Interview: Haribow au Cabaret Vert 1

Interview: Haribow au Cabaret Vert

C’était un samedi après midi je crois, on était au Cabaret Vert. On avait déjà passé beaucoup trop de temps chez nos hôtes Couteaux Suisses, agence de booking qui gérait la programmation, très belle, d’une des scènes. Entre autre ? Salut c’est cool, Hoosky, Kaptain Cadillac, Yann Kesz, Bodybeat, et même Dj Pone, passé en coup de vent.

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On était donc là, enfin j’étais là, car j’avais perdu mon photographe déjà accoudé au bar, en train de discuter avec un enfant de 13 ans assez surprenant car il était.. barman. J’avais rendez-vous pour une interview avec Haribow, artiste qui avait graffé l’imposante fresque du mur de l’espace VIP où nous nous trouvions. Interview à la cool, empreinte de bonhommie et de nostalgie. Comme un bonbon quoi.

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Beware Magazine : Tu peux nous parler de ton parcours, de ce que tu as fait ?

Haribow : En fait, depuis tout petit je dessine, j’ai fait un bac arts appliqués, un BTS en design objets et un master d’arts plastiques option sérigraphie, et j’ai arrêté car la rigidité de la fac me saoulait.

Je suis parti dans le graphisme en autodidacte, j’ai fait beaucoup de graffiti aussi, je vivais du graff pendant un moment, et puis j’ai arrêté car j’en avais marre de cavaler à droite à gauche, j’ai préféré me poser. A l’heure actuelle je fais du graphisme à temps plein avec 2 potes.

 

BM : Tout ça à Paris ?

Ouais, pendant un moment on bougeait partout en France pour faire du graffiti, pour des décos, des évents etc… , ça pouvait aller de l’ouverture d’un magasin, à tout un été pour une marque de boisson, ça prend du temps, donc à un moment j’ai voulu me poser tranquillement. Je vieilli !

 

BM : J’ai vu que tu faisais parti de collectif, Redwolves et 132, tu peux nous en parler ?

Avec mes potes ( qui sont les gens avec qui je taffe ) on a décidé de faire Redwolves, le webmaster touche à beaucoup de trucs, et du coup il voulait faire un collectif avec plein d’artistes de notre entourage et donc faire un site dédié à ça. Mais comme on a beaucoup de boulot on l’a mit en suspens, mais j’espère qu’on va s’y recoller !

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BM : C’est donc plus un délire de potes ? Car tu travailles avec tes potes au final ?

Oui, coup de bol il y avait une place à prendre en graphisme la ou ils travaillaient, ils m’ont proposé et j’ai dit oui. Il y a le boulot d’un côté, Redwolves etc… c’est vraiment autre chose, c’est un truc pour nous, on a fait ça pour essayer d’avoir une espèce de communauté d’artistes et faire grossir la chose ,mais ça demande beaucoup trop de temps donc on a laissé ça en suspend pour le moment ( le site est fermé volontairement ). Au début la communauté ne s’étendait qu’aux gens qu’on connaissait, puis beaucoup de personnes nous ont contacté, ça a commencé à prendre mais par manque de temps on a du freiner le truc car en parallèle on a DRSLASH ( drslash.com ) qui est le site ou l’on propose nos services : graphisme, web design, dev etc…

 

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BM : Bon, et pourquoi Haribow ?

C’est la question qu’on me pose souvent, je fais du graffiti, et il faut qu’un graffeur ai un nom facilement mémorisable, et donc tu cherches un truc « tape à l’œil », alors je me suis dit Haribow c’est cool (ca se retient bien et les lettres sont cools). Ce n’est pas forcément mon nom de graffeur actuel mais c’est resté ( certaines personnes ne connaissent pas mon prénom mais haribo oui ). J’ai aussi RMAX comme blaz, idem, facilement mémorisable.

 

BM : Est-ce que tu as un support favori ?

Non, je fais un peu de tout. J’ai commencé en 96 et pendant longtemps j’ai essayé de faire beaucoup de graffiti, en fait le graffiti m’a apporté dans ce que je faisais professionnellement et inversement.C’est quelque chose qui me fait évoluer dans les deux sens. Pour le graffiti je vais me servir de ce que je fais en illustration par exemple, retranscrire sur les murs mes dessins ou illus. Et inversement, le graffiti va me donner une espèce de patte graphique propre à ce que je fais. Donc ça se mélange.

En ce moment je fais beaucoup d’illustrations sur ordinateur, je fais aussi des toiles, des dessins a la main, de la sérigraphie sur verre et sur plaque de métal.… j’essaie de faire un peu de tout et sur des support différents. Mais j’ai un gros souci de temps, j’ai vraiment envie de retranscrire artistiquement mes illustrations sur un support physique par le biais de la sérigraphie. Je préfère m’investir plus dans ça que m’éparpiller à faire un peu de tout et un peu de rien et ce n’est pas facile … (rires) …

 

BM : Tu parlais d’Internet. Qu’est-ce qui a changé du moment ou t’as commencé en 96, sur les murs, à maintenant où tu bosses beaucoup sur ordinateur ? Qu’est-ce qui a changé dans ta manière de bosser ?

Déjà quand tu es jeune, tu as la niak. Donc te lever le dimanche à 8h du matin pour peindre sur les murs, tu le fais. Quand t’as 34 ans tu le fais plus.

C’est un mélange de ma passion et de mon taff, en ce moment je suis plus à l’aise à faire des illustrations. Le graffiti a été mon métier pendant un temps du coup ça m’a un peu stopper au niveau de la prod, on peind toute la semaine donc le weekend t’as pas forcément envie de peindre, maintenant le fait d’avoir un travail qui n’est pas forcément « graffiti » me fait re apprécier les sortis peintures, la preuve je suis venu là pour le faire (Cabaret Vert ndlr),et passer du bon temps.

Avant tu avais la niak d’aller à droite à gauche car le seul moyen d’être vu c’était que les gens voient ton taff physiquement, passent devant dans la rue et si tu voulais voir de la prof il fallait te déplacer. Maintenant avec Internet tu mets ça sur les réseaux sociaux et c’est plus du tout la même façon d’apprécier ce qu’on fait.C’est dommage d’ailleurs, maintenant quand les jeunes n’ont pas d’idées, il vont cliquer sur Internet et dire ça, ça, ça, c’est bien en un clik. Ça leur permet d’évoluer plus vite, ce qui est positif mais je ne sais pas si c’est la meilleure façon d’apprendre. Je regrette un peu la période sans. Avant tu te cassais le cul, avec tes potes, il y avait des espèces de réunions le soir, à faire des esquisses, et chaque villes ou meme crew avait son style .C’etait différent, maintenant il y a plus un effet style untel ou untel, si le style d’un graffeur est apprécié il va être beaucoup plus rapidement est source d’inspiration et donc de « copie ».

 

BM : Tu perds aussi en originalité je suppose ? Ton regard est influencé par tellement d’éléments visuels issus d’Internet.

Ce qui est pas mal c’est que ça a fait évoluer le graffiti, internet est une mine d’or,j e ne sais pas si c’est bien ou pas bien, les puristes n’aiment pas… Mais je trouve cool que les mecs sortent du lot en enfreignant les « règles ». Maintenant on te fait de l’illustration sur murs, des toiles sur murs, c’est même plus les codes du graffiti comme on dit: lettres, persos, machin… Ce sont des choses beaucoup plus graphiques, ce côté là est plutôt intéressant. Je ne sais pas s’il y a 10 ans ou 15 ans cela aurait été possible d’avoir autant de dérivés. C’est une évolution, meme si il y a 15 un petit nombre en faisait déjà. Je pense d’ailleurs qu’il y a une section graffiti qui est beaucoup plus comparable à du graphisme sur mur qu’à du graffiti pur.

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BM : Ton père était artiste aussi ?

Ouais, c’est un peu compliqué, j’ai plus vraiment de contact avec mon père mais depuis que je suis tout petit je baigne dans le milieu de l’art grâce à lui.

 

BM : Il faisait quoi ? (son père ndlr)

Il était publicitaire: il faisait les maquettes de magazines. Je me souviens qu’à l’époque je trainais dans les bureaux, tu sais le petit con qui va prendre des choses et ne pas les remettre au bon endroit, ou utiliser les colles en bombes et en foutre partout, ça a l’époque il y avait beaucoup de colles en bombe pour les maquettes, texte, photos etc , il y n’y avait pas Photoshop et tous ces logiciels de mise en page, c’était a la main. il faisait aussi de la photo, des toiles abstraites, des saturations de choses, inconsciemment ça se retrouve dans ce que je fais, en fait.

 

BM : Tu as d’autres influences ?

J’aime bien les BDs du style MARVEL, DC, Transformers etc… . Après rien à voir, mais comme artistes je vais kiffer le travail de Soulages, ou comment faire de la couleur avec du noir ! Warhol (pour le coté répétition / sérigraphie), George Rousse pour le coté anamorphose , ça m’a toujours fait halluciner la précision de « comment occuper un espace au maximum « , pas mal de typographes pas forcements connus (mais que l’on peut trouver sur internet justement) . En fait il y a plein de trucs, je n’ai juste plus de mémoire a l’heure qu’il est (rires).

J’aime le graffiti et suis forcement influencé par ça aussi, mais j’essaie de regarder ce qu’il se fait un peu partout et j’essaie de trouver mon truc à moi. Même si je sépare vachement ce que je fais sur toile, sur mur,en illustration ou en graphisme. C’est pour ça que j’ai différents noms, je signe chaque façon de travailler avec un nom différent. Mais au final tout est lié.

 

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BM : Tu bosses souvent pour des marques ?

J’ai fait pas mal d’événements décos/ customs pour différentes marques et je suis assez proche des gens qui taffent chez WAF ( Shoes Up, Fricote, L’Imprimerie ), du coup on est amené à travailler ensemble assez régulièrement.

 

BM : Ah ouais, tu as fait la couverture non ?

Ouais, putain ça c’était vraiment cool en plus ! En fait, ce que les gens ne savent pas forcément c’est que la couverture, en vrai, fait 3m de haut. C’était immense ! On avait trouvé un mur dans les bureaux pour faire le texte, c’était FAT.

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BM : Dans les bureaux ?

En fait, à la base, je devais faire un décor pour un shooting photo, donc on fait le décor dans les bureaux : citations d’artistes, coulures au barane etc… Et ça a bien plus à l’équipe, ils se sont dit, « pourquoi pas en couverture ». Du coup, j’ai fait une seconde session pour faire la couv’. J’ai vraiment kiffé. Très bon délire, on se connait assez bien, et pour d’autres choses si ils estiment que mon travail correspond à la demande ils m’appellent.

 

BM : Ça fait longtemps que tu fais le Cabaret Vert ?

Trois ans, je suis venu avec Couteaux Suisses qui ont un espèce de carré VIP et tous les ans je fais la décoration car ce sont mes potes, et du coup je reste pour le festival. j’en profite aussi pour aller derrière  faire un graff (rires )(derrière l’espace presse où se trouve un bâtiment en ruine ndlr).

 

BM : Du coup, t’as des trucs qui t’intéressent dans la programmation ?

Ouais, il y a mon pote Guestarach qui va jouer et c’est de loin le meilleur l’année prochaine il sera sur la grande scène ! (rires). Capitaine Kadillac qui est un pote à nous. Les têtes d’affiches, Casseurs Flowters, School Boy Q, Prodigy ça va être cool. de toute façon on va aller voir les mêmes (rires).

 

BM : Revenons une dernière fois au graffiti, tu es sensible au mouvement récent dans ce domaine, le graffuturism par exemple ?

Ca dépend, pendant longtemps j’avais une esquisse, mon modèle que je dessinais la veille, je restais cantonné à ce que je faisais, mais tu te rends compte que le graffiti c’est un échange tout va dépendre de : avec qui tu peins,son style, le lieu,  les couleurs que vous avez en commun, tu essaie de t’adapter un maximum tout en gardant ton style, du coup ça m’a poussé à faire des choses que je n’aurait peut-être jamais faites, réfléchir à différents styles et m’ouvrir, je n’ai pas vraiment de code, de ligne directrice ou de fil rouge, mais j’essaie de garder ma « patte «  et tu ne vas pas changer de style a chaque fois que tu peins, y’ a forcement des trix qui reviennent dans tes peintures d’ailler en ce moment je me demande si je ne vais pas faire plus d’illustration sur mur que des lettrages

(suite de la réponse après ces images de Kenor, Nelio et Sat One)

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Artistes:  Kenor, Nelio
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Artistes:  Sat One

(suite de la réponse)

Il y a des gars qui font des trucs incroyables et ce n’est pas du tout dans les codes du graffiti je ne sais pas d’ailler si, on peut appeler ca grafuturisme. Ces gens qui font des espèces de montage avec les matériaux, des illustrations énormes, de 40m de haut sur des façades, au rouleau, à la bombe et au pinceau. C’est du graffiti même si tu te dis que c’est une illustration sur mur ou autre. Je pars du principe qu’à partir du moment ou t’as un stylo, tu fais un tag sur un mur, qu’il soit bien ou pas bien, pour moi c’est un tag et le graffuturisme je ne sais pas si c’est le futur, je pense que c’est une branche en plus dans le graffiti,tu ne peux pas retirer les « codes » de bases, l’estetique de la lettre, les mecs vont pousser au max la restructuration de la lettre au point ou ça devient graphique, ce n’est plus du graffiti « académique » mais je trouve ça intéressant . Apres il y a des mecs qui faisaient ça y a déjà 10ans ce n’est pas nouveau mais ça a pris plus d’importance.

Au final je n’ai jamais voulu mettre les choses dans des cases du coup je ne sais pas vraiment si je peux répondre a ta question, je reste sensible à la démarche artistique plus qu’à la case dans laquelle on va mettre tel ou tel style.

pour couteaux suisses si tu regarde bien je suis resté sur une base simple tout en essayant de donner un coté moderne au truc peut-être un pas dans le graffuturime ( rires )

 

… et puis, bon, j’ai la chance d’avoir un gros gros mur chez moi où je peux peindre quand je veux.

 

 

Merci à Haribow, Mathieu, Eric et Antoine.

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