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C’est entre le rire et la surprise qu’il y a quelques années, je me suis demandé : « qui a osé tuer Harry Potter ? » à Saint Étienne en France (outre Voldemort chose évidente). Un cône de travaux peint en noir lui donnant des airs d’un chapeau de sorcier se trouvait à coté d’une pancarte revendiquant le crime. Je me suis donc fait la remarque : « nous avons soit affaire à un artiste rempli d’humour, soit à un psychopathe qui a réellement commis le meurtre d’un homonyme qui…. Euh ok non c’est un artiste vraiment drôle ! ».

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C’est alors que dans les rues de ma ville ont commencé à naître peu à peu des couleurs sur les égouts, des nez de clowns sur les murs et des visuels dont les références vont de Hitchcock à Lady Gaga en passant par Batman. Tous signés de la même main : Ladamenrouge.

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Paradoxalement, j’ai attendu d’être à des milliers de kilomètres pour enfin interroger cet artiste qui détourne et retourne la ville dans le seul but de combattre la morosité…

Parle-nous d’où te vient toute ta technique ? Car tes œuvres sont vraiment diverses et sur différents supports, où as-tu appris tout cela ?

Je serai plutôt autodidacte, mais je ne me vante pas de ne pas avoir fait une formation “beaux arts”, cela m’aurait permis d’acquérir de la technique très vite pour réaliser rapidement et plus facilement tout plein de trucs sympas. Maintenant, il faut que je fasse beaucoup le trottoir pour compenser (ndlr : rire, il ne se prostitue pas vraiment). Concernant mes influences, je pense dire que je suis vierge de toute influence bien que les artistes pratiquant le détournement urbain soient légions. En fait, je scrute souvent internet ou les magasines spécialisés pour voir ce qui se fait, non pas dans l’intention de pomper une œuvre mais plutôt de maîtriser de nouvelles techniques.

Depuis combien de temps fais-tu cela ?

Il me semble que cela fait environ 3/4 ans, enfin je ne me rappelle plus trop bien. Cela a été une lente maturation ou macération plutôt qu’un déclenchement soudain. La première œuvre “fun” était un décorum installé autour d’un cône de Lubeck pour transformer le tout en tombe d’Harry Potter. Après cela, j’ai décliné mon travail dans plusieurs directions mais avec toujours une idée de détournement…

Oui le détournement de certains objets de l’espace urbain, j’ai l’impression que c’est l’une des grandes tendances de ton travail, peux-tu nous en parler un peu ?

En fait, j’essaye de donner un peu de couleurs à la ville et à la vie. Je crée ou recrée sur de l’existant pour dévier le but premier et interpeller le passant. M’amuser avec les difformités et aspérités du trottoir, poser des yeux sur des arbres ou des éléments au sol pour former des visages parlant (eye bombing), customiser des panneaux de signalisation ou des affiches. Je me considère vraiment à la frontière du street-art et une partie de mon œuvre s’approche plus de la poésie urbaine.

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Et justement, pourquoi avoir choisi le street art et pas une autre forme d’art plus classique ?

Comme je l’ai dit plus tôt, je suis un piètre dessinateur sans aucune formation artistique. Je pense que j’ai toujours eu le détournement dans la peau. Il y a quelques années, j’avais fabriqué des aquariums sur des micro-ondes récupérés à la casse, ou bien des cafetières lampes. Dans le domaine littéraire, j’aime bien détourner également les mots. Je viens d’achever un roman qui s’appelle “EUX” et dont la caractéristique est que chaque mot comporte une ou plusieurs lettres “E” : du Georges PEREC à l’envers, maintenant il faut trouver un éditeur ! J’ai eu aussi une période bois-flotté : récupérer de l’ancien ou des matériaux abandonnés pour leur donner une nouvelle vie, voilà un peu le fil conducteur de tout ça. Je suis peut-être en train de dévier légèrement de mes origines, car dernièrement, j’ai créé trois toiles dans la droite ligne directrice du mouvement “pressioniste”, c’est à dire peindre sur toile du street art, sous forme de pochoir par exemple. Quand j’en aurais une centaine, j’exposerais peut-être mais je devrais agrandir certainement mon garage de 12 m² !

Ladamenrouge comme pseudonyme, ça t’est venu comment ?

Je viens de la photo. Au début, je réalisais des photos en noir et blanc avec une partie rouge, la contrainte se nomme en Anglais “spot colored” je crois. J’ai pris ce pseudo tout naturellement vu ce travail particulier. Après, quand j’ai versé vers le street art ou détournement urbain, j’ai hésité à prendre le pseudo “Libertag”, puis j’ai préféré garder “ladamenrouge” c’est plus ambigüe et moins pompeux !


Et serait-ce le nom d’une équipe alors ?

Non pas du tout. Au pire j’embrigade de temps en temps mon petit de 15 ans pour lui passer la fibre artistique. Au début, quand j’étais criblé de doutes et d’appréhension, c’est à dire à l’époque où je débutais et je n’y connaissais pas grand chose, je m’étais rapproché des artistes “locaux” à St Etienne pour un travail commun. Mais mon offre a été déclinée. Avec le recul, ils ont eu raison certainement. Je pense que c’est très compliqué de travailler à plusieurs sur un projet, à moins d’être en couple d’artistes. Je pense que chaque créateur a son univers, sa personnalité, son espace-temps et que c’est difficile de fédérer les énergies à un but commun au même moment.
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A terme, que voudrais-tu transmettre ? Une vision ou juste du fun ?

J’essaye de transmettre un peu de poésie et d’humour. Je n’ai pas de message particulier et je ne suis ni militant ni engagé. Je crée plus selon mes découvertes au sol que selon l’actualité ou mes préoccupations du moment.

Et ton but est de grandir en tant qu’artiste ou justement continuer cela comme un hobby ?

Avec le recul, c’est vrai que je n’ai aucune stratégie commerciale ou mercantile : mes œuvres sont soit vandalisées, soit dérobées, soit lessivées au sol par le climat tropical de Saint Etienne (neige, pluie…). Pour le moment, je me contente de cette étiquète d’artiste de garage, d’autant plus que j’ai un métier et salaire stable et je ne vis pas sous les ponts, donc j’ai très peu d’élan pour faire du travail en série pour être exposé en galerie ou créer des produits dérivés pour les vendre. Il est vrai que je perds un peu d’argent (achat du matériel) et beaucoup de temps (à la création) tout en essayant de ne pas impacter ma famille, mais pour le moment je m’amuse en faisant de l’Art comptant pour rien !

Pour en voir plus :

Facebook : www.facebook.com/ladamenrouge.se
Flickr : www.flickr.com

Et un grand merci à Ladamenrouge !

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