Entre les vagues

Entre les vagues, le tsunami émotionnel dont vous avez besoin

Avec Entre les vagues, Anaïs Volpe nous plonge dans l’amitié d’Alma et de Margot, deux jeunes comédiennes qui s’accrochent au théâtre comme à une bouée. Lorsqu’elles apprennent qu’elles ont été retenues pour jouer dans leur première pièce, respectivement en tant que protagoniste et doubleuse, elles n’en croient pas leur chance. Avec elles, le jeu s’immisce dans tous les aspects de la vie… jusqu’à ce que ce soit la vie, justement, qui les rattrape. 

Tout bascule le jour où, en allant chercher Alma à l’hôpital pour ce qu’elle croit être un simple malaise, Margot découvre le véritable quotidien de son amie. Tenue au secret de sa maladie, elle promet de l’aider à mener de front sa double vie : entre théâtre et rendez-vous médicaux, elle s’efforce de travailler avec Alma des scènes qui menacent de glisser entre les doigts de cette dernière. Car après tout, il ne lui suffit pas de connaître son texte : il faudrait encore pouvoir le jouer sur scène. Mais si cela se révélait impossible, qui d’autre que Margot pour remplacer son amie ? Comment accepter de se glisser dans la peau de celle qui n’a pas encore disparu ?

Entre les vagues film
Margot (Souheila Yacoub), Kristin (Sveva Alviti) et Alma (Déborah Lukumuena) en répétition

En effet, en plus d’une amitié, les deux protagonistes partagent un rôle, celui d’une femme enceinte qui traverse New York de nuit et relate en marchant l’histoire de sa famille. Peu à peu, son histoire se mêle à la leur et ses mots prennent sens à la lumière de leurs expériences. La voix d’Alma se superpose à celle de son amie lors des prestations, révélant leur complicité professionnelle, et la volonté farouche de Margot de vouloir continuer pour elles deux, de se battre pour elles deux. La réalisatrice alterne des plans de New York, ses flashs, ses taxis et ses enseignes lumineuses et ceux de Paris. Deux traversées s’entremêlent ainsi à l’écran : celle de cette mère en exil, qui fuit son pays pour s’installer sur le nouveau continent, et celle d’Alma, qui doit apprendre à nager d’une rive à l’autre. 

Trouver la magie dans le quotidien

Le film oscille constamment entre le carrelage des couloirs d’hôpital et la précipitation des filages, entre le masque que Margot arbore face à son amie et celui qu’elle doit porter sur les planches. Il s’agit pour elle de refouler ses émotions en attendant de pouvoir les déverser sur scène, cet endroit où elle est enfin autorisée à « régler ses comptes ». La pièce prend de plus en plus de place dans sa vie, allant jusqu’à s’amonceler dans son studio sous la forme d’immeubles de cartons. Bientôt les deux villes se confondent : l’une, imaginaire, où il est permis de croire à tout, même à l’impossible, et l’autre, concrète, ancrée dans la difficulté d’un réel qui ne peut être ignoré. 

Entre les vagues est un film qui croit aux miracles, et qui parvient à les déceler dans les plus petits détails du quotidien : une trompette chapardée, une bougie sur un gâteau de grande surface, une fête foraine ou encore un lavomatique servent de prétexte à l’irruption de la magie. Par bien des aspects, on peut le lire comme une ode à la vie, non pas à celle que l’on voudrait, mais à celle que l’on a. 

C’est aussi une atmosphère particulière qui se détache du long-métrage : des plans à la fois calculés et réalistes, une ambiance rétro à laquelle on a envie de croire. Plus encore, c’est un film haut en couleur : du crépitement des bougies aux néons du métro en passant par les phares des ambulances, une attention particulière est donnée aux éclairages, laissant cours à un film lumineux. 

Alma (Deborah Lukumuena) et  Margot (Souheila Yacoub) fêtant un anniversaire à la bougie sur un gâteau de grande surf

Lumineux aussi parce qu’il sonne juste et qu’il sait nous faire rire, sans jamais tomber dans le pathos. Les actrices, ​​Déborah Lukumuena et Souheila Yacoub, sont brillantes dans leurs interprétations des personnages, et leurs émotions nous sont livrées sans trop en faire. Les plans prennent le temps de s’attarder sur les souffles qu’elles retiennent, les gestes qu’elles tentent de dissimuler : la caméra s’embue un instant alors que les larmes de Margot prennent brièvement le dessus. En somme, c’est une histoire pleine de sensibilité, qui transpire le female gaze jusque dans ses plans les plus anodins.

Une histoire de sororité avant tout

Enfin et surtout, Entre les Vagues raconte une histoire de sororité dans un milieu où la compétition féminine est devenue topique. Alma et Margot offrent un contrepoint à ce cliché en incarnant des actrices complices, qui savent se réjouir pour les réussites des autres, mêmes quand celles-ci riment avec leurs échecs personnels. Le long-métrage s’illustre par des portraits de femmes puissantes, fusionnelles, alliées envers et contre tout. Le film est d’ailleurs dédié par Anaïs Volpé à ses “Amisœurs“, nom qui est aussi le titre de son podcast sur les amitiés féminines. Et au-delà de cette déclaration aux femmes qui ont forgé sa vie, ce film se veut aussi une déclaration d’amour aux arts du spectacle, et tout particulièrement au théâtre, ainsi qu’aux âmes qui lui donnent vie.  Après HEIS, déjà récompensé par le prix de Best World Fiction Feature Film et par le  Prix du Jury de la compétition Contrebandes en 2016, Anaïs Volpé revient avec une oeuvre sensible et réussie, qui on l’espère, saura vous convaincre aussi.

Une des nombreuses étreintes qui font le film : ici Alma, sa mère Amina (jouée par Angélique Kdjo) et Margot.

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