George Condo

D’Andy Warhol à Kanye West, retour sur le parcours de George Condo

Rarement un peintre de l’ère moderne aura tant fait l’unanimité, et ce, pendant si longtemps. Du New York des années 80 aux années 2010, George Condo continue d’impressionner son monde avec son style si particulier. Son Art est le cocktail parfait entre des inspirations classiques et un état-d’esprit qui le pousse à ne jamais rejeter les nouvelles générations. Un succès d’estime et critique qui ne l’empêche pas de garder le cap sur sa vision du monde qui l’entoure. Chez Condo, l’Humain contient en lui une irrémédiable fracture, entre sourire de façade et lutte existentielle. Un paradoxe que l’on retrouve dans ses œuvres, où les personnages oscillent entre le grotesque et le funeste, entre la déformation du cubisme et l’extravagance du Pop art.

Fasciné par le travail de grands maîtres tels que Picasso, Goya, Vélasquez ou Manet, le peintre américain utilise avec justesse toutes ces influences et les réinterprète dans son univers. Ses portraits (qu’ils soient inspirés de personnalités ou non) sont toujours mis en scène de façon à fasciner le spectateur, tout en créant chez lui l’impression d’être le témoin d’une scène horrifique et malsaine. Les poses y sont osées et équivoques. Les références, elles, n’hésitent pas à être ambiguës en allant piocher dans une imagerie religieuse ou très ancrée socialement. Plus qu’un simple historien de l’art, George Condo tord les règles et brise la bienséance, pour nous dévoiler notre vrai visage.

Portrait réalisé par le peintre américain George Condo

Un artiste profondément ancré dans le culture new-yorkaise

Étant né en 1957, George Condo terminera ses études d’histoire de l’art et de théorie musicale à la même période où une génération d’artistes vont dynamiter le milieu pour le marquer à tout jamais. Condo va, en effet, vite se lier d’amitié avec le peintre et graffeur new-yorkais Jean-Michel Basquiat. Une amitié dont il garde, encore aujourd’hui, de nombreux souvenirs et anecdotes : “J’adore Les Oiseaux d’[Alfred] Hitchcock. C’était aussi le film préféré de Jean-Michel Basquiat. Je me souviens lui avoir demandé, “Quel est ton passage préféré ?” Et il m’a décrit le moment où le type va à la station service, et tout le monde à la fenêtre fait “Non ! Non ! Non !” racontait-il lors d’une interview. Cette rencontre va, aussi, lui permettre de se retrouver sous les feux de la rampe en lui donnant l’opportunité de rapidement fréquenter (et d’y travailler) la célèbre Factory du non moins célèbre Andy Warhol (qui dans les années 80, est l’un des artistes les plus influents au Monde). Véritable incubation de génies artistiques et d’esprits créatifs (de Keith Haring à Madonna, en passant par Salvador Dali, Alejandro Jodorowsky ou Grace Jones), ces rassemblements vont représenter, pour le jeune George Condo, une opportunité en or, lui qui va pouvoir s’imprégner de cet afflux unique d’influences venant de tous bords.

“Ce qui me fascinait, c’était la façon dont il simplifiait la culture. Cela résonnait avec les gens, que ce soit de manière controversée ou positive. Ce qui est génial avec Andy, c’est qu’il était à la fois controversé et positif. Même s’il parlait des émeutes raciales en Alabama, il faisait quelque chose de positif en faisant prendre conscience de quelque chose d’aussi horrible. Et il l’anesthésiait de telle manière que c’était unique, nouveau et intéressant…”

George Condo, à propos d’Andy Warhol.

Il expose ses premières œuvres à New York dès 1981, avant de connaître deux ans plus tard sa première exposition personnelle. Dès lors, son style, qui représente un mix parfait de caricature, du cubisme et d’une imagerie très cartoonesque, lui permet de connaître un succès grandissant. Très vite, le peintre se retrouve sur le devant de la scène et voit ses œuvres être exposées dans les plus grands musées new yorkais (MoMa, Musée Guggenheim, Whitney Museum of American Art) et être sollicité par les galeristes les plus renommés. Il se révèle aussi comme étant un homme engagé dans la lutte pour les droits des peuples indigènes. Ainsi, en plus d’être membre de l’American Indian Movement, il participe à la fondation de l’Internationnal Indian Treaty Council, dont il devient le directeur, et qui a pour objectif de mettre en place la déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples indigènes.

Après de longues années fastes et riches pour lui, Condo décide que la prochaine étape de sa carrière passera par l’Europe. Il s’installe donc, en France puis en Angleterre. Cette escapade européenne représente pour le peintre un nouveau départ, artistiquement parlant. Il va, ainsi, en profiter pour remettre en cause ses certitudes et pour expérimenter. En ressortira un style déstructuré, fragmenté et chaotique, qui va imprégné la suite de son Art. Il devra néanmoins quitter le Royaume-Uni dans la seconde moitié des années 2000 après que sa The Queen series, et notamment, la toile Dreams and Nightmares of the Queen” scandalise l’opinion publique. Ce portrait de la reine Elisabeth avec un visage retravaillé à travers les codes des personnages de dessins animés va, en effet, être exposé à la Wrong Gallery du Tate Modern, l’un des musées les plus respecté de Grande-Bretagne.

Photo portrait de respectivement de gauche à droite : Keith Haring, Andy Warhol et Jean-Michel Basquiat.
Respectivement de gauche à droite : Keith Haring, Andy Warhol et Jean-Michel Basquiat.
Tableau intitulé "Dreams and Nightmares of the Queen" et réalisé par George Condo.
Dreams and Nightmares of the Queen”

My Beautiful Dark Twisted Fantasy, l’apothéose du style Condo

Après son escapade européenne, Condo est de retour dans la ville qui l’a fait connaître et dans laquelle il restera vivre jusqu’à récemment : New York. Il y peint, notamment, le dernier portrait du poète américain (qui fut l’un des fondateurs de la Beat Generation, du mouvement hippie et de la contre-culture américaine) Allen Ginsberg, à l’hôpital, juste avant sa mort. Mais c’est aussi à cette période que George Condo va collaborer avec les artistes les plus en vogue de l’époque. Une rencontre, en particulier, va propulser George Condo dans le panthéon de la pop culture : Kanye West. Nous sommes à la fin des années 2000 et Kanye West est en train de confectionner ce qui deviendra l’album le plus abouti et le plus influent des années 2010 : My Beautiful Dark Twisted Fantasy.

affiche réalisé dans le cadre de la fin des années 2010 par le média Complex

Cet album aura réussi à créer une osmose parfaite entre d’innombrables collaborateurs : Jay Z, Bon Iver, Elton John, Rihanna, Kid Cudi, Mike Dean, etc… Mais aussi, George Condo. En effet, Kanye West fait appel à lui pour imaginer l’aspect visuel du projet. Ainsi, durant un seul été, Kanye et George Condo se rencontreront entre “huit et dix fois” dans l’atelier du peintre. En ressortira 5 visuels qui symbolisent parfaitement l’ADN du projet. Une scène shakespearienne avec une tête tranchée pour représenter la musique de West avec ses “couches de styles différents qui se produisent simultanément”, une ballerine qui porte un toast, une référence au titre Runaway et à son “let’s have a toast for the scumbas”, ou encore, la cover de l’album qui voit un Sphinx nu chevaucher Kanye. Toutes ces créations de Condo sont comme un défi pour le rappeur. Un défi qu’il acceptera pour le succès que l’on connaît.

Peinture réalisée par George Condo pour l'album My Beautiful Dark Twisted Fantasy de Kanye West
George Condo

La cover de l’album, notamment, deviendra instantanément culte de par son aspect explicite. Wal-Mart et Apple vont même jusqu’à censurer ce visuel, l’obligeant à être flouté. Une décision qui ne plaira pas du tout à George Condo. “Ce qui se passe dans leur esprit devrait être interdit. Pas le tableau.” Seulement, cette décision ne changera en rien le destin de George Condo qui voit sa renommée exploser au près du grand public. Plus qu’un succès d’estime et critique, l’œuvre de Condo va faire son entrée dans le Pop Culture.

Jay Z, Travis Scott, ou encore, le créateur de mode Raf Simons… De nombreux artistes font, encore aujourd’hui, appel à ses services. Chacune de ses expositions ressemble à un véritable défilé de célébrités et les plus grandes institutions artistiques au Monde s’arrachent ses tableaux. 40 ans après son arrivée à la Factory, 10 ans après le succès planétaire de My Beautiful Dark Twisted Fantasy, l’art de Condo continue d’être pertinent dans son propos et passionne toujours autant. Quand tout cela s’arrêtera-il ? Personne ne le sait vraiment. Mais, ce qui est sûr, c’est que George Condo, lui, n’en a pas encore fini et c’est tant mieux.

Les dates à retenir :

  • Né le 10 décembre 1957 à Concord, dans le New Hampshire aux États-Unis.
  • Années 80 : Se lie d’amitié avec Jean-Michel Basquiat et travaille à la Factory d’Andy Warhol.
  • Expose ses première œuvres en 1981, ce qui lui ouvre les portes des plus grands musées new-yorkais.
  • Années 90/2000 : Déménage à Paris, puis à Londres, pour remettre en question son œuvre et pour expérimenter.
  • Dévoile, en 2006, sa célèbre toile Dreams and Nightmares of the Queen” au Tate Modern de Londres, ce qui crée un scandale dans l’opinion publique. Il décide, alors, de retourner dans son pays d’origine : les États-Unis.
  • Rencontre de nombreuses fois, durant l’année 2010, le rappeur Kanye West qui lui propose d’imaginer l’univers graphique et les pochettes de son prochain album : My Beautiful Dark Twisted Fantasy.
  • Années 2010 : Fait l’objet de nombreuses expositions et rétrospectives à travers le monde, comme par exemple, Mental states (2011), à l’Hayward Gallery de Londres, la benniale d’art contemporain de Lyon (2015), ou encore, celle de Venise (2019).
  • Réalise, en 2020, la cover du single Franchise du rappeur texan Travis Scott en feat avec Young Thug et M.I.A.
Portrait réalisée par le peintre américain George Condo
D'Andy Warhol à Kanye West, retour sur le parcours de George Condo 1
Portrait réalisée par George Condo
Portrait réalisée par le peintre américain George Condo
Portrait réalisée par le peintre George Condo

Retrouvez les œuvres et l’actualité de George Condo sur son compte Instagram et découvrez le travail d’un autre peintre américain, à savoir : Dominic Chambers.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.