Gilbert1 : Graffuturism

Gilbert1 3Gilbert1 est un artiste pluridisciplinaire originaire de Nancy maniant aussi bien la peinture, la bombe aérosol que la sculpture. Cet artiste fait parti de la vague international Graffuturism, un mouvement artistique créé par l’artiste américain Poesia en 2010, le site éponyme (graffuturism.com) avait pour objectif à l’origine de mettre en avant des artistes partageant la même vision du graffiti, que ce soit dans la pratique que dans son évolution. Les notions de vitesse, de ligne, d’abstraction, de point de fuite et de géométrie en sont les axes principaux, bien que la figuration y ait également sa place.

J’ai eu l’occasion de l’interviewer pendant l’exposition Graffuturism-Paris qui a actuellement lieu à la galerie Openspace.

BM : Gilbert1, peux tu te présenter en quelques mots ?

G1 :  Je m’appelle Gilbert1, Gilbert Un, Gilberto Uno, on peut le dire comme on veut mais initialement c’est Gilbert1. J’ai commencé le Graffiti assez tard en 2000, c’était la musique qui m’intéressait au départ. Je ne dessinais pas plus que ça, j’étais plutôt attiré par la peinture puis j’ai rencontré un groupe d’amis qui venait de créer un collectif et comme à ce moment là je faisais de la photo, ils m’ont demandé de prendre des clichés de ce qu’ils avaient réalisés.

BM : Comment s’est fait ton entrée dans la peinture ?

G1 : De fil en aiguille, en fréquentant en permanence le milieu, j’ai pris goût à la peinture et j’ai fini par en faire. Ma période graffiti a durée environ 3 ans, j’étais assez actif, il m’arrivait souvent d’aller peindre seul et puis par la suite j’ai stoppé tout ça car le collectif n’était plus ce qu’il me correspondait. J’avais besoin de faire des recherches en atelier pendant un petit moment et c’est là qu’est apparu mon pseudonyme Gilbert1. Rapidement j’ai trouvé des choses qui me plaisaient malgré le peu de références artistiques que j’avais à ce moment là, c’était bien dans le fond car j’ai commencé d’une certaine façon avec une vision neutre.

BM : Quelle a été la suite et l’évolution dans ta démarche ?

G1 : Peu de temps après, j’ai eu une proposition pour exposer dans un restaurant de Nancy. J’y ai fait une série d’œuvres en papier et à la peinture aérosol où  j’ai eu des retours positifs ce qui m’a vraiment donné envie de continuer, un véritable déclic. Beaucoup d’amis qui ne connaissaient pas mon travail en peinture étaient agréablement surpris au point pour certains de vouloir m’acheter des réalisations, c’est alors que j’ai compris qu’il y avait un public sensible à mes œuvres. Autant avec ma période graffiti où j’étais plutôt caché car les personnes m’entourant n’allaient pas comprendre ma démarche alors qu’avec cette expérience d’exposition, tu t’ouvres à un public en offrant une œuvre et tu as un retour direct, une forme d’énergie positive.

Par la suite, j’ai refais quelques expos dans Nancy et je me suis dit qu’il fallait que j’aille voir ce qu’il se passait à Paris pour me développer, me confronter aux autres artistes et évaluer mon niveau. C’est à ce moment là que j’ai commencé à rencontrer des galeries et j’ai travaillé avec l’une d’elles pendant 1 an et demi.

En parallèle de mon travail en galerie, j’ai débuté les collages dans les rues de la capitale et je me suis beaucoup exercé sur ma signature via le tag ce qui m’a replongé dans le Graffiti.

BM : Quelles-ont été pour toi tes sources inspirations ?

G1 : Tout d’abord, ça été le Graffiti même si ce n’est pas les lettrages dans la rue qui m’inspirent le plus mais si à la base il n’y avait pas eu ça, je n’en serait pas là aujourd’hui, c’est ce qui m’a donné le goût de tout. Après pour mes références en terme d’artistes dans mes débuts, je peux te nommer Antoni Tàpies, Joan Miro, George Mathieu ainsi que Jackson Pollock. Tout ça, c’est un mélange d’art brute et d’expressionnisme abstrait. Maintenant, c’est plus des artistes contemporains et Graffiti.

Mais au final, si je devais en citer un en particulier ça serait George Mathieu qui m’a beaucoup inspiré et touché avec son travail dégageant une énergie folle, abstraite, assez proche de l’écriture avec une vraie gestuelle.

 BM : Tes œuvres sont très abstraites mais y a t-il tout de même un sens, une direction dans ton travail ?

G1 : Tout d’abord, il est directement lié à ma vie personnelle, à la société dans laquelle on vit.

La notion de mouvement, dynamisme, vitesse et corps en déplacement sont très présents ainsi que la décadence de la société et le besoin de s’en extraire car c’est un monde oppressant qui se délit, c’est des notions que l’on retrouve au final dans le Graffiti.

En principe, j’essai de ne jamais faire deux fois le même moule, je veux que mon travail évolue au travers des médiums, des techniques et au niveau graphique. Ce que je souhaite, c’est explorer un maximum de piste et surtout ne pas faire deux fois la même chose. Je suis en quête perpétuelle de nouveautés, à tel point que j’ai même fait un film en stop motion, c’est venu comme ça, j’en avais besoin alors que je ne savais pas du tout monter.

C’est un besoin profond pour moi de me renouveler car j’aime prendre le risque de me confronter à quelque chose de nouveau en faisant attention de ne pas tomber.

BM : Comment composes tu tes réalisations, j’ai cru comprendre que tu faisais de la récupération ? 

G1 : En effet, je fais de la récup’ mais de manière générale, j’utilise tout ce qui me passe sous la main. Les outils viennent avec les idées, c’est spontané, avec très peu de choses, je peux inscrire mon nom ou réaliser une installation. Même si évidement quand j’ai de grosses réalisations, je prévois un minimum à l’avance (rire) mais tout en conservant ce coté spontané.

BM : Pour la réalisation de tes peintures ou installations, comment choisis tu tes lieux d’action ? 

G1 : En ce qui concerne la typographie, c’était essentiellement dans la rue mais aussi de l’autoroute et des voies ferrées, à la manière des graffeurs, avec pour ambition d’être le plus stratégique possible avec un positionnement permettant de la longévité pour l’œuvre. Puis naturellement, je me suis tourné vers un lieu désaffecté dans Nancy que j’ai déniché en me baladant près de chez moi. J’y ai passé 4 ans de ma vie, peut être même trop tout simplement car c’est épuisant physiquement et mentalement quand tu travailles avec peu de moyen. Je ne sais pas si je serais prêt à le refaire…

BM: Quels-ont été les meilleurs et les pires moment pour toi depuis que tu peins ?

C’est les moments de satisfaction, quand tu retournes sur ton mur le lendemain et que tu le découvres en plein jour, c’est assez jouissif. C’est la réalisation d’une œuvres et quand tu as la réaction d’un public favorable, c’est vraiment super de pouvoir toucher les gens.

Pour les pires moments, c’est des projets sans fin, sans moyen, une vie personnelle et familiale très difficiles à mener. On a envie de croire en ce que l’on fait et en même temps on peut se démotiver car les moyens ne sont pas là et c’est encore pire quand tu es seul sur ton projet c’est dur de te tenir le cap.

BM : Te préoccupes-tu de ce qui se fait dans le milieu ?

G1 : Oui, évidement, pas spécialement le Graffiti même si depuis que je suis rentré dans la famille Graffuturism, j’ai eu l’occasion de découvrir de nouveaux artistes mais aussi dans le Street Art en général, qui s’est vraiment mis en route, ça a pris une telle ampleur comme avec des artistes comme Banksy qui est très influant. C’est avec grand plaisir que je suis tout ça.

 BM : Peux-tu me parler de ton actualité, tu participes à une exposition en ce moment, non ? (rire)

(Rire) Oui, déjà il y avait eu l’exposition Graffuturism à Los Angeles, j’ai aussi été présent sur le salon Art-Paris 2013 où j’ai sérigraphié des vestes pour le service de conciergerie, aux Bains Douches où j’ai réalisé une installation. Bien entendu, il y a Graffuturism-Paris qui a lieu en ce moment puis j’enchaîne ensuite avec La Foire de Paris et je termine avec une exposition collective à la galerie Bailly. Je n’ai pas le temps de m’ennuyer en ce moment, j’espère que ça va continuer!

BM : T’as quoi dans les oreilles en ce moment ? 

G1 : J’écoute beaucoup de choses mais pour le coup si je devais écouter un groupe, ça serait Radiohead car il définit bien mon travail, à chaque fois c’est un autre niveau, les gens doivent s’adapter à leurs albums. Tu n’arrives pas sur un terrain conquis et c’est vraiment magique.

BM : Des dédicaces ?

G1 : Ma femme et mes enfants en premier, ma famille, aux gens qui me soutiennent et les artistes que j’ai croisé et avec qui j’ai pu partager pas mal de choses comme Iemza, Lek, Kenor dernièrement et pleins d’autres.

Merci Gilbert1 pour cet interview.

L’exposition collective de Graffuturism-Paris avec notamment Gilbert1, se termine le 20 mai 2013 à la Galerie Openspace, 56, rue Alexandre Dumas, Paris, FR.

A suivre prochainement, l’interview de l’artiste Tanc, toujours dans le cadre de l’exposition Graffuturism-Paris.

 

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