15 ans de Ed Banger : nos 20 questions à Pedro Winter et Thomas Roussel

A l’occasion des 15 ans du label Ed Banger nous avons rencontré Pedro Winter et Thomas Roussel, les deux chefs d’orchestre d’une soirée d’anniversaire qui s’annonce grandiose.

pedro winter 15 ans ed banger

– Comment vous vous êtes connus et comment vous est venus l’idée du show ?

Pedro Winter : C’est moi qui ai fait appel à Thomas. J’ai entendu parler de son projet Prequell, j’avais vu son travail sur…

Thomas Roussel : Sur un défilé « Pigalle » Je crois.

P.W : Ah c’est vrai, t’as raison ! Le défilé Pigalle au Palais de Tokyo, t’avais fait la musique. J’avais été touché par la musique du défilé et donc on a fait connaissance. Ce projet c’est un truc que j’ai en tête depuis pas mal de temps et je trouvais ça bien de faire ça avec quelqu’un qui avait aussi des points communs à notre univers. On apprend à se connaitre et on se rend compte qu’il y a pas mal de connexion. Donc au final c’était naturel et c’est super cohérent. Et l’exercice de réarrangement, de réadaptation de musique électronique en musique classique c’est un peu sa spécialité.

– Thomas, t’es dans la musique classique à la base, mais tu as toujours plus ou moins été dans la sphère électro. Qu’est ce qui t’a attiré dans la musique/scène électronique ?

T.R : Je pense que c’est hyper générationnel. Comme toute ma génération en 96 je commençais à trainer dans les clubs, les Daft Punk n’avaient pas encore sorti « Homework ». J’étais à Dijon ou il y avait l’ « An-Fer« , que tu connais bien Pedro.

J’ai rencontré les Daft avant qu’ils ne sortent « Homework », on a discuté un petit peu parce que je faisais des maquettes. J’étais un petit peu le pénible qui faisait écouter ses maquettes d’électro. A Fred de L’An-Fer,Laurent Garnier qui y était résident, Jeff Mills qui est passé aussi quand j’avais 17 ans, et après j’ai bossé avec Jeff quand j’avais 25 ans. Il y a toute cette double culture : classique la semaine et électro le weekend, pour schématiser, qui fait que c’est très naturel.

 

– C’est un apport en plus le classique ? Beaucoup d’artistes actuels ont eu des formations classiques et aujourd’hui sont dans l’éléctro.

T.R : Pleins ! On a tous été un peu au conservatoire.

P.W : Gaspard de Justice ! Joueur de pipo professionnel.

T.R : On a passé l’aprèm en studio avec Gaspard il y a deux jours, c’était vraiment cool !

P.W : Je suis ravi d’ailleurs de votre collaboration, parce que lui était aussi super excité. Ce qui est bien aussi dans ce projet c’est que les artistes du label, j’ai voulu les impliquer. On laisse les clés à Thomas, c’est vraiment lui qui drive le truc. C’est sa vision qui m’intéresse. Et en même temps c’était important que nos artistes s’impliquent. Il a rencontré Breakbot, Justice, SebastiAn

T .R : Et ça avait encore plus de valeur pour moi, d’avoir des mecs impliqués.

 – Comment vous avez fait le choix des musiques ?

P.W : On l’a fait ensemble avec Thomas. La contrainte, elle est simple, c’est une contrainte de temps. Le concert doit durer 1h15. C’est une volonté de notre part. C’est un medley d’une cinquantaines de morceaux.

 

– C’est une bonne sélection, et pas uniquement les tubes.

P.W : Il faut remettre les choses dans leur contexte, on a les pieds sur terre. Il y a des morceaux qui ont marqués mais on n’a pas de « tube ». Il y’a peut-être un tube : « We Are Your Friends » ou « D.A.N.C.E » , mais on ne pourrait pas faire un concert qu’avec des tubes. Et c’est ça l’intérêt et la cohérence de ce projet. Faire une espèce de photographie de 15 ans de musique électronique avec Ed Banger.

 

– Certaines musiques ont été plus compliqués à réadapter ?

T.R : Ouais je pense. Il y a des choses qui sont super évidentes comme Justice ou il y a des cuivres, des samples qui viennent de musiques de films, du Rimski-Korsakov. Des choses très symphoniques déjà. C’était assez évident et kiffant à réarranger.

Par contre il y a des choses qui étaient moins évidentes sur le papier comme du Laurent Garnier par exemple.

P.W : Feadz, Boston Bun…. De toute façons la House musique c’est compliqué puisque c’est lié au rythme.

T.R : Aux machines… Et là on n’a pas de machine. Quand j’ai fait le boulot d’écriture, j’étais vraiment toujours focus sur le plaisir des gens pendant le concert. J’ai vraiment essayé à penser à 1h15 de plaisir. Il y a des surprises, des moments qu’on reconnait, des moments où on se demande ce que c’est, avant de reconnaître. Il y a des moments un peu drôles, émouvants. J’ai vraiment pensé au kiff des gens. On essaye de se faire 1h15 de célébration.

 

– Au niveau de la réorganisation, est-ce que vous simplifiez l’approche de l’écriture musicale par rapport aux sons de base ?

T.R : Hum… Je sais pas si on parle de simplification…

P.W : Au contraire !

T.R : Je ne pense pas qu’il y ait un univers plus compliqué ou plus savant qu’un autre. Moi je suis hyper impressionné par des trucs de Mr. Oizo autant que par des trucs de Mozart. Il n’y a pas de hiérarchie…

En tout cas ce qui nous manque c’est le beat. Il n’y a pas de beat, pas de kick et de snare donc il faut réorganiser les choses pour que ce soit quand même cool sans beat.

 

– Ce n’est pas la première fois que tu joues au Chef d’Orchestre. A chaque fois il y a une scénographie particulière, les musiciens sont placés d’une certaine manière. Est-ce que sur la scène du Grand Rex, avec 70 musiciens, ça va être possible ?

T.R : On va faire quelque chose de très cool niveau scénographie mais je pense qu’on n’en parlera pas avant. C’est plutôt une idée de Pedro en l’occurrence.

P.W : L’idée effectivement c’est de respecter l’organisation, la hiérarchie d’un orchestre puisqu’ils sont 70 donc il y a une chorégraphie à préparer. On va bouger un petit peu. C’est ça qui est génial parce que l’orchestre Lamoureux accepte de mettre un pied dans notre Monde, de changer un peu les règles. D’après ce que j’ai compris, normalement, pour un orchestre c’est mieux s’ils sont tous au même niveau pour des questions de son, d’organisation, et là ils acceptent qu’on joue un peu avec les volumes.

On veut que ce soit visuellement agréable, mais l’idée c’est aussi de respecter la dimension de l’orchestre. Il n’y a pas d’écran, je veux que les gens se focus sur ce qu’ils vont voir.

Il n’y a pas de jugement de valeur. La musique classique c’est plus précieux que la musique électronique, est ce que la musique électronique c’est de la musique, ça on s’en fout totalement. Je pense qu’on est assez bien placé tous les deux pour balayer tout-de-suite ce genre de réflexion. Par contre, il y’a une envie de vulgarisation aussi, de casser un peu cette barrière qu’il peut y avoir avec la musique classique. Est-ce que je connais assez bien la musique pour en écouter? Est-ce que je suis assez bien? etc…

Il faut balayer tout ça, la musique classique nous entoure et nous influence.

T.R : D’ailleurs je pense que l’influence première c’est plus la musique de film que la musique classique.

P.W : Effectivement.

T.R : Je me suis replongé dans toutes les partitions de John Williams genre Star WarsIndiana Jones juste avant de commencer il y a deux, trois mois. J’ai étudié un peu, je me suis vraiment remis dans les partitions, voir comment il écrivait pour tel instrument, telle et telle famille, pour être dans cette esthétique qui est très générationnelle, qui nous est propre, comme tous les films de Spielberg.

P.W : C’était l’une des volontés de Justice par exemple. Ils avaient insisté là-dessus, de réinterpréter leur musique plus en B.O.

T.R : C’est un cadre esthétique qui nous est cher.

 

– Est-ce que tu peux nous parler de l’Orchestre Lamoureux ? Vladimir Cauchemar sera le flutiste de l’orchestre ?

T.R : Ahah c’est très bon ça !

P.W : Tu sais qu’on serait bon, c’est vrai que ça pourrait être marrant!

T.R : L’Orchestre Lamoureux c’était un choix de Pedro. D’aller chercher un orchestre avec un vrai nom, un vrai passé.

P.W : Une histoire.

T.R : Que ce soit un truc un petit peu parisien, qui ai une légitimité classique (Le premier enregistrement du Boléro est attribué à Maurice Ravel lui-même, à la tête de l’orchestre des Concerts Lamoureux).

 

– Combien de temps de préparation de pour ce concert ?

T.R : l’écriture m’a pris deux mois et demi, trois mois.

 

– 3 Mois ça parait vraiment court.

P.W : C’est vrai que c’est passé vite au final.

T.R : Ouais mais c’est comme tout. Chacun dans son domaine. Les musiciens ont besoins de peu de répétitions car c’est des pros, moi j’ai l’habitude d’écrire pour l’orchestre aussi donc quand tu fais que ça, tu vas plus vite.

 

– C’est important pour un compositeur de se transposer dans la salle, comment est arrivé le Rex ?

P.W : C’est un concours de circonstances. Après le Rex Club on est attaché à cette salle pour l’histoire de la musique électronique et notre propre histoire. Mon histoire personnelle avec la musique électronique, l’histoire d’Ed Banger. Justice, pour la petite anecdote, ils faisaient les flyers du Rex quand moi je les ai rencontrés. Ils n’étaient pas musiciens mais graphistes et ils travaillaient pour le Rex chacun de leur côté. Donc on est lié à cette salle.

Un jour je prenais un café avec l’équipe du Rex qui me parlait de la programmation des 30 ans et ça a fait tilt dans ma tête. Un cadre historique et grandiose comme cette salle, que je trouve mythique, donc je saute sur l’occasion. On est ravi d’ouvrir le bal parce qu’on est la première performance au Grand Rex dans le cadre des 30 ans donc c’est assez symbolique. Et ensuite ce qui est génial, c’est qu’on peut combiner les deux. Créer une œuvre et ensuite le clubbing qui est évidement lié à notre histoire.

C’était important de le faire à Paris. On est quand même attaché à notre ville, sans exclure les autres villes, mais c’est bien de faire une belle célébration comme ça, de marquer le coup. C’est ambitieux et c’est ça mon plaisir de producteur. Permettre de financer certains projets grâce à ceux qui rapportent de l’argent. C’est la seule finalité dans mon travail. Générer assez d’argent pour continuer à en faire plus en essayant de toucher les gens. Ça fait 15 ans que ça dure, on ne va pas s’arrêter.

 

– Est-ce qu’en ce moment l’orchestre écoute les prods d’Ed Banger pour savoir un peu à quoi s’attendre ?

T.R : Je ne sais pas s’ils s’intéressent à ce point au projet. J’espère ! Pour l’avoir beaucoup fait, c’était un projet assez différent dans l’approche avec Jeff Mills. J’avais fait un projet Techo-Synphonique avec lui mais là il y avait vraiment de la techno. La nôtre projet avec Pedro c’est vraiment une volonté de faire un concert avec uniquement un orchestre symphonique. Pas de Back in track, pas de machine, on est vraiment dans un truc super humain.

Dès la première répète je vais leur dire que la difficulté est ailleurs. Elle n’est pas dans les mélodies hyper dure comme du Berlioz, la difficulté elle est dans le groove. Et pour eux le groove c’est un truc qui leur passe très haut au-dessus de la tête. Mais j’ai des solutions techniques pour qu’il y ait du groove donc je vais vraiment leur prendre la tête aux répétitions… ça ne va pas être un très bon moment…mais il faut.

 

– Quand tu as annoncé ce projet aux membres de ton équipe quelle a été leur réaction ?

P.W :  Tout le monde était partant et c’est une idée que je traine depuis quelque temps. J’avais ce fantasme avec Justice. Je n’ai pas trop réfléchi, à un moment il faut lancer les idées. Tout s’est assemblé très facilement, les artistes du label ont trouvé ça très bien. Je suis ravi ils sont tous là aussi, à part Oizo qui lui est en tournage, mais on va réunir un line up assez fou au rex après. Et j’aime bien aussi l’idée qu’ils me fassent confiance quant à la présentation de leur musique de façon un peu différente. Je pense qu’ils sont tous très excités.

T.R : Ils sont super bienveillants.

P.W : Ouais ouais ils sont tous super excités, ça les fait marrer et on va enregistrer le concert évidemment. Encore une fois ça s’est fait de façon très spontanée, naturelle.

 

– Vous préparez un album live ?

P.W : On va enregistrer, après on verra ce qu’on va faire. C’est évidemment un moment hyper important, c’est un travail monstrueux pour Thomas. Pour nous les 15 ans d’un label c’est un moment important. Après ce qu’on va en faire on verra, est-ce qu’on le gardera pour nous? Est-ce qu’on le partagera? Déjà, il faut qu’on le vive! J’ai envie que les 2000 personnes qui vont venir aient la primeur de l’émotion. On est en train de préparer pleins de trucs dans le Grand Rex aussi pour qu’ils passent un bon moment.

Et après, pour les plus excités, faire la fête jusqu’au bout de la nuit, où là c’est un peu plus notre terrain de jeu avec nos disques et un sound systèm. On sera beaucoup plus à l’aise.

 

– Il va falloir assurer pour les 20 ans ! Si a chaque anniversaire c’est une idée encore plus folle que la précédente.

P.W : Ouai on verra, j’ai des petites idées déjà. Et j’ai encore 5 ans pour réfléchir. Mais effectivement on me pose souvent la question et évidemment je pense à la suite.

 

– Thomas, ton projet « Prequell » lie classique et électronique, tes live tu les vois comment ?

T.R : J’avais vraiment envie de marier électronique et orchestrale, je ne parle pas trop de musique classique parce que pour moi ce n’est vraiment pas un mélange de musique classique et d’électro. C’est vraiment un mélange de gens qui jouent de la musique organique avec des instruments et de l’électro. Mais je n’ai aucune volonté de faire de classique-électro. C’est de l’orchestrale-électro un peu comme du Massive Attack, du Craig Armstrong. C’est ça mes vraies références, ce n’est pas Rondò Veneziano.

P.W : Moi j’aime bien Rondò Veneziano…

T.R : C’était cool, moi aussi j’aimais bien. Les lives il y en a déjà eu quelques-uns. J’ai fait La Gaîté lyrique, la Cathédrale Américaine de Paris… A chaque fois le postulat de départ c’est Live avec orchestre toujours mis dans une scénographie un petit peu originale suivant l’architecture du lieu.

 

– Quand on t’a proposé les J.O qu’est-ce que tu t’es dit ?

T.R : Super excitant ! Défi à relever en une semaine. On est allé réquisitionner 80 musiciens en une semaine. Il fallait faire les partitions, c’était mon live donc les choses étaient plutôt prêtes mais c’est le genre de défi qu’on aime bien relever. Comme réorchestrer Ed Banger en 3 mois.

 

– J’ai hâte de voir le public de la soirée puisque c’est un mélange de genre, Que ça touche tout le monde.

P.W : Ouai ça touche tout le monde ! ça a démarré très vite au début de l’annonce donc il y aura une grosse fanbase de présente mais le but du jeu c’est d’ouvrir le spectre. J’adorerai que des fans de musique classique viennent et qu’ils réagissent différemment à l’écoute de Pocket Piano de Dj Medhi ou autre.

 

– 15 ans c’est assez fou, c’est dur de faire perdurer un label. Quand tu regardes en arrière tu es soulagé ou tu penses au 15 ans à venir et c’est l’inverse ?

P.W : Je regarde en arrière avec beaucoup de bonheur. Pile ce qu’il faut de nostalgie parce qu’il faut faire attention, la nostalgie c’est un petit chat que t’as sur tes genoux. C’est très doux mais…

Je suis assez fièr de de ce qu’on a fait tous ensemble et surtout je suis fier de nous retrouver 15 ans plus tard. Presque tous, toujours là. Il y a eu effectivement des départs, il y a eu une tragédie, comme dans la vie, comme dans une famille.

Il y a des artistes qui ont fait d’autres choix, qui sont partis mais au final le noyau dur est toujours là, sur ses deux jambes et évidemment je pense à la suite. C’est pour ça qu’on continu à signer des artistes. Récemment avec BorussiaMyd, Vladimir Cauchemar, 10Lec6… On continue notre travail de label de fouiner un peu, d’essayer de faire des propositions différentes et excitantes.

J’espère qu’au bout de 15ans les gens vont bien comprendre que Dj Mehdi ne fait pas la même musique que Justice, que Mr Oizo et Krazy Baldhead ne font pas la même musique etc… C’est ce qui a fait notre force et c’est qui fait qu’on est encore là aujourd’hui, plutôt en bonne santé au bout de 15 ans, et excités pour faire une belle surprise pour nos 20 ans.

15 ans de Ed Banger

 

Et le concert des 15 ans de Ed Banger est à revoir ici :

Les 15 ans du label Ed Banger Records au Grand Rex

#Direct Le label Ed Banger Records fête 15 ans de musique électronique depuis Le Grand Rex Paris avec un concert symphonique avec l’Orchestre Lamoureux dirigé par Thomas Roussel !

Publiée par Culturebox sur Samedi 31 mars 2018

#Direct Le label Ed Banger Records fête 15 ans de musique électronique depuis Le Grand Rex Paris avec un concert symphonique interprété par l’Orchestre Lamoureux !

 

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