ce qu’il se passait en temps réel derrière l’écran, ou ce que nous allions percevoir autrement dit c’était une prise de risques. “Désert” est un condensé de ma vie au cours de ces derniers mois, tout devait être authentique, dans la musique comme dans les images. Je voulais proposer une forme d’onirisme, un mélange entre le rêve et la réalité. Je n’ai pas écrit de scénario, je pensais avant tout à une ambiance, à un mood. Dans la vidéo, je disparais subitement mais nous ne comprenons toujours pas comment cet effet est survenu. J’adore ces accidents.

Quelle artiste féminine se rapproche le plus de cette intemporalité vers laquelle tu tends ?

Louise Verneuil: Je suis inspirée par plusieurs artistes féminines, comme Nico que je cite constamment. Elle a réalisé un album avec les Velvet, elle a amené un instrument sur scène sorti de nul part qu’elle a conservé tout au long de sa carrière. Patti Smith qui a vécu avec Mapplethorpe, ne se contentait pas d’être une muse, elle prenait des photos, elle écrivait des poèmes, des livres. J’admire ces personnes qui ne restent pas dans une case précise mais qui se nourrissent de tout. C’est une manière de se découvrir, c’est un potentiel que nous pouvons tous avoir et exploiter.

Louise dans son fauteuil

Quel est ton rapport avec la scène ?

Louise Verneuil: J’essaie de l’apprivoiser chaque jour, seule dans un premier temps. Je suis seulement montée 5 fois seule sur scène, je ne pensais pas être capable de présenter ces mots si intimes. Finalement, il faut se lancer tout simplement. Je ne recherche pas la perfection d’une performance ou d’un morceau mais l’imperfection, la sensation et la sensibilité. Je chante mon vécu, mes ressentis et si des personnes parviennent à se connecter avec cela, j’en serais ravie.

Quel est ton prochain challenge musical ?

Louise Verneuil : Je ne compose pas tous les jours, donc ce serait de me remettre à l’écriture. Je rencontre souvent des musiciens qui me disent travailler constamment, je ne fonctionne malheureusement pas de cette manière mais par “épiphanies créatives”. Quand une émotion forte survient, je vais ressentir le besoin de mettre des mots dessus. J’aimerais amener les gens vers d’autres histoires, d’autres thématiques en ne me sentant pas freinée. Des choses me brûlent déjà les doigts !

“Perdue dans un désert de soie, Perdue dans le désert de tes draps”

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