[Interview] Keroué, rap clair-obscur

Image d'avatar de François GrazFrançois Graz - Le 19 octobre 2023

« À des années-lumière de mon niveau de départ, en plus, à la base, j’étais pas vraiment nul » dixit l’une des nombreuses punchlines issues du single KER, première incursion solo pour Keroué. Indissociable de son binôme Vidji avec qui il œuvre depuis plus d’une décennie via Fixpen Sill, c’est désormais cavalier seul que le natif de Quimper poursuit sa trajectoire hip-hop.

interview de Keroué
©Miles Hilderal

Fruit de cette nouvelle démarche artistique, Eckmühl et Candela, EP libérés à moins d’un an d’intervalle, preuve en est de l’hyper productivité du rappeur. Sur les huit pistes qui composent chaque galette, Keroué se livre sur ses doutes, ses peines, ses remises en question (Le vrai, PDM, Rien de Grave) sans toutefois occulter les tracks purement ego trip (Lance Flamme, Pablo, Taxi 2) avec la même technicitéhors pair façon 5 Maj’. Baptême du feu réussi pour ce creuset d’émotions aux allures de diptyque, tant Keroué a su rallier à sa cause communauté fidèle et fanbase naissante. Chauffé à blanc au sein d’une salle helvétique en pleine Ebullition, ce dernier s’est adonné à l’exercice de l’interview. Morceaux choisis.

Beware : Suite à la sortie de tes deux premiers EP solo Eckmühl et Candela, quel bilan fais-tu de cette nouvelle aventure artistique ?

Keroué : « Que du positif hein ! Avec ces projets, j’ai réalisé quelque chose que je souhaitais accomplir depuis longtemps, et ainsi remettre le pied à l’étrier musicalement. J’ai ressenti le besoin de placer mon identité propre sur la carte, reprendre le lead dans quelque chose qui me plait, pour laquelle je m’investis à 100%. Les gens ont l’air de vouloir me suivre dans cette proposition artistique, je n’ai eu que de bons retours et ça me booste à fond ! »

Eckmühl se voulait profondément mélancolique, tandis qu’avec Candela, il y’a cette notion d’espoir, de renaissance, c’est l’aura que tu as voulu donner à l’EP ?

K:« Je dirais que cela a été indépendant de ma volonté, dans le sens où les titres que composent Eckmühl reflètent mon état d’esprit post confinement, du coup je n’ai pas trop calculé leur côté sombre. À force de concevoir des morceaux solo, j’ai gagné en assurance et de ce fait, lors de la création de Candela,j’ai pu diversifier mon champ de possibilités. Ceci dit, il est vrai qu’avec ce second projet, j’ai davantage été chercher la lumière on va dire. »

Justement, la thématique de la lumière constitue le fil rouge du projet, comme en témoigne son intitulé qui désigne l’unité de mesure de l’intensité lumineuse.

K:« Vu que la seconde cover est en noir et blanc, j’ai trouvé ça marrant de proposer un contrepied entre la pochette et son intitulé. J’ai donc commencé à parcourir le champ lexical rattaché à la lumière et j’ai fini par tomber sur le mot candela, terme qui s’est avéré être équivoque. »

Covers similaires et tracklist au cheminement identique : les deux EP semblent former un diptyque. Tu as eu ce concept en tête dès le départ ?

K:« L’idée m’est venue avec le temps. Quand « Eckmühl » est sorti j’étais dans l’optique de d’enchaîner rapidement avec un second EP. J’ai donc repris le même concept de peinture sur fond blanc. Pareil pour la tracklist, les featurings etc…Maintenant quand je vois les deux projets, je suis content car ils s’apparentent à une sorte de package, d’ailleurs j’aimerais bien les condenser en un double vinyle prochainement. J’ai longtemps hésité à poser ma patte graphique, à postériori c’était une assez bonne idée. »

Tu es d’ailleurs à l’origine des covers, c’est une passion que tu as acquise il y’a peu, la peinture ?

K:« J’ai essayé de faire parler mes sens. Mis à part la musique j’affectionne le graphisme, mais je n’ai pas la prétention de dire que j’excelle dans cet art. Je me suis remis au dessin pendant le confinement, et j’ai fini par sélectionner deux pochettes, une colorée et une en noir et blanc du même format. Je me suis fait confiance avec cette idée car au départ je n’étais pas très à l’aise avec ça. J’avais peur de passer pour un parvenu, de ne pas être légitime. Au final ça a super bien marché, les gens ont pu faire leur propre interprétation des covers, que j’ai décliné en merchandising. »

Tout comme avec le précédent EP, tu as convié deux artistes pour Candela, NeS et Limsa. Ce dernier apparait sur Taxi 2, votre véritable premier featuring.

K:« Il faut savoir que quand je suis en studio avec Limsa, le problème c’est qu’on rigole tellement qu’au final nos morceaux ressemblent à des parodies et ne sortent jamais (rires). On a quelques titres de coffrés qui s’apparentent davantage à des chutes de studio où on se met à chanter en pleine session. Donc oui, rapologiquement parlant notre tout premier featuring c’est sur Taxi 2. Avec Limsa on est de la même génération, il vit à Bruxelles maintenant donc on se capte souvent quand j’y vais pour enregistrer. Du fait qu’il ait aussi mis son nom sur la carte en solo ces derniers temps, j’ai trouvé ça logique qu’on croise le fer. Après Caba sur Eckmühl c’était dans la continuité d’avoir Limsa sur Candela. »

La particularité de ce titre réside dans sa double instrumentale, qui a eu cette idée ?

K:« Pour le switch d’instru, JeanJass avait des prods sous la main et voulait absolument en caser une sur le projet. Pendant la phase de conception, il nous a proposé de scinder le titre en deux. Il a eu la bonne idée au bon moment, qui amène un nouveau dynamisme au morceau. Taxi 2 a été la dernière track bouclée de l’EP, si bien que je n’ai quasiment pas eu de recul dessus. J’avais un peu peur d’avoir fait un morceau pour faire un morceau et finalement, c’est celui qui fonctionne le mieux du projet. C’est souvent comme ça, on a la tête dans le guidon et c’est seulement après coup qu’on réalise que c’était une bonne décision. »

Dans le morceau, tu déclares : « J’suis sapé en polo d’une marque ancienne ». J’imagine que c’était une référence à Ralph Lauren ?

K:« Ralph Lo’, c’est Caba qui nous a tous mis dedans ! Le maître polo à la base c’est lui, il était tout le temps sapé avec cette marque, il nous a matrixé avec des pièces vintage etc…Encore aujourd’hui je continue à kiffer, d’ailleurs avant le concert je suis passé chez les gars de Lowkey à Vevey pour choper quelques pièces. »

Sur Lumen, tu cites « Toutes mes jeunes années passées sur du Alchemist ». À quel point le producteur américain a-t-il constitué une source d’inspiration pour toi ?

K:« C’est une line qui englobe la forme de rap que produit The Alchemist depuis quelques années en dehors des standards habituels. Avec le temps il est devenu assez radical dans sa proposition. C’est le pape du sample, du digging et de l’alternatif. Des projets 100% radicaux comme ça où t’essaie d’être le plus fort tout en ayant une approche minimaliste ça me parle et c’est vers ça que je tends dernièrement. Dans les prochains morceaux qui vont suivre il y aura probablement plus de trucs dans ce style-là. »

Tu as récemment participé au Grünt #57 de Wallace Cleaver. Plus d’une décennie après la première session, quels souvenirs en gardes-tu ?

K:« Jean Morel a été super vif dès le départ, il a toujours eu le flair c’est indéniable. Encore maintenant il est très à propos de ce qu’il se fait au niveau de la nouvelle génération. Il a été l’un des premiers à nous envoyer un message au début de Fixpen Sill pour nous inviter chez Nova. Par la suite Jean a réussi à obtenir un partenariat avec la radio pour produire ce projet de freestyle filmé. Sur le moment je ne savais pas à quoi m’attendre car c’était la toute première session. Vidji devait venir à la base mais ne s’est jamais pointé, mon fidèle écuyer Lomepal m’a rejoint ainsi que James Legalize. Quant à Nekfeu, j’ai réussi à le ramener 30 minutes avant le freestyle. À cette époque on gobait les instrus comme des Petits Beurres donc sur 40 minutes de playlist on a eu l’impression que le bail en a duré 10, le tout arrosé de moult Kronenbourg. Je le souligne d’ailleurs dans mon dernier passage en date, « Premier couplet de la première Grünt » c’est assez légendaire même si sur le moment je ne me suis pas rendu compte des proportions qu’allait prendre la vidéo. Le fait de revenir parmi les rookies et d’être toujours dans ce jeu dix ans plus tard c’est gratifiant dans le sens où je ne suis pas considéré comme l’ancien qu’on invite juste pour faire acte de présence. Je suis toujours dans le coup. »

©Miles Hilde
©Miles Hilderal

Également présent autour de la table lors de ce freestyle, Mairo. Qu’est-ce que tu penses de la scène rap helvétique en ce moment ?

K:« Je me suis penché sur Déjeuner en paix, son projet avec JeanJass, et j’ai beaucoup aimé. L’univers de Di-Meh, Makala et plus récemment DeWolph que j’ai découvert lors d’un event commun me parle également. Après honnêtement, en dehors de mes sessions stud’ je n’écoute pas de musique, si ce n’est mes instru quand je traîne dans la rue. » 

Un beau jour de mai 2017, « Le Faire Mieux » de Fixpen Sill paraît, morceau référence en termes de maîtrise technique. Quelle a été la genèse du son ?

K:« J’avais posé deux couplets sur Party Over de Mobb Deep, puis enregistré le bail à l’arrache chez un pote. La maquette est passée entre les mains de Vidji, qui a trop kiffé les lyrics mais a trouvé dommage que ce soit sur une face B, du coup il a retapé une prod avec le sample de l’instru 16 Rimes de La Brigade. Népal quant à lui, nous a dit qu’il fallait absolument clipper ce son. Le soir même, on est allés acheter un câble pour son caméscope et on a fait des images chez moi, le lendemain on a drop ça sur Facebook. Le titre a été tellement bien accueilli qu’on l’a balancé sur YouTube trois jours plus tard. C’est vraiment un truc qu’on a fait la veille pour le lendemain, comme quoi il se passe des bonnes choses dans l’immédiateté. » 

Sans transition, tu fais souvent des shoutouts à la Mont Roucous sur Instagram : pourquoi est-ce la meilleure eau minérale ?

Keroué : « Alors pour ça, je laisse notre expert Andy répondre. »

Lasmoul : « C’est très simple, je me base sur des données scientifiques. Il faut regarder le taux de résidus secs à 180 degrés sur l’étiquette de la bouteille. Quand tu fais bouillir ton eau à 180 degrés, ce qu’il reste comme minéraux, c’est ça qui va donner le goût à la mixture. Avec ses 29 milligrammes par litre, la Mont Roucous est une des eaux minérales les plus pures de France. Du côté belge, je recommande vivement la SPA également. »

Keroué : « À force de mentionner le compte Instagram de la Mont Roucous dans mes stories, ils ont fini par me répondre, c’est une belle satisfaction. »

Keroué, rap clair-obscur
©Miles Hilderal

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François Graz
Article écrit par :
Oiseau de nuit accessoirement journaliste free-lance.

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