Douglas Smith illustre l’horreur « juste avant » l’horreur.

Douglas Smith illustre l’horreur « juste avant » l’horreur.

Douglas Smith, à mille ans près, il aurait été moine enlumineur, occupé nuit et jour à illustrer des bibles. Juré/craché

Faut dire qu’il a le trait fin et minutieux, et son crayonné est semblable à celui de ces estampes et gravure qui ont croqué le moyen âge , il y a des siècles de ça. Leurs particularités à ces dernières ? Elles n’étaient pas ethnocentrées. Au sens où l’homme n’était pas encore l’unique sujet – le mouvement humanisme n’apparait que plus tard – au détriment de l’espace qu’il occupe. Ici le personnage et le décor sont soumis à un soin égal, car l’illustration de l’époque, qui avant la photographie était le seul art du moment, avait compris que les deux s’entremêlaient, et qu’on ne peut évoquer l’un sans l’autre. Les images de Douglas Smith sont ainsi ; fouillées et regorgeante de détails et d’effets. Derrière l’on devine des années de pratique, de sueur gouttant sur le papier,et un simple coup d’œil à sa bio ne va pas nous contredire :

Né New-Yorkais, diplômé de l’école de design de Rhode Island, il se fait très vite remarquer dans le cercle restreint des illustrateurs presse, et pendant un temps collabore avec à peu près tout ce qui s’imprime sur Boston. Sa carrière débute dans les années 80, et pensez bien qu’en trente ans, il s’est donné les moyens de devenir une référence. Décoré par la Society Of Newspaper Design, par la Society Of Publication Design, par l’Art Director Club et par la Society Of Thechnical Communication, pour un total de médailles dépassant celle du héros de guerre moyen. Chapeau.

Douglas Smith illustre l’horreur « juste avant » l’horreur.

Douglas Smith illustre l’horreur « juste avant » l’horreur.

Douglas Smith est donc légende, et il vit depuis 2004 sur l’ile de Peak dans le Maine avec ses trois chats dans une maison emplie d’objets d’art, jouissant ainsi d’une retraite que tout gratte-papier moyen fantasme. Moi le premier.

Et quand l’envie lui prend, il nous honore d’une nouvelle série, dont celle qu’on va évoquer aujourd’hui: Thriller.

Album de Micheal Jackson, mais pas que, le thriller est surtout ce genre littéraire et filmique dont la principale composante tient en un seul terme : le suspens. Ce joli mot nous vient du latin suspensus, et c’est exactement ça le suspens ; quelque chose de suspendu, qui flotte, mais irrémédiablement va tomber. Le suspens en se plaçant avant l’action, génère l’angoisse du drame futur.

Les illustrations de Thriller sont glaçantes, car notre esprit, cet ennemi intime, en conçoit l’histoire autour forcement terrifiante. L’homme fait le funambule? On imagine sa chute. Une personne trouve un coffre abandonné sur la plage? J’ai déjà inventé son horrible contenu. Le jardinier et ses plantes carnivores? Un carnage en puissance

Douglas Smith illustre l’horreur « juste avant » l’horreur.

Stephen King l’a répété mille fois dans son Anatomie de l’horreur : l’horreur est plus effective lorsqu’elle est suggérée. Vous voulez dessiner un meurtre sanglant? Griffonnez une main levée en l’air tenant un couteau ; c’est le lecteur qui la fera s’abattre.

D’ailleurs, les illustrations de Douglas Smith ne sont pas des dangers du quotidien, mais des histoires, à l’esthétisme très victorien, quasi baroque, tirées de notre imaginaire collectif, et on fantasme un Poe ou un Lovecraft en train de nous les narrer. En jouant sur le suspens , Douglas Smith produit des images sensationnelles _ au sens journalistique du terme_ dont l’origine peut être remontée aux premiers journaux européens tels que « les faits divers illustrés » dont la couverture relate par le dessin les crimes de la vieille. L’image raconte véritablement. Elle illustre au sens pur du terme.

Douglas Smith à la retraite tranquille, et s’il veut continuer à dessiner entre deux caresses à ses chats, ça nous va très bien.

l’horreur « juste avant » l’horreur.

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couloir d'hotel

prison

s'échapper

Plus de Douglas Smith, juste ici sur son portfolio

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