Monsieur Qui 4

Monsieur Qui alias Eric Lacan est un artiste originaire de Béziers, aujourd’hui résident à Paris, qui s’est principalement fait connaître grâce à ses œuvres collées dans les rues de Marseille, Londres et Paris. J’ai eu l’occasion de l’interviewer durant son exposition Seventeen Second à la galerie Openspace.

BM : Eric, peux-tu te présenter?

E.L : Alors, dans le civil, je me nomme Eric Lacan mais depuis que je suis passé dans la sphère du travail d’atelier et de galerie, je suis plus reconnu sous le pseudonyme Monsieur Qui. Mon travail consiste essentiellement à faire du collage dans les rues et techniquement, j’utilise des méthodes tirées du graffiti pour produire mes créations. J’ai commencé par le graffiti vandal en 1990 sous le pseudo Ruze avec mon groupe PG dans les environs de Béziers. Puis jusqu’en 2003, J’ai rejoint les 132 à Marseille. C’était une période très amusante pour moi.

BM: Comment s’est fait la transition Graffiti/Street Art?

E.L : Il n’y a pas vraiment eu de transition. J’ai arrêté le graffiti pour diverses raisons personnelles et aussi car au fil du temps, ça m’amusait moins. Vers la fin, mes graffitis étaient devenus bizarres, je faisais uniquement des tracés directs et poursuivais avec de la peinture. Pour conclure, les codes du graffiti ne m’intéressaient plus. Après mon retrait du graffiti en 2003 jusqu’en 2005, un bon ami qui faisait des aller-retours Marseille-New York me ramenait des images qui à l’époque étaient du street art -mais pas encore appelés en tant que tel-, ça m’a tout de suite plu: intervenir dans la rue, transformer un lieu, générer une image avec un impact important sans les outils classiques du graffiti. Ma culture skate et punk m’a tout de suite permis d’être sensible aux travaux de Judith Supine, Bast qui dans ces années étaient très peu médiatisés.

BM : Par quoi as-tu commencé ?

E.L : En fait, depuis toujours j’ai dessiné, un peu tout et n’importe quoi. Mais un beau jour, j’ai décidé de m’y investir  sérieusement, en apprenant à maitriser la perspective et les proportions. J’ai eu un gros coup de cœur pour les illustrations d’après guerre comme celles de Bob Peak ou d’Antonio Lopez, une sensibilité qu’on peut apercevoir dans beaucoup de mes collages avec presque un petit coté calligraphique, une manière de faire les contours presque comparable à celle des comics.

BM : Quand as tu commencé tes premiers collages ?

E.L : J’ai à vrai dire fait un premier livre avec un éditeur américain qui m’a pris énormément de temps.  C’est un ami qui m’avait accompagné à l’époque car je bossais dans l’éditorialisme. J’ai donc commencé à réaliser mes toutes premières créations en 2004, des collages qui me prenaient 4 heures mais dont la plupart finissait à la poubelle car ils ne me satisfaisaient pas spécialement, pour enfin n’obtenir quelque chose de concret qu’en 2006.

BM : Comment procèdes-tu pour réaliser tes œuvres? 

E.L :  Cela dépend de la taille de mes réalisations. Quand c’est vraiment gros, il m’arrive parfois d’utiliser du print complété d’acrylique -comme pour ma vidéo avec mon 4×3- car je n’ai pas l’atelier pour pouvoir  travailler ce type de format. Sinon habituellement, j’utilise un rétroprojecteur ou travaille avec la technique du damier.

BM : Comment choisis-tu le lieu de collage ?

E.L : A mon arrivée à Paris, je me foutais de l’endroit. Il me fallait juste trouver un mur et le charger de visuels de la même manière que pour les tags. Je collais généralement dans l’hyper centre entre Opéra/Louvre/Beaubour/Le Marais/Bastille. J’en collais des vingtaines dans la journée, ça peut paraitre dingue mais peu de temps plus tard, ils finissaient toujours nettoyés… En revanche, quand j’ai rencontré Mezzo Forte, on a commencé à choisir des lieux plus excentrés comme les quartiers du 20ème ou 11ème pour que ça dure plus longtemps et aussi pour avoir un bon rendu photogénique. Nous étions à la recherche de murs vieillis, d’éléments en métal comme pour mettre en scène les œuvres car au début je ne prenais pas de photos et puis j’ai réalisé que, quittes à se faire nettoyer autant conserver un beau cliché.

BM : Comment définirais-tu ton travail ?

E.L : Le mieux selon moi, c’est de ne pas de le définir justement. De la sorte, ça m’évite de poser des barrières et de continuer sur une lancée dirigée vers l’évolution. Pour le moment en tous cas, je me concentre sur le noir et blanc et les gros contours car c’est les plus adaptés en milieu urbain. Même la photo, je l’adore en noir et blanc car je définis ce choix comme absolu et universel. C’est immédiat, expressif et percutant. Pourtant, j’apprécie beaucoup  la couleur chez les autres mais curieusement, pas chez moi… Du moins, pas encore.

BM : Peux-tu me parler des œuvres de ton expo ?

E.L :  En fait,  une fois encore, j’expérimentais car c’est la première fois que je travaillais sur de la toile. J’ai mis un an pour constituer celles-ci: 6 mois avec mon poste d’illustrateur et 6 mois en congé sabbatique pour m’y consacrer à plein temps. Je travaillais dans mon appartement avec près de moi, mon chat et de la musique. Mon rythme, c’était du 10h par jour (week end inclus). C’était passionnant et tous les jours, je réglais mon réveil plus tôt… J’avais déjà fait du papier découpé, des affiches dans la rue mais je n’avais jamais réalisé de boulot pérenne, qui tient longtemps.

BM : Quelles sont tes passions, hobbies à côté de ça ?

E.L : Le vélo! (rire) En fait, quand j’ai débarqué à Paris, j’ai vraiment commencé à coller comme un cochon dans la rue. Vu que j’étais au chômage, c’est à ce moment-là que j’ai décidé de me procurer un vélo. C’était directement lié au collage vu qu’à l’époque où j’exerçais beaucoup avec Mezzo Forte, on roulait en permanence en 2 roues pour repérer de bons spots.

BM : Si tu devais me parler de ton meilleur et pire moment depuis que tu es actif dans la rue ?

E.L : Pour les meilleurs moments, c’était quand on passait des heures entières à vélo avec Mezzo Forte pour coller 3 trucs, on faisait des rencontres avec des mecs bourrés à 3h du matin, dans l’ensemble, c’était des moments vraiment marrants. Pour les mauvais, forcément les courses poursuites au plein milieu de l’autoroute ou à côté de trains roulant à pleine vitesse.

BM : BewareMag, c’est aussi de la musique. Quelle est ta playlist du moment ?

E.L : Ça va de Joy Division en passant par MF Doom, les Shériff (un groupe de punk de Montpellier), OTH, Boyz Noise et je suis plus généralement fan de drum n’ bass car sur Marseille, je traînais pas mal dans ce genre de soirées voir même reggae/ragga.

BM : Des dédicaces ?

E.L : Mon chat Honet et mon chien Horphe (comme les graffeurs), je ne sais pas si c’est bien de le dire car ils risquent de se vexer (rire). Nico et Samantha de la galerie Openspace qui m’ont donné ma chance et mon pote bijoutier qui m’a ramené les images.

BM : Le mot de la fin?

E.L : Pourvu que ça dure.

Merci Eric pour cette interview.

http://www.monsieurqui.com/

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SEVENTEEN SECONDS from Openspace-Paris on Vimeo.