Les dessins délicats de Clément Masurier

Chaque dessin, chez Clément Masurier, délicat, ciselé, invite à le détailler, en saisir le sens caché, car, nous dit le dessinateur et architecte de métier, « derrière chaque dessin il y a une histoire ». Rencontre dans un bar de la rue Custine dans le 18ème arrondissement de Paris.

dessin noir et blanc par Clément Masurier

Bonjour, Clément Masurier, quel a été ton parcours?

J’ai fait un bac général puis j’ai un peu galéré à entrer en école d’architecture. Dès l’âge de dix ans j’ai voulu être architecte, j’avais un oncle qui l’était dans ma famille et j’aimais son métier. On est dans les années 90, il y a pas l’ordinateur, il a une petite agence, il s’y est mis dans les derniers, il dessinait sur des grandes tables, donc tout ça a structuré mes envies pour la suite. Je suis passé chez Camondo, une école d’architecture d’intérieur, puis je suis rentré à l’école d’architecture de Paris-Malaquais. Après mes études, je suis parti travailler en agence d’architecture. En master, j’ai pris six mois pour dessiner (durant lesquels Clément élabore la majorité de ses dessins ndlr). 

illustration nature morte

Depuis quand dessines-tu ?

J’ai un peu toujours dessiné. Et c’est bien plus tard que j’ai compris cette facilité au dessin. Je ne me souviens pas avoir eu ce plaisir à dessiner, c’était quelque chose qui me venait assez facilement, qui m’occupait, sans me structurer complètement, j’aimais aussi beaucoup lire. C’est durant mes études, dans un autre monde, que j’ai pris conscience que ce dessin n’était plus un plaisir infantile, naïf ; d’un coup il permettait d’exprimer des choses, d’accompagner un propos, un discours. Et ça, j’ai mis du temps à le comprendre.

Le déclic a été un projet en master mené par l’enseignant Pierre David. On travaillait sur un sujet sensible : le mur de séparation entre la Cisjordanie et Israël. Le dessin m’a permis d’illustrer des projets possibles sur ce territoire et de les présenter à des Israéliens, avec la volonté d’améliorer un peu les choses. Le dessin a été un super médium parce que ça permettait de ne rien figer, de ne rien crisper, de dépolitiser la chose, de détendre les sujets amenés. 

Ça a fait naitre quelque chose en moi. Je me suis dit que ça pourrait être intéressant pendant six mois de me consacrer pleinement au dessin, sans savoir exactement ce que j’allais faire. J’avais cette idée d’histoires à raconter. Pendant six mois, j’ai dessiné tous les jours, c’était un peu militaire. J’ai alimenté ça par des recherches, des lectures. A la fin j’avais une certaine fatigue.

je ne sais pas ce que c'est

Comment procèdes tu pour l’élaboration de tes dessins ?

Je veux déjà être sur de l’histoire que je veux raconter dans le dessin. C’est vraiment la première chose. Entre dessins, il y a des suites mais je voulais aussi qu’un dessin ait une essence narrative en lui-même. 

plage vue du ciel par Clément Masurier

Peux-tu nous parler de ces dessins présentés sur ton site ?

C’est à peu près deux cent dessins, en noir et blanc, dessiné au stylo à encre noir. J’avais fait une sorte de storyboard et je racontais dans chaque vignette l’histoire en dessinant au crayon à papier d’abord. Il y a pas d’erreur possible. Je suis assez minutieux, détaillé, il y a une approche qui est lente. 

vague d'immeubles dessin

Quelles sont tes inspirations ?

Un peu de Balard peut-être. Je me suis coupé des univers qui pouvaient être satellitaires pour ne pas me décourager en avance. J’aime beaucoup Eva Le Roy, Clement Vuillier, mais je les ai découvert plus tard, ce qui m’a permis de garder une certaine candeur, ça m’aurait peut-être découragé de les découvrir avant. 

En voir plus de Clément Masurier sur son site.

la plage, dessin par Clément Masurier
Clement Masurier
le bureau vu par l'illustrateur Clément Masurier
coupe d'une ville
la mer et un bateau par Clément Masurier
immeuble illustration
ville, zone industrielle et campagne
appartement bureau
à table