Le dernier week-end de juillet n’a pas seulement marqué l’arrivée de nouveaux albums. Il a surtout confirmé trois trajectoires bien différentes. Charli XCX décortique la vie de pop star avec Music, Fashion, Film. Tyla assume plus que jamais son personnage de femme sûre d’elle et insaisissable avec A*POP, tandis que Barry Can’t Swim continue de s’imposer comme l’un des producteurs les plus passionnants de la scène électronique. Trois artistes, trois univers et trois morceaux qui ont retenu notre attention.
Charli XCX – Persona
Après le phénomène Brat, beaucoup s’attendaient à voir Charli XCX prolonger cette formule qui l’a installée au sommet de la pop. Elle aurait pu capitaliser sur ce succès, elle décide plutôt de l’analyser.
Avec Music, Fashion, Film, la Britannique revient à une proposition plus radicale et plus introspective. Persona en est sans doute la meilleure porte d’entrée. Sur une production plus brute, où les textures rock et les guitares reprennent une place plus importante, Charli XCX laisse de côté les refrains immédiats pour livrer un morceau plus frontal.
Elle y explore les faux-semblants, l’ego et les personnages que l’on construit pour survivre au regard des autres. La voix oscille entre retenue et tension, comme si chaque phrase hésitait entre la confession et l’affrontement. Cette démarche se retrouve jusque sur la pochette de l’album : Charli XCX s’efface totalement pour laisser la place aux artistes qui l’ont inspirée, comme si elle préférait mettre en lumière les références qui nourrissent son univers plutôt que sa propre image. Persona s’inscrit dans cette même logique : moins tournée vers la figure de la pop star que vers ce qui se cache derrière.
Tyla – Mr. Nonchalant
Avec son nouvel album A*POP, Tyla poursuit le mélange d’afro-pop, d’amapiano et de pop qui a fait son succès. Parmi les inédits de l’album, MR. NONCHALANT s’impose rapidement comme l’un des plus accrocheurs.
Le morceau est porté par une mélodie affirmée, où les percussions occupent une place centrale. Des voix masculines samplées traversent la production, tandis que Tyla alterne chant, murmures et souffles, installant une tension qui ne retombe pas. Lorsqu’elle se présente comme “I’m Mrs. Get-Anything-I-Want” (“Je suis Madame J’obtiens-tout-ce-que-je-veux”), elle renverse d’emblée le rapport de séduction : ici, c’est elle qui mène le jeu.
Le clip prolonge cette atmosphère. Perruque rose à l’effet mouillé, regard charbonneux, peignoir satiné… Tyla mise moins sur la danse que sur sa présence à l’écran. Une esthétique sensuelle qui confirme son talent pour construire un univers immédiatement identifiable.
Barry Can’t Swim – Dance, Dance, Dance
Si son nom ne vous dit pas encore grand-chose, Barry Can’t Swim fait pourtant partie des producteurs les plus passionnants de la scène électronique actuelle. En quelques années, l’Écossais s’est imposé grâce à une approche très personnelle de la musique électronique, où house, disco, jazz et sonorités organiques se fondent dans un ensemble aussi cohérent qu’irrésistible.
Avec Dance, Dance, Dance, il construit une montée en puissance qui repose autant sur le rythme que sur un détail presque inattendu : des voix enfantines samplées, qui parlent de la fête avec une spontanéité désarmante. Elles traversent le morceau comme un souvenir ou un éclat de joie, pendant que les percussions prennent de plus en plus d’ampleur. Le contraste fonctionne immédiatement. C’est euphorique, sans jamais tomber dans la démonstration.
Après avoir conquis les plus grands festivals européens et s’être imposé comme l’un des nouveaux visages de l’électronique britannique, Barry Can’t Swim confirme qu’il sait écrire des morceaux qui dépassent largement le cadre du dancefloor.
Trois artistes, trois univers et une même envie de ne pas suivre le chemin que l’on attendait d’eux. C’est sans doute ce qui rend ces sorties aussi passionnantes : chacune, à sa manière, rappelle qu’un bon morceau ne se résume pas à un refrain efficace.



